Ninon Guillon-Romarin

Ninon Guillon-Romarin à l’entrainement dans le stade couvert Stéphane Diagana d’Eaubonne.

 

Le rendez-vous aurait dû avoir lieu la semaine précédant le meeting d’Orléans, mais à cause d’un problème d’agenda, nous n’avions pas pu nous rendre au Stade Couvert Stéphane Diagana d’Eaubonne (pôle LIFA) pour assister à une séance d’entrainement de Ninon Guillon-Romarin. L’interview avait donc été décalée d’une semaine, juste le temps pour l’athlète de 22 ans d’égaler le record de France de Marion Fiack-Sidea (voir article). De quoi la retrouver ce mardi avec un grand sourire, malgré la fatigue liée à son retour tardif d’Orléans (4h du matin),  après être passée par le contrôle antidopage. Au programme de la séance du jour, en compagnie de sa camarade Solène Guiloineau, et sous les yeux aiguisés de ses entraineurs Sébastien Homo et Emmanuel Chapelle, des sauts avec moins de course d’élan pour travailler des détails techniques comme l’approche de loin. Le tout dans la bonne humeur avec régulièrement des petites blagues de l’international Axel Chapelle, privé de sauts à cause d’un lumbago (il sera présent ce samedi au meeting de Postdam en Allemagne). Rencontre.

– Ninon, réalisez-vous que vous venez d’égaler le record de France du saut à la perche avec 4,71 m ?

« Avant cette compétition, je me disais que si je faisais autour de 4,50 m, je serais satisfaite. Evidemment, dans la saison, je visais une performance de ce style car je savais que c’étaient les minima pour les Championnats du monde en salle. Mais ça restait un objectif lointain. Je ne pensais pas que cela arriverait si tôt. Dorénavant, ce n’est plus juste un rêve de se dire que je vais essayer un jour de battre le record de France, de faire partie des meilleures. Maintenant, je suis dedans et il faut que j’arrive à y rester.

« Lors de mon saut j’ai l’impression d’avoir fermé les yeux »

– Comment avez-vous abordé ces tentatives à 4,71 m (elle est passée au 3e essai) ?

Je n’ai eu aucun complexe. A aucun moment, je me suis dit que je ne pourrais pas passer. A 4,71 m, je me suis mise dans les mêmes conditions qu’à l’entrainement où on doit franchir le fil et demander, après coup, à combien on a sauté. Je me suis vachement protégée et je me suis juste dit que c’était la barre d’après. Je n’avais de toute façon rien à perdre. Je n’ai pas de souvenir du saut. Je me suis juste concentrée sur les détails techniques et j’ai même l’impression d’avoir fermé les yeux pour rester gainée le plus longtemps possible.

– Vous aviez déjà changé de dimension l’été dernier en franchissant 4,60 m. Sentez-vous avoir franchi plusieurs caps depuis un an ?

L’été dernier, j’ai presque pris une claque car je suis passée de 4,40 m à 4,60 m d’un coup et c’était énorme ! Je pense que mes 4,71 m, m’ont permis de digérer le niveau de l’été dernier. Ca me fait dire que ce n’était pas un coup de bol ! Je suis vraiment capable de sauter haut. Et c’est vrai que le meeting de Montreuil l’été dernier m’a également montré que les autres filles n’avaient pas forcément plus de choses que moi. De les côtoyer, ça désacralise le truc. Maintenant, je peux me dire que j’ai le droit de les battre dans un grand championnat. Et ça, ce n’était pas intégré l’été dernier. A l’époque, c’était comme-ci on m’avait filé un ticket cadeau pour faire les Mondiaux de Londres (où elle a terminé 20e).

« Il faut que j’arrive à recréer ce contexte sain et agréable »

– Justement, que retenez-vous de vos premiers championnats du monde chez les seniors ?

Aux Mondiaux, j’ai réellement manqué d’expérience. Surtout que la saison dernière a été longue car j’ai aussi fait le circuit jeune (5e des Europe espoirs). Je manquais de régularité et dès qu’il y a eu un enjeu, je suis retombée dans mes travers techniques. J’ai donc envie de travailler sur le relâchement cette année. Il faut que j’arrive à installer de la régularité au niveau de la technique et de la confiance en moi. Samedi, tout au long du concours, j’avais le sourire, je me suis fait plaisir. Il faut que j’arrive à recréer ce contexte sain et agréable lors des gros événements.

– Vos récents résultats récompensent également votre choix des derniers mois puisqu’après avoir rejoint le groupe d’Axel Chapelle à Cergy-Pontoise (voir article), vous avez également décidé de stopper vos études cette année.

J’ai fait des choix qui ont été très difficiles à prendre. Je me demandais si je devais aller bosser, si je pourrais faire un jour plus de 4,60 m ? L’année dernière, j’ai validé mon master 1 MEF pour devenir professeur des écoles. Mais en changeant d’académie (en déménageant de Clermont-Ferrand à Cergy-Pontoise), je n’ai pas pu passer l’examen et je n’ai pas pu m’inscrire dans la nouvelle académie cette année. Donc je me suis dit que c’était le moment de tenter l’athlétisme à fond. J’aurai tout le temps pour travailler plus tard ! Donc là, mon implication est complète notamment grâce à mon équipementier et mon club (EA Cergy-Pontoise). J’ai une vie qui est optimale pour faire de la performance. Et ces 4,71 m, en plus d’être hyper bons à savourer, ils sont rassurants.

« Avec mon cahier j’ai trouvé un bon moyen de rester concentrée »

– Vous semblez d’ailleurs très épanouie dans cette structure d’entrainement.

L’entrainement est hyper adapté. On n’est pas nombreux (3 avec Axel Chapelle et Solène Guiloineau), c’est optimal. Mes coaches sont à l’écoute. Tout est adaptable, tout est possible. Et ils arrivent à me mettre en confiance.

– D’ailleurs, aujourd’hui (hier), lors de l’entrainement, Sébastien Homo vous a demandé ce que vous souhaitiez faire comme séance. C’est comme cela que vous fonctionnez ?

C’est comme ça que fonctionnent Sébastien et Manu. Sur la perche, Sébastien sait ce qu’on va bosser mais il a envie de connaître notre ressenti. Aujourd’hui, j’étais fatiguée donc on a bossé des détails techniques avec moins de courses d’élan. On est maître de ce que l’on fait. On est obligé de se bouger tout seul car on a décidé de faire telle ou telle séance. Cela a plus d’impact. Le fait d’avoir cette liberté là, on est encore plus impliqué dans notre pratique.

– Des séances que vous notez rigoureusement dans un cahier noir.

Avant, je notais mes séances pour garder une trame de ma saison. Cette année, je le fais plus qu’avant. Je note le nombre de sauts et les perches que je prends. Et samedi, pendant la compétition, je notais les barres que je venais de passer avec le numéro de la perche. C’a m’a aidée à ne pas construire le concours avant qu’il ne soit fait. J’ai fait les choses une par une. Je sautais et je le notais. Il y avait la conscience du travail validé avant de passer à l’autre étape. Avant, j’avais tendance à être pressée et pas assez patiente en concours. Là, je pense que j’ai trouvé un bon moyen de rester concentrée. C’est un truc que je vais garder car ç’a m’a bien servi.

« Je n’avais pas l’ambition de faire du haut niveau »

– La jeune Ninon, qui a commencé la perche il y a dix ans, rêvait-elle de record de France ?

Je n’étais pas dans une famille d’athlète, je ne connaissais pas le saut à la perche. C’est un concours de circonstances qui a fait que j’ai commencé en rencontrant Agnès Livebardon (4,40 m en 2003) qui était professeur d’EPS à Clermont-Ferrand avant d’être mutée chez moi à Bourges. Elle m’a fait essayer la perche parce que j’étais au club. Je n’avais pas l’ambition de faire du haut niveau, ni de battre des records. J’ai continué parce que ça fonctionnait bien. J’ai battu le record de mon club, celui du département, de la région… C’est monté au fur et à mesure et je me suis créée des petits objectifs à chaque fois. J’ai été formatée par toutes les étapes mises en place par la Fédération. Je n’ai jamais fait de super trucs chez les jeunes mais j’ai toujours été là.

– La saison hivernale ne fait que commencer. Quelles sont dorénavant vos ambitions ?

Un bel hiver riche en émotions s’annonce. Je sais que je vais avoir de la confrontation lors de gros meetings face aux meilleures mondiales. C’est là que je vais pouvoir bosser pour essayer de leur tenir tête. Mais je sais qu’en continuant à travailler dans le même sens, avec les mêmes intentions, ça devrait continuer ! »

Sur la piste de Ninon Guillon-Romarin

A lire également

Record de France égalé pour Ninon Guillon-Romarin

Ninon Guillon-Romarin change de dimension

Marion Fiack-Sidea, un retour à l’écoute de son corps

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment