Mahiedine Mekhissi

Mahiedine Mekhissi devrait participer à la saison de cross avant de tenter le doublé 3 000 m steeple – 5 000 m cet aux Championnats d’Europe de Berlin.

En 2018, le triple médaillé olympique sur 3 000 m steeple a décidé de renouer avec le cross, la discipline par laquelle il est arrivé à l’athlétisme. Et c’est d’ailleurs lors du cross Ouest-France, pour lequel il était le parrain (il n’a pas couru car il revenait d’un souci à l’insertion d’un ischio-jambier), que nous avons pu nous entretenir avec Mahiedine Mekhissi (32 ans). Réputé timide, le quintuple champion d’Europe a montré son vrai visage tout au long de ces deux jours au Mans, en enchainant les selfies avec les spectateurs et en donnant de son temps, toujours avec le sourire aux lèvres. C’est d’ailleurs avec le même sourire qu’il nous a livré vouloir prendre part cette année à la saison de cross (il sera au départ des Championnats de Normandie le 4 février prochain) et de tenter le doublé 3 000 m steeple – 5 000 m aux Championnats d’Europe de Berlin. Des objectifs qu’il prépare à Reims dans le groupe de Farouk Madaci et où il a pu digérer sa déception des derniers mondiaux (4e). Entretien exclusif.

– Mahiedine, comment allez-vous ?

« J’ai eu un petit pépin à la cuisse mais depuis, tout est rentré dans l’ordre. Je vais bien, tout se passe bien. Je m’entraine. L’hiver c’est beaucoup d’entrainement, de préparation. L’été se prépare maintenant.

« Au cross Ouest-France, les gens ont vu une autre facette de moi »

– On vous a vu très à l’aise lors de ce week-end au cross Ouest-France. C’est le vrai Mahiedine, celui qui va vers les gens ?

Ca m’a fait plaisir d’être présent au cross Ouest-France, d’être proche des gens, d’échanger, de partager mon expérience et de discuter avec tout le monde. Les gens ont vu une autre facette de moi. Il ont vu le vrai Mahiedine. En compétition, je suis forcément différent. Quand on court, quand tu es dans un stade, tu n’es pas en mode « cool ». Au Mans, j’ai bien apprécié le fait d’échanger avec les gens, ils posaient des questions. Et c’est bénéfique pour moi aussi car j’aime bien connaître l’image qu’ont les gens de moi. C’est comme ça qu’on évolue et qu’on progresse.

– Que ce soit le député et ex-ministre Stéphane Le Foll ou un coureur du dimanche, tous les gens avaient l’air content de pouvoir vous voir. Ca doit faire du bien au moral.

Monsieur Le Foll connaissait mes performances, mes résultats. Quand tu vois un ex-ministre qui te parle comme ça, ça fait plaisir. Ca veut dire que j’ai marqué les gens. C’est une victoire. Quand je cours, c’est pour faire vibrer les gens, donner des émotions, faire plaisir. J’essaie de faire le maximum à chaque fois et surtout, je ne veux pas décevoir les gens qui me soutiennent.

« A Londres, c’était la course qu’il fallait gagner »

– Revenons à 2017, avec votre quatrième place aux Mondiaux de Londres. Six mois plus tard, la déception est toujours difficile à avaler ?

L’année 2017 ne s’est pas très bien passée. Je n’ai pas pu m’entrainer comme je le voulais. J’ai eu beaucoup de retard, j’ai été blessé à la mauvaise période (voir article). Et il faut savoir que je n’ai repris l’entrainement qu’en avril. A Londres, j’avais trois, quatre mois d’entrainement dans les jambes. C’est difficile dans ces conditions, d’arriver en confiance au championnat. Mais je voulais quand même m’aligner, je voulais courir. Je me suis dit «  on ne sait jamais, il peut se passer plein de choses ». Petit à petit, j’ai repris de la confiance. Je croyais en moi, ça pouvait le faire. Après, dans la course, je ne me suis pas reconnu. J’étais devenu spectateur parce que je regardais les autres coureurs. J’ai eu un passage à vide. Je suis sorti de ma course et c’est là où la course s’est faite. Par contre, quand j’ai entendu la cloche à 400 m de l’arrivée, ça m’a fait comme un électrochoc. J’ai posé mon cerveau et là j’ai commencé à accélérer. Je me suis dit « merde, je suis quatrième ». Je me suis mis à courir comme je sais le faire. Le vrai Mahiedine c’est celui du dernier tour. Forcément j’ai beaucoup de regrets. Quand les trois premiers se sont détachés, c’est là que j’ai eu le passage à vide. Si j’avais été au contact, cela aurait été différent, c’est pour ça que j’ai beaucoup de regrets. C’était la course qu’il fallait gagner. J’avais les jambes pour gagner. Il me manquait juste un gros meeting en amont. Si cela avait été le Mahiedine d’avant, cette course, je la gagnais. C’est dommage d’avoir été blessé cette année. Mais bon c’est comme ça. Je sais que j’ai encore pas mal d’années et de choses à faire. J’ai prouvé que je n’avais pas été ridicule. Ce n’est que partie remise.

– Justement, dès cet été, vous aurez l’occasion de remporter un nouveau titre de champion d’Europe (il en compte déjà 5) à Berlin.

Mon objectif est de conserver mon titre sur 3 000 m steeple et de faire le 5 000 m (les séries et la finale du steeple auront lieu les 7 et 9 août alors que la finale directe du 5 000 m aura lieu le 11 août). Je compte faire le doublé. Le 5 000 m ça ne sera que du bonus. Quoi qu’il arrive , ça sera une nouvelle expérience. On ne peut pas doubler 1 500 et 3 000 m steeple cette année, donc ça sera 3 000 m steeple- 5 000 m. J’ai envie de marquer l’histoire de l’athlétisme européen en gagnant le steeple, le 1 500 m et le 5 000 m, chose que personne n’a jamais fait. C’est ça qui m’intéresse, c’est marquer l’histoire. Ca montrera ma polyvalence.

« Je veux marquer l’histoire de l’athlétisme européen en remportant le 1 500 m, le steeple et le 5 000 m »

– Il vous fallait plus que le défi de remporter un quatrième sacre sur le steeple ?

Dans la vie, il faut se mettre des défis. C’est un défi que je me lance et c’est possible. Si je veux être champion olympique en 2020, je dois progresser sur le 5 000 m. Il faudra être très fort sur 1 500 m et très fort sur 5 000 m. Si tu es fort sur les deux, forcément tu seras monstrueux sur le steeple. J’ai envie de faire du 5 000 m pour trouver le bon équilibre et être le meilleur sur steeple, c’est ça le projet !

– En vous écoutant, on sent que les Jeux olympiques de Tokyo (2020) sont déjà dans votre tête. Vous êtes encore en croisade pour décrocher cette fameuse médaille d’or qu’il vous manque (2e des JO 2008 et 2012, 3e en 2016) ?

Je n’ai pas encore tiré une croix sur la médaille d’or olympique. L’objectif c’est d’être le meilleur à Tokyo. L’optique c’est toujours de progresser, de se découvrir soi-même. Faire du 5 000 m, ça va me changer. Il y a d’autres adversaires, ça se court différemment, ce n’est pas la même tactique. Donc je vais apprendre de cette distance tout en gardant le steeple et le 1 500 m. Je me considère comme un coureur au sens large. Donc ce sera ça le programme jusque 2020 et ensuite on verra.

« J’ai envie de revenir dans le cross »

– Etre le premier Européen à franchir la barrière mythique des 8’ au 3 000 m steeple est également encore dans votre tête ?

Les moins de 8’ rentrent dans ma logique jusqu’à Tokyo. Cette année, si tout se passe bien, je pense qu’il y aura une tentative contre cette barrière. Je tenterai quelque chose. Je me suis mis ça en tête. Cette année, je dois faire une tentative, car je n’ai pas pu l’année dernière, je n’ai pas pu en 2016 et en 2015, j’étais blessé. La dernière fois que j’ai tenté c’était en 2013 (il a réalisé 8’00’’09, son record). Ca fera cinq ans. Là, il faut tenter quelque chose !

– Mais avant ça, il y a une saison hivernale. Quels sont vos objectifs pour cet hiver ?

Je me suis mis dans la tête de faire les France de cross. Ce n’est pas encore sûr (il sera au départ des Championnats de Normandie). A la base, je viens du cross. Comme je le dis toujours, c’est le cross qui m’a formé, qui m’a mis dans l’athlétisme. C’est pour ça que j’ai envie d’y revenir. Le cross c’est très important par rapport à la préparation physique, mentale, ça fait penser un peu au steeple avec beaucoup de relances, de changements de rythme. C’est la base des coureurs. Ca te fait progresser en course tactique car tu n’as pas de chrono. J’ai envie de refaire du cross parce que quand tu ne fais que de la piste, tu rentres dans un confort. Là, l’hiver, t’es dans le froid, sous la pluie, sous la neige, dans la boue, c’est bien de retrouver cette dureté. Car quand ça fait longtemps que tu n’as pas fait de cross, il y a des sensations que tu oublies. J’ai envie de retrouver mes souvenirs sur cette discipline.

« J’aimerais que Vincent Luis soit avec nous cet été sur 10 000 m »

– Votre dernière participation à un cross remonte à 2009 (cross de Séville) et celle aux Championnats de France à 2006 (14e et 11e Français du cross court), vous n’avez pas peur, en cas de participation à Plouay (11 mars) de vous retrouver face à des adversaires plus expérimentés que vous dans les labours ?

Je ne me base pas par rapport aux adversaires. Pour moi le titre de champion de France de cross, c’est le plus beau des titres en France. Parce que tout le monde est réuni. C’est la référence. Quand tu es champion de France de cross, c’est beau. C’est quelque chose ! Ce que je veux, c’est retrouver cette ambiance de cross, être proche des gens. Sur piste, tu ne vois pas les gens, il y a des tribunes. Ce contact, cette approche, c’est ça qui me plait. Il n’y a qu’en cross qu’il y a cette ambiance ! Pour la préparation pour l’été, c’est ce qu’il y a de meilleur !

– D’ailleurs, depuis plus d’un an, vous êtes retourné vous entrainer à Reims avec Farouk Madaci (voir article). Comment cela se passe-t-il ?

Ca se passe bien. Il y a un bon groupe (avec notamment le triathlète international Vincent Luis, l’international belge Tarik Moukrime et l’international français François Barrer), une bonne ambiance. Je me fais plaisir. J’avais besoin de retrouver un groupe. C’est très important. Je m’entrainais beaucoup seul. Le fait de courir avec d’autres coureurs c’est bien. On se respecte à l’entrainement, ce n’est pas la compétition. Je sais que dans d’autres groupes, quand c’est la dernière répétition, ça se donne à fond. Nous, il n’y a pas de ça. Chacun prend son relais. Il faut s’entrainer intelligemment. On partage la souffrance.

– Dans votre groupe d’entrainement il y a notamment le triathlète Vincent Luis, deuxième des Championnats de France en 2016. Quel regard portez-vous sur lui ?

Vincent Luis est très fort. Les gens n’aiment pas voir un triathlète gagner en course à pied. Quand il a fait deuxième, on a dit que c’était grâce au parcours mais il s’entraine le gars ! Il s’entraine quatre fois par jour ! Il y a un truc que je tiens à signaler c’est que les entrainements que moi je fais, il les fait aussi. Mais avant l’entrainement du matin, il va à la piscine et après la séance, il va faire du vélo, et on le revoit le soir. C’est normal qu’en cross et qu’en athlé, il soit performant ! Sincèrement, j’aimerais bien qu’il soit avec nous cet été aux Championnats d’Europe sur 10 000 m ! Je pense que c’est réalisable. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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