Steven Fauvel Clinch

Champion du monde cadets du décathlon, Steven Fauvel Clinch fait partie des espoirs de l’athlétisme français.

 

Champion du monde cadets du décathlon au Kenya en juillet dernier, Steven Fauvel Clinch vient de débuter parfaitement son passage chez les juniors en remportant les Championnats de France en salle ce week-end. Un parcours qui semble le projeter vers le très haut niveau et évidemment sur les pas d’un certain Kevin Mayer, qui, avant lui, a collectionné les titres mondiaux chez les jeunes avant de remporter l’or cet été à Londres. Mais le Normand, élevé à la boxe et au football, souhaite évidemment faire son propre chemin sur les dix travaux. Rencontre.

Val-de-Reuil, le 27 janvier dernier. Le stade couvert Jesse Owens accueille ce jour-là le meeting de l’Eure avec le champion du monde du décathlon Kévin Mayer en guest-star. Ce qui marque en entrant dans la salle, ce sont les affiches de l’événement avec un blond aux yeux bleus au premier plan mais pas celui auquel on pense. Kevin Mayer y apparaît bien, mais au fond à gauche, alors que c’est Steven Fauvel Clinch qui trône au milieu de celle-ci.

Une forte ressemblance avec Kevin Mayer

De quoi montrer déjà quelle dimension a pris le jeune Normand, champion du monde cadets en juillet dernier au Kenya et déjà égérie d’un meeting, même si ce dernier se déroule là où il s’entraine tous les jours.

Pour le reste, la vraie star restait évidemment Mayer même si son cadet a eu le droit à une entrée à ses côtés sur le stade. Une bonne occasion de les voir côte à côte et se demander si Steven n’était pas le petit frère de Kevin. « On me parle tout le temps de Kevin, sourit Steven Fauvel Clinch, qui a le droit à des questions sur Mayer à chaque interview. Mais ce qu’on dit tout le temps avec Kevin, c’est qu’il a fait son parcours, et que moi je ferai le mien. Ce n’est pas parce qu’il a fait champion du monde cadets, champion du monde juniors, que je vais faire le même parcours. » « Il faut arrêter de le comparer à moi, lance de son côté Mayer. Il faut qu’il écrive sa propre carrière. Ce n’est pas parce qu’il est blond aux yeux bleus et qu’il a fait champion du monde cadets qu’il faut lui mettre la pression. »

Gros esprit de compétition

La pression, le jeune normand semble jouer avec. La preuve avec son 1 000 m lors des Championnats de France d’épreuves combinées de ce week-end, où après avoir passé deux jours derrière Makenson Gletty au tableau d’affichage, il a pulvérisé son record sur la distance en 2’37’’30 pour remporter le titre juniors à l’heptathlon. « J’ai fait ça au mental. Kevin Mayer, Bastien Auzeil, Romain Barras étaient présents à Lyon et je leur ai demandé de m’encourager car j’allais tenter quelque chose que je n’ai jamais fait en partant sur des bases inférieures à 2’40 au kilomètre. » « Il a démontré un gros esprit de compétition sur ce week-end, admire Mayer. Et c’est vrai que pour le coup ça me ressemble (rires). »

Kevin Mayer

Kevin Mayer et Steven Fauvel Clinch lors du meeting de l’Eure.

 

Il faut dire que la compétition, le jeune Fauvel Clinch aime ça, lui qui a pratiqué notamment de la boxe et du football dans sa jeunesse et qui est venu à l’athlétisme par le cross. « J’ai fait du judo, du karaté, de la boxe. Tous ces sports de confrontation m’ont aidé. Et j’avais beaucoup d’endurance grâce au foot et à la boxe. Mais je n’aime pas m’ennuyer. Faire une seule épreuve par compétition ne m’aurait pas suffi. Donc c’est là que je me suis dit que j’allais essayer toutes les épreuves. »

Un emploi du temps dantesque

Membre aujourd’hui du pôle espoirs de Val-de-Reuil, le jeune combinard est sûr de ne pas s’ennuyer dans ses journées à rallonge. « Je me lève tous les jours de la semaine à 6 h, pour prendre mon bus (Louviers – Val-de-Reuil). Ensuite j’ai cours (Terminale ES) de 8h à 10 h, puis entrainement de 10h à 12h. Puis je mange, je retourne en cours (14h-17h) avant de repartir au stade pour un autre entrainement et de rentrer chez moi vers 20 h. »

Un rythme de vie qui démontre toute la détermination du champion du monde cadets. « Je suis champion du monde cadets mais je ne veux pas rester sur mes acquis. Je ne suis pas dans cette optique là. Etre champion du monde ce n’est qu’un passage. A chaque fois que je fais un truc, je le fais à 100 %.» Une démarche professionnelle dès l’âge de 17 ans qui laisse Kevin Mayer admiratif. « Il est très professionnel. J’étais beaucoup moins sérieux à son âge. J’ai eu ma période où j’ai bien profité. Je pense que c’est un atout pour lui. Ceux qui disent qu’il faut profiter de la vie pour réussir en sport se trompent. Plus on se donne les moyens, plus on y arrive ! »

Un parrain nommé Mayer

Les moyens, Steven Fauvel Clinch ou « 2K » – comme le surnomme Kevin Mayer parce qu’il est né en 2000 – se les donne en n’hésitant pas à s’inspirer de « Kéké ». « Kevin m’a invité en septembre au Decastar de Talence. Pendant deux jours, j’ai pu vraiment parler avec lui. » « Je n’hésite pas à lui donner des conseils car Steven est demandeur, explique Mayer. Et je sais l’importance d’avoir un repère. Plus jeune, j’ai eu la chance d’avoir Romain Barras et ça m’a vraiment aidé. Maintenant, je pense qu’il faut qu’il reste dans sa structure (il est entrainé par Wilfrid Boulineau) où il est très bien et qu’il apprenne à aller voir des spécialistes dans chaque domaine. Ce sont des raccourcis tellement rapides qui permettent de faire passer des caps. »

La méthode Mayer ou l’art de picorer le savoir-faire des meilleurs dans chaque discipline. Un conseil que son cadet suit déjà en épluchant des vidéos. Et dont il aura besoin pour améliorer ses points faibles notamment en lancers. « En cadets, j’étais beaucoup plus « crevette » que lui, analyse Mayer. Je ne courrais pas aussi vite mais, j’étais meilleur en sauts et en lancers. Mais il a déjà une base de sprint impressionnante et il est très bon en aérobie. Ca peut vraiment faire un beau mixte. »

Plein d’étapes avant 2024

Catalogué « génération 2024 », Steven Fauvel Clinch tentera d’abord de se qualifier cet été pour les Championnats du monde juniors avant d’essayer de continuer de grandir à son rythme. « Comme c’est ma première année chez les juniors, j’ai beaucoup de changements avec la hauteur des haies et le poids des engins. C’est donc plus une année de transition avec un objectif sur deux ans vers les Championnats d’Europe juniors 2019. »

Pour la suite, Steven Fauvel Clinch rêve d’une carrière professionnelle en athlétisme, tout en voulant passer son professorat de sport via la filière STAPS. Et peut-être qu’un jour, il sera au départ d’un décathlon avec son pote Mayer. « Je serais hyper content qu’il vienne me titiller dans quelques années, avoue le champion. Je suis très bon joueur là-dessus. »

Le grand blond aux yeux bleus devra alors se méfier. « La compétition c’est la compétition, lâche Fauvel Clinch. On peut être potes à l’extérieur, mais sur la piste, il n’y a plus d’amis ! »

On a déjà hâte d’y être !

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