Yohan Durand

Yohan Durand a terminé 31e des derniers championnats d’Europe de marathon.

 

L’international français a connu une nouvelle saison compliquée en 2018 malgré sa qualification pour les Championnats d’Europe de Berlin sur marathon. Souvent blessé, il n’a pas pu développer tout son potentiel, comme c’est le cas depuis 2012, où il passa tout près des JO. D’ailleurs, à 33 ans, c’est ce rêve olympique qui le maintient encore dans les pelotons avec l’espérance, dans un coin de sa tête, que les planètes s’aligneront enfin. Rencontre.

En grand amateur de football, Yohan Durand a évidemment assisté cet été au sacre de l’équipe de France en Coupe du monde. Une victoire qui a une nouvelle fois fait ressortir la fameuse « chatte à DD », cette chance, qui soi-disant, accompagne les succès de Didier Deschamps, l’entraineur des Bleus. Une chance dont le coureur du Sud-Ouest aimerait un jour profiter pleinement pour sortir la performance de pointe qui lui manque. « On parle beaucoup de cette « chatte à DD », lâche-t-il. Mais pour certains les alignements de planètes ne se font pas. »

Blessé au tendon d’Achille tout le printemps

Lui, attend toujours cette voie royale, où le corps, l’esprit et tous les facteurs de la performances s’aligneront. En janvier dernier, il pensait être sur le bon chemin, à la sortie d’un stage au Portugal où il avait fait mal aux jambes à tous les meilleurs français. « A ce moment-là, j’avais dit à Jean-François Pontier (manager national du hors-stade) que je pourrais viser une grosse performance aux Europe de marathon. » Mais dans la foulée, il s’envole au Kenya pour enchainer. Il en reviendra usé et blessé au tendon d’Achille à la suite du semi-marathon de Paris. « Malgré trois infiltrations, j’ai mis plusieurs mois avant de pouvoir vraiment m’entrainer. »

Ce n’est donc qu’à la mi-juin qu’il reprend sa marche en avant, courant après le temps et des sensations. « C’est dommage, car si j’avais pu reprendre rien qu’en mai, j’aurais pu vraiment arriver dans de bonnes dispositions. » Malgré cela, il sauve la face à Berlin, terminant deuxième français d’une équipe de France lessivée (31e en 2h19’33), mais évidemment reste loin de ses ambitions, encore une fois.

Une histoire de hauts et de beaucoup de bas que le Français connaît bien. En 2012, alors qu’il réalise la plus belle saison de sa carrière (7’44’’46 sur 3 000 m en salle, 4e des Europe d’Helsinki sur 5 000 m), il échoue tout près des terribles minima olympiques sur 5 000 m (13’17’’90 contre 13’15), tout en voyant son ex-pote Hassan Hirt se faire exclure des JO pour contrôle positif à l’EPO avant la compétition. « En 2012, j’avais montré que j’étais en forme mais je ne suis pas allé aux JO. C’a été dur, frustrant. J’ai pris une claque. Mais je garde cette saison en tête comme une référence d’un point de vue sportif. »

2012 et 2014 années charnières

2014 aurait d’ailleurs pu faire office de revanche mais cette fois c’est un mollet qui le freine avant les Championnats d’Europe de Zurich. Le contretemps de trop. « Ma carrière a tourné à ce moment-là. Là, tu reprends une claque. J’étais revenu et je me suis de nouveau blessé juste avant le meeting du Stade de France où je visais les minima. A ce moment-là, j’ai presque eu un dégoût. Je n’avais plus la motivation pour préparer la piste. »

Son regard se tourne alors vers la distance mythique du marathon, lui le vice-champion d’Europe espoirs du 1 500 m (2007), avec un premier essai très concluant (2h14’00 en 2015 à Paris) avant de nouvelles blessures. De quoi laisser penser à un mauvais choix de parcours à la vue de ses qualités innées pour la piste. « Le premier a été concluant puis c’a été en dents de scie (2h14’07 en 2017). C’est sûr que quand je vois les séances que je suis encore capable de faire sur la piste, j’ai des réserves. Mais j’ai essayé de tourner la page de la piste, donc j’essaie de ne pas trop regarder. Mais ce n’est pas facile. Si je me loupe encore X fois, je me dirai peut-être que je ne suis pas fait pour le marathon. »

L’histoire n’est pas finie

A la vue de sa préparation tronquée en 2018, Berlin ne comptera pas dans les loupés, surtout que depuis plusieurs semaines, les feux reviennent progressivement au vert. Désireux de se faire opérer du tendon d’Achille (syndrome d’Haglund), le Monbazillacois a finalement reculé l’opération (prévue le 3 septembre), la douleur ayant, pour l’heure, disparue. La chance aurait-elle enfin tournée ? « Je me dis que si je ne suis pas blessé, je peux faire des chronos comme ceux de YoKo (Yoann Kowal), Morhad (Amdouni) ou Flo (Carvalho). Je ne suis pas moins bon qu’eux. C’est juste que les alignements de planète ne se sont pas encore faits, même si évidemment, il n’y a pas que la chance et que je n’ai sûrement pas fait tous les efforts à un moment sur les soins ou autres. »

Celui qui, étant enfant, se voyait plus footballeur que coureur, souhaite donc encore relancer la roue et lorgne sur les JO de Tokyo. « Participer aux JO n’est pas utopique. Je suis passé proche en 2012. J’ai fait quasiment tous les grands championnats (Championnats d’Europe en salle, en plein air et en cross, championnats du monde en salle et en cross). Quand je suis en pleine possession de mes moyens, je sais que je peux faire de belles choses. »

Et quelque soit le dénouement, il gardera cette bonne humeur qu’il trimballe de stage en stade depuis le début de sa carrière. En espérant que la chance tourne enfin.


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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