Yann Randrianasolo

Yann Randrianasolo sera en lice le lundi 6 pour les qualifications des Championnats d’Europe de Berlin.

 

Sélectionné aux Championnats d’Europe de Berlin, le Réunionnais venu au sport de haut niveau par la natation, s’est mis au saut en longueur un peu par hasard. Le hasard qui l’a également envoyé de l’autre côté de l’Atlantique, là où il s’est révélé au plus haut niveau. Rencontre.

Voilà un peu de calme dans une saison trépidante. Sur le pont depuis le 13 janvier et 25 concours de longueur à son actif (+ 2 en triple saut), Yann Randrianasolo vit actuellement des jours « paisibles » à Paris, entre l’appartement qu’a loué sa famille pour le voir et l’INSEP, où il peaufine ses réglages en vue des Championnats d’Europe.

25 concours de longueur depuis janvier

Athlète de l’université de Caroline du Sud depuis janvier 2017, le neo-international connaît, en effet, une saison à rallonge. « Aux Etats-Unis, on saute quasiment tous les week-ends depuis le mois de janvier, explique-t-il. On n’a pas beaucoup de repos. On doit donc faire attention aux soins et à notre hygiène de vie pour ne pas se blesser. C’est vraiment une année longue mais belle ! »

« Belle », parce que le 23 juin dernier, lors du Music Jump d’Albi, il a franchi pour la première fois de sa carrière la barrière symbolique des 8 m (8,01 m, +1,0), ce qui lui a ouvert progressivement les portes de l’équipe de France, avec dans un premier temps les Jeux Méditerranéens (3e avec 7,90 m, +0,8) et la Coupe du Monde par équipes (7e avec 7,68 m, vent nul), avant Berlin la semaine prochaine. « Les Europe vont être mon premier grand championnat. C’était mon objectif depuis le début de saison même si je n’avais pas encore fait 8 m. »

50 m nage libre et 50 m dos comme spécialités

Un contexte international qu’il va découvrir même s’il se bagarre depuis deux saisons en NCAA (championnat universitaire américain) où les requins sont au moins aussi gros. « Je suis habitué aux grosses compétitions et de toute façon, si tu as peur, tu te fais manger. Aux Etats-Unis avec 8 m, tu n’es personne. On n’a pas le temps de se reposer sur ses lauriers. Tu es à la bagarre tout le temps. »

La bagarre, Yann Randrianasolo aime ça, lui qui depuis l’âge de 4 ans est confronté à la compétition. « Je suis compétiteur. Mon premier sport majeur a été la natation. J’en ai fait pendant quatorze ans. Je faisais les Championnats de France sur le 50 m nage libre et 50 m dos. »

Mais en 2009 (il débute en minime 2, à 15 ans), alors qu’il patinait dans les bassins, sa mère, ex-athlète, lui propose de se tourner vers l’athlétisme. « Je cherchais un sport vers lequel me rabattre et j’aimais bien regarder l’athlétisme à la télévision. J’ai tout de suite adhéré. »

Des débuts à la longueur par hasard

Ses talents de sprinteur dans l’eau se transposent très vite sur terre avant que le sable ne vienne s’ajouter par hasard à l’équation. « Je me suis dirigé vers le sprint. Et en 2011, je m’étais qualifié sur 60 m pour les Championnats de France cadets en salle. Mais pour suivre mes copains, j’ai tenté un concours de longueur et je suis passé de 5,95 m à 6,75 m. Je me suis donc qualifié aussi à la longueur et c’est comme ça que ç’a commencé. »

S’en suit des titres de champion de France en juniors (2012) puis espoirs (2015) avant de quitter sa Réunion natale pour continuer l’aventure à Toulouse sous les conseils de Dominique Hernandez. Et alors qu’il grappille les centimètres en un an et demi (7,73 en 2015, 7,82 m en 2016), il prend un nouvel envol, encore sous le fruit du hasard. « Rougui Sow (internationale française à la longueur) avait pour projet de partir aux Etats-Unis. En rigolant, je lui ai dit que je voulais venir avec elle et elle a pris cette blague très au sérieux (rires). Elle a parlé de moi au Head coach de South Carolina et fait pression pour qu’il me prenne. Et ils m’ont pris. »

Encore une saison universitaire

C’est donc comme ça qu’en janvier 2017, il a découvert le sport universitaire américain – « c’est un autre monde où ils mettent les sports et les sportifs en valeur » – et qu’il a progressé pour atteindre cette saison les 8 m et l’équipe de France. Même s’il espère évidemment faire mieux. « Si je n’avais pas fait 8 m cette année j’aurais été très déçu car je pense même que j’aurais dû faire mieux. J’ai mordu des sauts plus loin, il m’a juste manqué le facteur chance. Mais pour Berlin, je sais que je peux le faire. J’étais à court de forme lors des dernières compétitions car j’ai beaucoup enchainé. Mais là Dominique (qui le coach encore quand il est France) a mis en place un plan d’entrainement pour que je récupère. Je sens déjà que ça revient. »

Celui que ses amis surnomment le « bœuf » pour sa puissance déployée lors de ses sauts sera donc en lice dès ce lundi à Berlin pour les qualifications de la longueur avant de repartir aux Etats-Unis pour une ultime saison universitaire. « Il me reste une saison d’éligibilité (pour participer aux compétitions universitaires). Je vais essayer d’être diplômé en décembre (en relations internationales) avant d’enchainer sur un master. »

Ensuite, Yann Randrianasolo, laissera encore faire le hasard. « J’aimerais rester un peu aux Etats-Unis. On verra selon les opportunités et si évidemment je saute plus loin. Mon expérience est faite d’opportunités. Les meilleures choses viennent au hasard. »

C’est bien connu, le hasard fait bien les choses.


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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