Romain Heinrich

Romain Heinrich (à droite) sera pilote du Bob à 2 français aux JO de Pyeongchang.

 

Romain Heinrich, l’athlète de l’Entente Athlétique Grenoble 38 sera au départ des épreuves olympiques de Pyeongchang de bob à deux les 18 et 19 février prochains. Après avoir déjà été pousseur dans le bob à quatre lors des JO de Sotchi (2014) celui qui participe tous les ans aux Championnats de France Elite au lancer de poids est devenu en l’espace de trois années, pilote de bobsleigh. Portrait.

Les 18 et 19 février prochains, Romain Heinrich sera aux commandes du bob à deux français pour dévaler la piste des Jeux olympiques de Pyeongchang. Une piste glacée, des températures avoisinant les – 20 degrés, l’athlète de l’Entente Athlétique Grenoble 38 sera loin de l’atmosphère des derniers Championnats de France Elite de Marseille où il a pris la sixième place au poids.

Recruté un peu par hasard

Mais depuis sept ans, il est devenu sportif de haut niveau en bobsleigh. Dans un premier temps pousseur du bob à 4 (17e des JO de Sotchi), il est même devenu pilote lors des trois dernières années, chose assez rare en si peu de temps. « A la base, je m’inscrivais dans un projet qui devait m’emmener jusqu’aux JO de Pékin en 2022, explique-t-il. Mais, suite à de gros investissements pour progresser, c’a marché du premier coup. Ca relève un peu du miracle de le faire en trois ans. »

C’est d’ailleurs, tout aussi miraculeux qu’il se retrouve pour la deuxième fois aux JO, lui qui faisait du poids juste pour « le plaisir de participer aux Championnats de France et de battre des records ». Licencié à Grenoble, Romain Heinrich reçoit en effet un jour une proposition de Florent Ribet, partenaire de club mais également membre de l’équipe de France de bob. « L’équipe de France cherchait un pousseur puissant pour compléter le bob à 4 et Florent m’a proposé d’essayer. En habitant Grenoble, j’ai pu me rendre facilement à La Plagne (seule piste de bob en France) et j’ai trouvé l’effort tout de suite intéressant. »

17,03 au poids et 11’’20 au 100 m pour 108 kilos

Il faut dire que Romain Heinrich est loin d’être le premier athlète à passer du short à la combinaison intégrale puisque le seul collectif français médaillé aux JO en bob à 4 (médaille de bronze en 1998) était composé de trois ex-athlètes (Max Robert, Emmanuel Hostache et Eric Le Chanony). La passerelle est donc classique, à l’image de Boris Vain, recordman de France juniors du poids et qui est également à Pyeongchang mais avec Monaco (voir article). « Par rapport au lancer de poids, c’est plus un effort de course, explique Heinrich. Mais c’est un effort de cinq secondes où on recherche des qualités de force et d’explosivité. »

Avec des références de 17,03 m au poids et de 11’’20 au 100 m pour 108 kilos et 1,89 cm, Romain Heinrich avait le profil parfait pour pousser. De quoi se lancer pleinement dans la pente. « Le haut niveau est plus accessible qu’en athlétisme même si c’est une fausse idée de croire que tous les athlètes peuvent intégrer l’équipe. J’en ai vu beaucoup se casser les dents. Autant je n’ai jamais pensé faire une carrière en athlétisme car je savais que même si j’arrivais au niveau d’un Frédéric Dagée, les grands championnats seraient quand même compliqués à atteindre. Autant là, je me suis engagé pleinement. »

Le pari de devenir pilote

Un engagement encore plus important lors de ces trois dernières années, où en plus de conserver son niveau physique, il a dû apprendre à piloter ses engins qui filent à plus de 100 km/h dans une pente glacée. « Je faisais partie des meilleurs pousseurs et le pari, avec la Fédération française des sports de glace a été de se dire de tenter de me faire devenir pilote pour améliorer la poussée globale de l’équipage. »

Un rôle primordial où Heinrich a entre ses mains sa vie et celles de ses coéquipiers. « Il y a un réel rôle de pilotage. J’ai une manettes dans chaque main et quand je tire par exemple vers la droite, le patin du bob tourne également dans cette direction. Mais on ne peut pas piloter comme on le souhaite car les patins ne sont pas affûtés, ils n’ont pas de carre. On a de l’accroche que lorsqu’on utilise la force centrifuge (donc dans les virages relevés). Il y a donc vraiment des timings précis à respecter et un gros travail de mémorisation de trajectoires en amont tout en étant capable de prendre des décisions rapides dans la descente. »

Regret de ne pas avoir battu son père au poids

Une combinaison que le Français a vite saisie, enchainant trois Top 15 en Coupe du monde cette saison (sur 5 épreuves). « C’a été un cheminement de trois ans qui a été dur car quand tu commences à piloter, tu es rongé par la peur, par la pression. Je savais que si je voulais me qualifier pour la Corée du Sud, il fallait que je fasse mes armes en passant par la Coupe d’Europe puis la Coupe du Monde. Je ne sais pas encore de quoi seront faits ces Jeux mais je retiens déjà tous les efforts que j’ai consentis et cette aventure extraordinaire. »

Une aventure qui ne l’a pas pour autant éloigné des aires de lancers puisque tous les étés, il revient à son premier amour, terminant régulièrement finaliste aux France Elite. Seul petit bémol à son choix pour la glace, il regrette de ne pas avoir battu le record personnel au poids de son père (17,73 m). Même si une place dans les dix premiers aux JO dans quelques jours devrait lui faire oublier.

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Crédit photo de couverture : IBSF/Viesturs Lacis

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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