Mathilde Andraud

Avec un jet à 63,54 m, Mathilde Andraud a réussi les minima olympiques et a battu le record de France du lancer de javelot.

 

Alors qu’elle se voyait déjà se consacrer à son métier de kinésithérapeute la saison prochaine, la lanceuse Mathilde Andraud a vu sa carrière prendre un joli tournant ce samedi à Halle, en battant le record de France du javelot avec 63,54 m. De quoi envisager l’avenir autrement.

Lundi dernier (16 mai), nous avions laissé une Mathilde Andraud un peu rassurée suite à son concours de Rehlingen. 57,02 m, n’était pas la performance qu’elle attendait mais la Niçoise était venue en Allemagne pour tester un genou infiltré une semaine plus tôt, suite à un pépin au ménisque lors du premier tour des Interclubs. Mais elle nous avait prévenus. « Je relance samedi à Halle. J’espère faire mieux. »

« L’engin est parti vite et bien à plat »

Avec 63,54 m dès son premier essai, on peut dire que la sociétaire du Nice Côte d’Azur athlétisme a fait beaucoup mieux, cumulant minima européens (60,00 m), olympiques (62,50 m) et record de France (62,53 m par Sarah Walter en 2003). « Ca faisait quelques temps que je sentais que je pouvais lancer loin, avouait Mathilde Andraud. A l’échauffement je me sentais super bien, tous les feux étaient au vert. Sur ce premier jet, j’ai pu mettre toute ma force possible dans le javelot tout en restant relâchée. J’ai eu l’impression que l’engin était parti super vite et bien à plat. »

Un mélange qui a envoyé son javelot très loin, plus loin même que ce que pensait sa propriétaire. « Pendant tout le concours j’ai cru que j’avais fait 62,54 m et ça m’allait déjà bien. Ce n’est seulement qu’à la fin, quand on m’a demandé de poser avec le panneau des résultats, que j’ai vu que j’avais fait 63,54 m. »

« Tout l’hiver je n’ai pas arrêté de me dire que c’était ma dernière saison »

Une marque qui signifie beaucoup pour celle qui pensait stopper sa carrière à la fin de cette saison olympique et se lancer pleinement dans son métier de kinésithérapeute. « Tout l’hiver je n’ai pas arrêté de me dire que c’était ma dernière saison. Je voulais concrétiser en allant aux Jeux olympiques et ensuite arrêter car je ne pensais pas avoir la force de continuer. Mais là, ça chamboule tout ! »

D’autant que depuis le début de la saison, l’athlète entrainée par Magali Brisseault-Waldet s’est rapprochée de la délégation allemande dont Christina Obergföll, championne du monde en 2013 et détentrice d’un record à 70,20 m (2007). « J’ai sympathisé avec l’entraineur de Christina en juillet dernier et ce qui fait que j’ai participé à plusieurs rassemblements avec les Allemandes. Elle est dans sa dernière saison à 35 ans. Et elle m’a dit qu’à 27 ans, j’en étais qu’au début, car les lancers sont une discipline où la maturité est tardive. J’ai encore du temps pour me faire plaisir. »

De Halle aux Interclubs

Une maturité qui semble poindre son nez avec un jet qui amène Mathilde Andraud dans une nouvelle galaxie, elle qui était toujours restée aux portes de l’équipe de France pour les grands championnats. « Quand je regarde les derniers grands championnats, avec 61,40 m on entre en finale. Donc si je vais aux JO, je compte bien rentrer dans les huit premières. Mais bon, ça reste le gratin mondial et je n’ai pas d’expérience car je n’ai jamais fait de compétitions internationales de ce niveau-là. »

Et avant les JO, la Niçoise devait dès aujourd’hui défendre les couleurs de son club lors du deuxième tour des Interclubs, après une nuit de trois heures et une matinée passée entre les aéroports et l’autoroute pour effectuer les 1 000 kilomètres entre Halle et Sotteville-lès-Rouen. « Je ne voulais faire qu’un essai (54,96 m à son premier) mais le club m’a demandé d’essayer de grappiller des points. Mais je n’ai pas fait mieux au second. »

L’Allemagne comme exemple

Un petit retour sur terre qui ne devrait pas l’empêcher de dormir à la suite d’un week-end mémorable. « Comme quoi le travail finit par payer. J’avais rencontré Sarah quand elle avait fait son record de France et j’avais trouvé ça impressionnant. Maintenant que je l’ai, j’espère que je vais très vite le rebattre et que d’autres Françaises le feront comme Margaux Nicollin, qui a toutes les qualités requises. »

Une performance qui, elle l’espère, va pouvoir mettre un coup de projecteur sur sa discipline. Car ce n’est pas pour rien qu’elle a réalisé son record en Allemagne, la Mecque des lancers. « En France, on a l’image des lanceuses moches et grosses. Alors qu’en Allemagne, ce sont toutes des canons de 1m90 ! Nous, ces filles-là, elles sont au basket-ball ou au volley-ball. Avec un peu plus de médiatisation, peut-être qu’elles viendraient aux lancers. »

Pour l’heure, Mathilde Andraud est plus que jamais une lanceuse avec un sésame pour Rio en poche. « Les Jeux ça me fait rêver depuis que je suis petite. Maintenant j’espère que mon chéri (le lanceur de poids Frédéric Dagée) va aussi réussir les minima. »

Histoire de changer deux vies.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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