Yann Chaussinand

Yann Chaussinand est l’un des espoirs des lancers en France.

Cinquième des derniers Championnats d’Europe juniors au lancer du marteau, Yann Chaussinand fait partie de ces athlètes attendus pour Paris 2024. Un lourd poids sur les épaules, que le colosse (1,96 m, 95 kg) gère avec légèreté, lui le fils de David Chaussinand, ex-international français au marteau, qui a arrêté sa carrière à 29 ans après un contrôle positif. De quoi être vacciné contre les dérives de l’athlétisme de haut niveau, même si le Clermontois n’écoute que sa passion. Rencontre.

En cette fin de mois de décembre, le temps est rude sur Clermont-Ferrand. Le thermomètre affiche deux degrés et quelques flocons tombent sur le Stadium Jean-Pellez. Et alors que les sauteurs à la perche, Renaud Lavillenie en tête, s’envoient en l’air à l’intérieur, quelques fous lancent des marteaux, d’une dalle gelée vers une pelouse blanche.

Le Graal d’être champion de France

C’est là que nous retrouvons Yann Chaussinand. En compagnie de son cousin Nicolas Fedit (59,43 m au marteau en 2017) et de son entraineur Antoine Duc, le cinquième des derniers Championnats d’Europe juniors à au programme une séance de lancers. Touché à l’épaule depuis plusieurs semaines, le longiligne lanceur fait attention sans pour autant s’économiser.

Il faut dire que le garçon est pressé. Champion de France juniors à Dreux cet été avec un record personnel à la clé (75,44 m au marteau de 6 kg, 6e performance française de tous les temps), Yann Chaussinand a terminé au pied du podium à la fin du mois de juillet à Grosseto lors des Europe de sa catégorie. « Je suis assez satisfait de ma saison, lâche-t-il. J’ai eu un pépin au dos l’hiver donc j’ai loupé ma saison hivernale. Mais ensuite, j’ai bien pu préparer l’été. Aux France, j’ai comme touché le Graal car c’était mon premier titre de champion de France. Et derrière, aux Europe, j’ai manqué d’expérience même si, sur le coup, j’ai été déçu de ne pas monter sur le podium. »

Se rapprocher de Quentin Bigot

Finalement, après des vacances méritées, le Clermontois de 19 ans a réussi à se satisfaire de son été et a surtout pris rendez-vous pour la suite. « Je m’entraine plus que l’année dernière, explique celui qui avait déjà augmenté sa charge d’entrainement l’année passée après son entrée en DUT GEA où son emploi du temps est aménagé. Cet été, il n’y a pas de grands championnats pour les espoirs (seulement le match méditerranéen). Mon objectif sera donc les Championnats de France Elite où j’espère ramener une médaille. »

Cinquième des bilans nationaux au marteau de 7,26 kg l’année dernière (avec 64,79 m en 2017 et 65,33 m début janvier 2018), Yann Chaussinand fait partie de l’avenir de la discipline. « Ce qui m’intéresse c’est d’aller directement avec les seniors. Le problème en France c’est que la densité au niveau des lanceurs n’est pas très haute. En ce moment, il y a Quentin (Bigot, quatrième des Mondiaux cet été) qui est largement devant moi. De mon côté, je vais essayer de m’entrainer pour m’en approcher le plus possible. »

Le marteau, un choix personnel

Entrainé par Antoine Duc depuis qu’il s’est spécialisé dans le marteau, après avoir touché à tous les lancers, Yann Chaussinand est également coaché une fois par semaine (les samedis) par son père David, ex-international français (80,99 m au marteau en 2001). Un père qui a connu une histoire contrastée avec le marteau de haut niveau, avec une ascension très jeune (3 participations aux Mondiaux et 1 aux JO en 2000), avant d’arrêter sa carrière à 29 ans en assumant un contrôle positif. De quoi être vacciné contre les dérives du haut niveau. « Mes parents ne m’ont jamais poussé sur un stade, livre-t-il. Avant de faire de l’athlétisme, je suis passé par beaucoup de sports (tennis, handball). C’est moi qui ai demandé à mon père de me donner des conseils sur la technique. »

Dans une discipline qui fait malheureusement plus souvent, en France, les gros titres pour des faits de dopage que des succès sportifs, l’avenir des jeunes lanceurs n’est pas très éclairci, chose dont il est évidemment conscient. « Le dopage c’est quelque chose qui sera malheureusement toujours dans le sport. Il y a beaucoup de jeunes lanceurs qui arrêtent car le lancer ce n’est vraiment pas quelque chose qui rémunère, juge lucide Yann Chaussinand. C’est sûr que j’aimerais devenir professionnel mais je sais que c’est quasiment impossible de vivre de ça. Après mes études (il est actuellement en 2e année de DUT GEA), je vais devoir gérer mes entrainements et un petit boulot à côté pour pouvoir vivre. »

En stage avec Tavernier et Bigot

Mais pour l’heure, le lanceur prometteur vit toujours chez ses parents, de quoi préparer au mieux les prochaines échéances. D’ailleurs, il est actuellement en stage en Afrique du Sud avec les internationaux Alexandra Tavernier et Quentin Bigot. « Ce stage prouve que la Fédération croit en moi en m’insérant avec les seniors. Je suis content car c’est ce qui me manquait de voir des athlètes qui lancent vraiment loin. »

Surtout qu’à moins de sept ans des JO de Paris 2024, Chaussinand, comme beaucoup d’autres, incarne l’équipe de France qui devra briller sur ses terres. « Paris 2024 reste dans un coin de ma tête. C’est le Graal de tout athlète. Je vois ça comme une opportunité car la Fédération va mettre les moyens sur nous car on est la génération qui a la possibilité d’y aller. »

Peut-être de quoi l’aider à résister aux sirènes des autres sports comme le rugby ou le bobsleigh – « au lycée on m’a souvent contacté pour jouer au handball » – des voies qu’ont déjà choisies d’autres lanceurs (voir article). « Le marteau c’est vraiment le sport qui me plait le plus. C’est là où je voyais mon engin partir le plus loin quand j’étais petit et qui m’a fait l’aimer. »

Objectif 70 m

Un amour qu’il aimerait convertir encore en mètres grattés sur la pelouse, avec, dès cette saison, la barre des 70 m au marteau de 7 kg. « Avec 70 m on rentre dans un cercle plus fermé. C’est quelque chose qui me ferait plaisir. Ca devrait être jouable. »

D’autant qu’il est encore loin d’atteindre son maximum physique. « On me dit souvent que j’ai un gabarit de lanceur de javelot ou de disque. Il y a beaucoup de gens qui chargent en musculation. Moi, je préfère y aller progressivement. Je deviens plus fort physiquement même si je ne deviens pas forcément plus volumineux. Les lancers sont un sport de maturité. Je préfère ne pas griller les étapes. »

A son rythme et avec son histoire, Yann Chaussinand avance sur sa propre voie.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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