Bosse

Pierre-Ambroise se considère outsider de ces Championnats d’Europe.

Le champion du monde en titre du 800 m s’élancera ce matin à l’assaut des Championnats d’Europe de Berlin. Agacé par le statut de favori que veulent lui coller les observateurs, Pierre-Ambroise Bosse se considère plutôt comme un outsider prêt à surprendre son monde. Mais comme il dit lui-même, ses adversaires vont l’attendre au tournant. Interview.

– Comment abordez-vous ces championnats d’Europe alors que beaucoup vous voient favori ?

« J’ai en effet vu sur un site de paris sportifs que j’avais une cote à 2. Des gens très intelligents ont jugé de me mettre favori de cette compétition. Je ne comprends pas ! Ils ont oublié de regarder l’athlétisme cette année ? Je ne suis même pas premier au bilan et j’ai la plus petite cote ! Je comptais donc vous mentir sur ma forme, pour faire remonter la cote (rires). Je me sens respecté mais je n’aime pas ce statut.

« Gagner n’est plus une peur »

– Selon vous, votre titre mondial n’a donc rien changé à votre statut ?

Je pense que j’arrive avec le même statut que l’année dernière, celui d’outsider. Je n’ai pas gagné une course de niveau mondial cette année. Pour moi, les Europe s’apparente vraiment au niveau mondial. La seule différence c’est que j’ai gagné l’année dernière les championnats du Monde, je sais comment ça marche désormais. Dans ma tête, une case s’est cochée. Ce n’est plus une peur, une incertitude de se dire : « qu’est ce qui se passe si je gagne derrière ? » C’est ça la différence.

– Repartir sans le titre serait néanmoins un échec ?

Il ne faut pas avoir le boulard dans la vie. Je ne vais pas dire que je vais gagner tout le temps, surtout que c’est loin d’être vrai. Il suffit de regarder les 20 dernières années, c’est compliqué de retrouver toujours les mêmes champions. Même Rudisha a souffert. Mais bien sûr, je considère que je peux encore gagner. J’aurais arrêté de courir si l’envie de gagner n’était plus là. Je me sens encore jeune dans mon corps et mon esprit. Je serais déçu de ne pas gagner. J’arrive avec cet espoir d’avoir la médaille d’or. Je suis le champion du monde sortant. Ca serait forcément une déception pour moi et ceux qui me suivent.

« Adam Kszczot doit être en colère d’avoir une cote à 3,5 ! »

– Certains concurrents vont vouloir une revanche, on pense notamment à Adam Kszczot.

Adam Kszczot doit être en colère d’avoir une cote à 3,5 ! Ordonez encore pire, il a une cote à 5 alors que je ne l’ai pas battu de la saison le mec ! Ca va leur donner encore plus envie de me battre ! On a un peu près le même ego Kszczot et moi. Il n’a qu’une chose en tête, c’est de prendre sa revanche sur l’année dernière et prendre un troisième titre européen. Il y a pas mal de concurrents qui ont fait 1’44 : il y aura des clients cette année, comme d’habitude d’ailleurs.

– Dans quelle forme vous présentez-vous sur ces championnats ?

On n’a jamais vraiment de certitudes, surtout pas au 800 m. J’ai une forme qui a été montante toute la saison et je suis sûr que j’arrive à mon pic de forme de la saison. Qu’est-ce que vaut mon pic de forme cette année ? C’est la réponse qu’on aura dans quelques jours. Ce qui est sûr, c’est que je suis bien plus frais cette année. Je pourrais quasiment faire une pub Mentos (rires). L’année dernière je n’étais pas frais, j’ai failli sauter en demi-finale, j’étais sous anti-inflammatoire. On savait que je n’étais pas prêt, mais c’est passé.

« Je me sens capable de gagner une course qui va de 1’43 à 1’47 »

– Y-a-t-il un schéma de course que vous allez privilégier ?

Je me sens capable de gagner une course qui va de 1’43 à 1’47. Je n’ai plus ce complexe de dire qu’une course tactique sera plus compliquée pour moi. J’ai tendance à plus faire confiance à mon finish et à mon instinct de tacticien. Alors qu’avant j’aurais fait des statistiques pour établir une stratégie.

– Pourriez-vous être tenté de reproduire la stratégie gagnante de Londres ?

Partir au 250 m, c’est une tactique qui marche sur 800 m. Demandez à Kszczot , ç’a marché plusieurs fois. Ce n’était pas non plus un bluff. Je finis lentement, mais personne ne m’a rattrapé. Oui je pourrais tenter la même chose mais je peux tenter autre chose. Il faut innover. C’est mieux ! J’imagine à peu près tous les scénarios possibles. Ils préparent aussi des choses de leur côté. C’est pour ça que c’est souvent n’importe quoi une finale du 800 m. C’est une rupture de schémas. Personne ne s’attend à ce qu’il se passe, car tout le monde a prévu un petit truc.

« Je ne me suis pas encore épanoui comme je l’aurais voulu cette saison »

– Le souvenir de Zurich est-il encore douloureux ?

Quand je perds à la pétanque 13-0, on me dit « fais gaffe Pierrot tu fais une Zurich ! ». C’est un comique de répétition. C’est quelque chose de comique maintenant et non plus tragique. Ce souvenir n’a plus d’effets négatifs sur moi.

– Les trois tours vont s’enchaîner sans repos, cela peut-il vous faire défaut ?

L’année dernière j’étais prêt pour trois courses alors que j’étais pas mal blessé et qu’avec Alain (Lignier) on n’avait pas pu travailler tout notre arsenal d’entrainements. Cette année je me suis bien entrainé, surtout au niveau de l’aérobie. Je suis au fin fond des spécifiques, on est arrivés au bout de notre programme d’entrainement. Donc là, jour de repos ou pas, je suis prêt. Et le jour de repos fait parfois mal. Ca sera peut-être plus facile.

– Epargné par les blessures cette année, vous n’avez pourtant pas affolé les chronos, est-ce une source de frustration ?

Je n’ai pas pris mon pied en compétition cette année. Je n’aime pas ne pas réussir à retranscrire en compétition ce que je vaux à l’entrainement. C’a toujours été le cas et cette année j’ai eu cette frustration. Je manquais d’énergie. Je me sens depuis quelques mois très fort à l’entrainement mais je n’ai pas encore concrétisé ça en compétition. Aux France j’ai décidé de décrasser ce qu’il y a à l’intérieur en menant la course sur un train élevé. Il n’y a que le 800 m pour ça, même une bonne spé n’agit pas autant. Je vais courir derrière le championnat pour aller gratter des dixièmes. Je ne me suis pas encore épanoui comme je l’aurais voulu sur cette saison. »


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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