Vincent Luis

Vincent Luis a décidé de quitter le groupe de Farouk Madaci pour rejoindre une structure privée composée de triathlètes.

 

Après presque cinq ans dans le groupe d’entrainement de Farouk Madaci à Reims, le triathlète international Vincent Luis a décidé de changer d’air en cours de saison pour rejoindre un groupe exclusivement composé de spécialistes du triple effort. Un choix dicté par l’envie de se recentrer sur sa discipline de prédilection après être peut-être parti trop loin en course à pied. Cependant, comme il l’a toujours signalé, le Français restera proche des terrains de cross et aimerait toujours venir fouler le tartan. Entretien exclusif.

– Vincent, pourquoi avoir choisi de quitter le groupe d’entrainement de Farouk Madaci à Reims, dans lequel vous vous entrainiez en course à pied depuis cinq saisons ?

« Depuis les Jeux de Rio, je sentais que c’était un peu différent. Les infos passaient moins entre tous les acteurs de la structure. Je me suis laissé du temps car ç’avait marché et que le système me convenait. Mais au fur et à mesure, j’ai senti que c’était différent, qu’il y avait moins de place dans le groupe pour le triathlon, que ça redevenait un groupe 100 % athlétisme. Mais je n’ai jamais voulu faire d’histoires. Je n’ai jamais demandé à Farouk de faire un choix. J’ai juste senti que le groupe avait évolué, que j’y avais moins ma place, et j’ai pris seul la décision d’en partir. Il n’y aucun problème mais la situation a évolué. J’ai une grande partie de ma carrière qui est derrière moi, je n’ai pas de temps à perdre.

« Il fallait que je retrouve une balance entre les trois sports »

– Dorénavant avec qui allez-vous vous entrainer ?

J’ai intégré le groupe d’entrainement de Joël Filliol. C’est un coach que je côtoie depuis longtemps, que je connais bien. C’est un Canadien qui habite à Glasgow (Ecosse), il entraine depuis les années 90. Actuellement, il est DTN de la Fédération italienne et il entraine donc dans cette structure où il y a notamment Mario Mola, le numéro un mondial en triathlon. Je m’étais toujours dit que si, un jour, je quittais la structure que j’avais à Reims, c’était pour aller dans un groupe d’internationaux en triathlon. Dans les trois, quatre groupes qui existent dans le monde, c’est vraiment celui-ci que j’avais repéré car il y a vraiment les meilleurs athlètes et surtout ce sont des athlètes avec qui je m’entends bien et avec qui je voulais m’entrainer. En plus, leurs lieux de stage sont principalement en Europe. Et Joël est un entraineur qui coache sur les trois disciplines. C’est un truc qui va me faire du bien car il fallait que je retrouve une balance entre les trois sports.

– C’était un besoin que vous aviez de retrouver cette « balance » entre les sports ?

Je suis parti beaucoup trop dans la course à pied. C’était un choix délibéré de mon côté. On s’est peut-être fourvoyés sur le fait que bosser beaucoup la course à pied ç’allait suffire pour avoir la caisse en vélo. Il faut croire que ce n’est pas le cas car sur les dernières courses j’ai senti des lacunes en vélo. C’est un sujet que j’ai voulu aborder avec Joël. On s’est rendu compte que je ne roulais plus assez, que je ne roulais plus assez vite. Comme on est partis trop dans l’optique de la course à pied, je profitais plus du vélo pour récupérer (il faisait lui-même ses plans en vélo). Avec ce groupe-là, j’ai la chance d’être avec les plus costauds du circuit en vélo. Là en dix jours de stage, j’ai fait des séances en vélo que je n’avais plus faites depuis deux ans.

« Je joue tout pour Tokyo sur les deux années qui viennent »

– Justement, comment fonctionne cette structure au quotidien ?

On a une structure qui fonctionne avec un coach, un coach adjoint et un kiné à plein temps (il y a une douzaine d’athlètes). Je rémunère Joël mensuellement. Il est 24h/24h avec moi en stage. Il est disponible par téléphone. On a une plateforme sur internet où on échange sur les séances. C’est ultra-professionnel. Les Anglo-Saxons ont l’habitude de ça. Ca va m’apporter de la sérénité. C’est un mec qui te gère tout de A à Z. Je sais déjà tout sur ma fin de saison que ce soit les compétitions, les lieux de stages, les billets d’avion… L’adaptation est faite par rapport au planning. J’avais besoin de trouver cette sérénité dans l’entrainement. De me lever le matin, d’ouvrir mon ordinateur d’avoir mon plan avec le parcours vélo déjà dessiné. J’avais vraiment besoin de cette quiétude d’esprit.

– Est-ce que ce changement va vous éloigner du monde de l’athlétisme dans lequel vous commenciez à vous immiscer ?

J’ai encore envie de faire des compétitions en athlétisme. C’est un truc que j’ai au fond de moi. J’ai envie de faire les cross et d’aller sur la piste. Si le calendrier me le permet, je le ferai. Je vais rester licencié à l’EFSRA. Ca reste dans un coin de ma tête. Mais je joue tout pour Tokyo sur les deux années qui viennent. Il va falloir faire des choix.

« Je suis le seul à faire toutes les séances avec Mola »

– Et le fait de ne plus cotoyer à l’entrainement des athlètes comme Mahiedine Mekhissi ou François Barrer ne va pas vous manquer ?

C’est sûr que ça va me manquer. Mais là, avec la saison d’athlétisme, les gars je ne les voyais plus trop. Là, dans mon nouveau groupe, je suis 24h sur 24h avec les gars. Et Mola à pied ça ne rigole pas non plus. On passe un peu moins de temps sur la piste. Tout le processus est différent. En triathlon il faut juste gagner la course, il n’y a pas d’histoire d’allure. Ce truc là, je vais le retrouver tous les jours à l’entrainement. La notion de chrono et de distances exactes elle a beaucoup moins d’importance que dans l’athlétisme.

– Justement, c’était aussi une envie d’aller vous confronter aux meilleurs triathlètes à l’entrainement ?

On a déjà fait pas mal de séances. Je vois que je n’ai rien à envier à ces mecs-là. Je suis le seul à faire toutes les séances avec Mola et je vois que je n’en chie pas trop. Il n’y a pas de raison que je ne le batte pas en course. Le thème de ce groupe c’est qu’on est là pour battre tout le monde et non untel ou untel.

– Avec le recul, vous ne regrettez pas de vous être tant investi en course à pied ?

Je n’ai aucun regret sur les choix que j’ai fait avant. Si c’était à refaire je le referais. Je suis passé d’un mec qui nageait bien et qui faisait bien du velo à l’un des meilleurs coureurs du circuit. Toutes ces semaines d’athlé que j’ai faites ça me servira toute ma carrière.

Beaucoup de stages au programme
Actuellement en stage avec sa nouvelle structure d’entrainement à Font-Romeu, Vincent Luis y restera jusqu’à la mi-juillet avant d’enchainer avec le triathlon d’Hambourg (14 juillet) et celui de Edmonton (27 juillet). Ensuite, le Français posera ses valises à Flagstaff (Arizona) pour un nouveau stage jusqu’au 7 septembre avant de courir un triathlon en Australie et de terminer sa saison par un dernier stage à Majorque.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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