Ophélie Claude-Boxberger

Ophélie Claude-Boxberger a battu deux records personnels en 24 heures.

 

En seulement 24 heures, Ophélie Claude-Boxberger, 29 ans, a réussi un tour de force impressionnant en battant coup sur coup ses records personnels sur 3 000 m steeple (9’34’’43 à Rome ce jeudi, minima européens) et sur 1 500 m hier à Montbéliard (4’11’’36). Un enchainement qui prouve son grand état de forme en cette saison 2018 qui devrait la voir enfin participer à un grand championnat en équipe de France A, après avoir loupé de peu de nombreux rendez-vous. Et c’est hier soir, sous les coups de 23h30, à l’hôtel des athlètes du meeting de Belfort-Montbéliard que la locale de l’étape a accepté de répondre à nos questions. Rencontre.

– Ophélie, tout d’abord, comment vous êtes vous sentie à Montbéliard lors de ce 1 500 m après avoir battu votre record sur le steeple la veille à Rome ?

« J’étais bien ! Il y avait la fatigue du steeple mais avec l’excitation d’être à domicile et le fait d’avoir réalisé les minima (9’34’’43 contre 9’40) j’ai pu compenser. Je suis très satisfaite. C’était l’une des plus grosses courses du meeting et j’ai réussi à m’accrocher jusqu’au bout donc je suis vraiment très heureuse.

« Ca me tenait trop à coeur de courir à Montbéliard »

– Surtout qu’il y a encore quelques jours, cet enchainement de courses n’était pas prévu.

Après ma performance de Pliezhausen (meilleure performance française de l’histoire sur 2 000 m steeple en 6’16’’60), mon manager m’a dit que j’allais pouvoir rentrer à Rome. Donc dans ma tête je courrais à Rome. Mais finalement ça trainait, cinq jours avant Rome je me suis donc confirmée sur le steeple de Montbéliard. Et une heure après j’étais dans la start-list de Rome ! On ne peut pas refuser une place en Diamond League. Parce qu’après tu te fermes des portes. Et ici, à la base, ils n’annonçaient pas du beau temps avec du froid et de la pluie.

– Cela vous a valu un retour épique vers Montbéliard.

J’ai dormi deux heures dans la nuit de jeudi à vendredi. J’ai fait Rome-Barcelone puis Barcelone-Zurich en avion parce que mon vol direct Rome-Mulhouse était complet. Je suis partie à 7h de Rome et je suis arrivée à 12h30 à Belfort. Mais j’ai fait un footing dès mon arrivée et j’étais à nouveau dans une nouvelle course.

– Un 1 500 m de Montbéliard que les entraineurs nationaux Gilles Garcia et Patricia Djaté-Taillard ont essayé de vous dissuader de courir.

Gilles et Patricia avaient peur que je me blesse. Je les ai vus le midi. Moi je voulais courir. Je ne me voyais pas ne pas prendre le départ. Je les ai écoutés mais ça me tenait trop à cœur. C’est le stade qui porte le nom de mon papa (Jacky Boxberger, ex-international français), là où je m’entraine tous les jours.

« Avant, je me mettais une pression énorme »

– Revenons à votre performance sur le steeple qui vous a permis de réaliser les minima pour les Championnats d’Europe. Comment expliquez-vous votre forme actuelle ?

Je me suis plus posée cette année. Avant, je me mettais une pression énorme. Je pense aussi qu’à la base, je suis une coureuse de 800 m (2’03’’45 en 2013) et qu’il m’a fallu plusieurs années pour assimiler tout le foncier que j’ai fait. Je suis partie en stage au Kenya, en Afrique du Sud. Il y a un moment où le corps ne comprenait plus. Je ne faisais que du court et je suis passée à 170 km par semaine. Ca m’a valu des blessures, notamment aux deux tendons d’Achille et une fracture de fatigue. Mais aujourd’hui, le corps a su s’adapter et là, toutes les pièces du puzzle se sont mises en place. Avant, j’étais vraiment fatiguée, je manquais de jus. Et là, je sens que j’ai enfin assimilé tout ce travail foncier. J’avais déjà toutes les pièces mais je n’arrivais pas à les assembler. J’avais le foncier, la vitesse, la puissance mais tout n’était pas ensemble. Là j’ai remis les choses dans le bon ordre. Maintenant j’ai la caisse et ça paie.

– Vous dîtes « je me suis posée » qu’est que cela signifie ?

Je me suis entrainée pendant douze ans avec Laurent (Fleury) qui était tout le temps là au quotidien. Depuis septembre, c’est moi qui ai repris le groupe d’entrainement à Montbéliard avec des athlètes qui font du triathlon, du trail, de la course d’orientation. Le fait d’avoir un regard extérieur sur ce qu’ils font, de faire les plans, ça m’a donné du recul sur ma pratique. Je les coache eux et je me coache moi. Je me gère vraiment toute seule. Je suis obligée de me prendre en charge et je pense que j’avais besoin de ce recul là, après trois ans où j’étais enfermée, où je n’étais vraiment pas bien. Là, je suis détachée de moi-même et ça me fait vraiment du bien. Même si évidemment toutes les années avec Laurent paient également.

« J’étais en dépression, je n’étais pas bien dans ma tête »

– Ces trois dernières années dont vous parlez (2015-2017) correspondent à des rendez-vous manqués avec l’équipe de France avec notamment ces minima que vous aviez réalisés un jour trop tard en 2015 pour les Mondiaux de Pékin.

Pour moi, les minima ne sont pas des bons souvenirs. C’est quelque chose qui résonne dur dans ma tête. L’année de Pekin je fais les minima 24 h après la date butoir. A Rio, c’était 9’34’’50, je fais 9’34’’96. J’ai loupé quatre fois les championnats de peu (Mondiaux en salle de Sopot, Championnatsd d’Europe de Amsterdam, Mondiaux de Pékin, JO de Rio) dont Amsterdam (2016) où j’avais le 2e temps des engagées sur le steeple mais je n’y étais pas car j’avais loupé les France à cause d’une blessure à une cheville. C’a été très dur. J’ai eu une période où je me disais qu’on ne voulait pas de moi en équipe de France. Je suis allée carrément leur demander (à la DTN) s’ils avaient quelque chose contre moi. Parce que quand j’ai fait 9’35, on ne me répondait plus au téléphone alors qu’on m’avait assuré que si je courais à Ninove (meeting le lendeamin de la date butoir de réalisation des minima) je pouvais faire partie de la sélection (en 2015 pour les Mondiaux de Pékin). C’a été super compliqué. Je pense que ç’a gâché ma vie sur cette période là. Entre 2015 et 2017, j’ai eu trois ans difficile où l’athlétisme n’était plus un plaisir. Je ne pensais qu’aux minima. J’étais en dépression. J’étais malheureuse tout le temps. Je n’étais pas bien dans ma tête.

– Cette fois, vous semblez bien partie pour être présente à Berlin. Quel sera votre objectif en Allemagne ?

L’objectif ça serait d’aller chercher peut-être plus qu’une finale aux Europe. En plus, là, j’ai un bon finish. C’est vraiment de bon augure. Je vais recourir à Ostrava le 13 juin avec l’objectif de passer sous les 9’30. »


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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