Renaud Lavillenie

Renaud Lavillenie, ici à Rouen, aime conseiller ses amis perchistes.

 

Le recordman du monde du saut à la perche est sur le pont tout le week-end pour l’organisation du All Star Perche by Quartus, meeting international qu’il a créé depuis 2016. Devenue une référence mondiale, cette compétition permet à Renaud Lavillenie de se dédoubler, entre la casquette d’un chef d’entreprise et celle d’un athlète de haut niveau. Et alors qu’il visera un nouveau titre mondial en salle à Birmingham la semaine prochaine, le Français a mis les petits plats dans les grands pour accueillir ses futurs adversaires à Clermont-Ferrand. Car l’essentiel est ailleurs pour Lavillenie, qui, malgré son instinct de compétiteur, cherche le plaisir simple de partager une compétition avec ses « copains », tout comme il est capable de coacher un adversaire en plein meeting. Interview.

– Renaud, comment vous sentez-vous en cette fin d’hiver à l’approche des Mondiaux de Birmingham ?

« Les performances parlent d’elles-mêmes. La construction de la saison se fait plutôt intelligemment. Là, j’arrive dans la période intéressante. C’est le moment où il ne faut pas perdre pied et continuer à mettre en place tout le travail. Physiquement, j’ai zéro problème. Je continue à m’entrainer tous les jours sans pépin. Ca fait un bien fou. La saison dernière m’a laissé des traces et là, je me rends compte, que dès que je peux m’entrainer normalement, mon niveau de performance ne descend pas. Il reste encore quelques réglages pour passer les 6 m mais c’est déjà plus que correct.

« J’aurai mon regard partout et il faut que ça soit nickel »

– En plus des Mondiaux (1-4 mars), vous organisez ce week-end la troisième édition  du All Star Perche by Quartus, un meeting que vous avez créé et qui rassemble quasiment les meilleurs mondiaux (à l’exception de Thiago Braz et Ekaterini Stefanidi). N’est-ce pas trop compliqué à concilier ?

Au niveau de la perche, sur une saison en salle, les semaines les plus importantes sont celles de janvier. C’est là qu’il faut tout mettre en place. Là, j’ai déjà mes repères. Je suis sur une pente ascendante donc  faire autre chose n’est pas néfaste. Il y a pas mal de boulot mais ce n’est pas non plus moi qui appelle les prestataires. J’ai mon équipe, on est bien rodés et je prends du plaisir à le faire. Je sais que dimanche, ça sera impossible de rester sur mon canapé à ne rien faire. Je vais me balader, je vais aller voir dans les coursives, m ‘assurer que tout se passe bien. Parce que j’aime ça. Je ne prête pas mon image à cette organisation, je suis vraiment impliqué dedans. Je vais m’assurer de tout. J’aurai mon regard partout et il faut que ça soit nickel. Mais je sais que derrière ça me donne une force sur la compétition car c’est mon projet. Là, tu es à 3 000 %. J’espère juste revivre les émotions que j’ai eu en 2016 où, une fois la compétition finie, tu as tout qui te saute à la gueule et c’est trop bon.

– Ce dédoublement de rôles se ressent également sur la piste puisque, lors du Perche Elite Tour de Rouen, on vous a vu enchainer les conseils techniques avec votre frère Valentin, faire un petit bisous à votre fille puis franchir des barres de haut niveau.

A Rouen, par exemple, le concours a été très long. Donc j’aime bien faire autre chose. Je me suis occupé d’Alex (Feger), je me suis occupé de Valentin (Lavillenie son frère), j’ai passé également du temps avec  Kévin (Mayer). Ca permet de passer le temps et surtout j’ai dû mal, quand ce sont des personnes que j’apprécie, à les laisser galérer. Si je peux apporter ma pierre, je le fais volontiers. Forcément, j’allais voir aussi ma femme et ma petite fille. Si tu te mets trop tôt dans ta barre, au moment où il faut rentrer dedans, tu as déjà laissé trop de jus et généralement ça ne passe pas. Ca me permet justement d’alterner plus facilement et de profiter de la compétition. Quand je dois y aller je suis libéré car je ne me suis pas monté la tête depuis une heure. Ca fait des années que je le fais même quand je n’avais pas ce niveau-là. Je ne me vois pas faire, par exemple comme Braz, me mettre trois heures dans mon coin avec mon casque à attendre. Je me souviens qu’une image avait marqué Ghani Yalouz. C’était à Turin (2009), lors de mes premiers Championnats d’Europe en salle. Cela ne m’a pas empêché d’aller voir Kaf (Kafétien Gomis) de l’autre côté de la piste pour savoir où il en était. J’aime bien partager des choses avec les gens que j’aime. C’est naturel mais ce n’est pour autant que ça me fait sortir de la compétition.

« Mettre tout le monde dans les meilleures conditions possibles »

– Pour revenir au All Star Perche by Quartus, on peut dire  que vous ne lésinez pas sur les moyens puisque les athlètes sont accueillis dans de très bonnes conditions.

Je ne pourrais pas avoir la prétention de vouloir organiser l’un des plus grands meetings au monde et à côté de ça, les mettre dans un hôtel pourri et leur donner des plateaux repas. Le but c’est de mettre tout le monde dans les meilleures conditions possibles, qu’ils soient tous contents à la fin du séjour, qu’ils me fassent tous la bise et qu’ils reviennent l’année prochaine. J’ai la chance d’avoir quasiment que des copains qui vont sauter avec moi. Forcément tu as envie de passer un bon moment

– Vous organisez ce week-end la troisième édition, est-ce que le meeting est là où vous vouliez qu’il soit après trois ans ?

En terme de renommée, de spectacle, de performance, je suis très proche de ce que je voulais, voire presque mieux. En terme d’organisation générale, je trouve qu’on est vraiment pas mal. On a une belle prestation, une belle qualité d’organisation dans la salle et on a que des retours positifs, à part des petites choses. C’est super important pour moi d’avoir cette satisfaction et d’avoir des partenaires qui sont à fond derrière moi et qui veulent continuer l’expérience. Pour moi c’est la plus belle des récompenses. Ca veut dire qu’on est dans le juste. Car sans les partenaires, le meeting n’existerait pas. Personnellement, je ne peux pas assurer 300 000 euros de frais de meeting. Je peux assumer quelques petites pertes mais jusqu’à présent il me manque 10 % du budget. Pour l’instant je peux l’assumer et tout le reste ce sont nos partenaires qui me permettent d’assurer tout ça. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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