Ludovic Payen

Ludovic Payen a rejoint l’INSEP depuis le mois de septembre.

 

Depuis son titre de champion d’Europe espoirs la saison passée sur le 110 m haies, Ludovic Payen a changé de dimension en intégrant l’INSEP en début de saison et en accrochant les meilleurs seniors dès cet hiver en salle. Une arrivée au premier plan que le hurdleur avait entrevue à ses débuts quand ils s’accrochaient aux basques de Wilhem Belocian et Benjamin Sédécias, avant de connaître de nombreuses blessures. Depuis, l’ex-judoka s’est construit un physique à toute épreuve et le voilà lancé dans la bataille pour Berlin. Rencontre.

L’INSEP, à la fin du mois d’avril. Alors que la plupart des athlètes sont partis chasser le soleil, le groupe d’Olivier Vallaeys est resté sur ses terres en plein bois de Vincennes. Un choix judicieux puisque ce jour-là, le climat est californien. De quoi donner le sourire à la petite bande de sprinteurs-hurdleurs qui se présente sur la piste avec notamment l’internationale Stella Akakpo et les spécialistes du 110 m haies Benjamin Sédécias et Simon Krauss.

L’INSEP, un choix difficile

En retard, parce qu’il cherchait ses pointes, Ludovic Payen débarque quelques minutes après. Le tout frais champion d’Europe espoirs du 110 m est d’ailleurs le nouveau venu (avec notamment Sarah Fofana-Koutouan) dans cette bande qui s’entraine ensemble depuis plusieurs saisons. Mais à la vue de son hiver costaud (7’’66, 4e perf française), l’athlète du Bordeaux Athlé s’est, semble-t-il, parfaitement intégré à sa nouvelle vie. « La préparation a été dure car on s’entraine beaucoup, résume-t-il. Mais tout se passe bien. On s’entend bien dans le groupe même si on pourrait penser le contraire car il y a de gros egos. On se respecte tous et on ne dépasse pas la limite des autres. »

Celles qu’il veut dépasser ce sont les siennes et c’est bien pour ça qu’il a décidé de rejoindre l’INSEP, après avoir suivi son entraineur formateur Fabien Lambolez entre le CREPS de Wattignies et celui de Poitiers lors des trois dernières années. « L’INSEP a été un choix difficile, avoue-t-il. J’ai dû prendre une dizaine de jours de réflexion après les Europe. J’en ai conclu que ce serait mieux pour moi avec de l’émulation à l’entrainement, une proximité avec Paris pour les déplacements et de superbes installations. Surtout, ce titre de champion d’Europe m’a donné un nouveau statut et j’avais envie de repartir de zéro avec une nouvelle structure. »

Vallayes dans la continuité de Lambolez

Du changement mais dans la continuité puisque son formateur Fabien Lamboley l’a accompagné dans cette démarche. « Fabien m’a toujours aiguillé et il connaît bien Olivier. Il y a des similitudes dans leur façon d’entrainer. Malgré tout ce qu’on a bati ensemble c’était mieux pour moi de rejoindre l’INSEP. »

Il est vrai que l’histoire Payen-Lambolez dure depuis plusieurs années, quand le professeur de sport a découvert les qualités de hurdleur d’un judoka au lycée de Provins. « Je suis arrivé un peu tard à l’athlétisme (cadet 2), explique-t-il. Avant j’avais fait du judo de 4 à 15 ans. Mais cette année là, je faisais des haies à l’UNSS et j’avais envie de reprendre un sport à côté de l’école car j’avais arrêté le judo. »

Même génération que Belocian et Sédécias

Il signe alors au CS Provins Athlétisme sur les conseils de son entraineur et décroche dès son premier hiver une médaille de bronze aux Championnats de France en salle sur 60 m haies derrière Wilhem Belocian et Benjamin Sédécias, déjà membres de l’équipe de France cadets. Mais ce qu’il ne sait pas encore, c’est que les carrières de ses deux collègues vont s’envoler alors que lui va rester à quai. « Je me suis fissuré le fémur en tombant lors d’un relais dès les Interclubs suivants (2012), se souvient-il. Derrière, ç’a été le début des galères car je n’ai pas fait d’été et je n’ai pas arrêté de me blesser lors de mes deux années de juniors. »

Et pendant que Belocian dominait le monde (champion et recordman du monde juniors en 2014) et que Sédécias lui collait au train (5e des Mondiaux juniors en 2014), Payen, autre membre de cette génération 1995, était loin des pistes. Curieusement, ce sont ces absences qui lui ont donné envie de s’accrocher. « C’est au moment de mes blessures que j’ai eu un déclic. Je voyais Benjamin et Wilhem faire des résultats et j’avais envie d’être avec eux. C’est à partir de là que mon envie est née même s’il a fallu que j’arrive en espoir 1 pour pouvoir m’entrainer avec un corps qui encaisse. »

Le titre espoir comme tremplin

Une envie que le couple Lambolez-Payen a construit à Wattignies entre 2015 et 2016 puis à Poitiers, avec dans leur viseur les Europe de Bygdoszcz 2017. « Le titre de l’année dernière s’est construit en plusieurs temps. En espoirs 1 (2015), j’avais terminé la saison dans le Top 16 européen mais c’était trop tard pour aller aux Europe. Sur le moment, je me suis dit que c’était un coup du destin et que ça serait pour plus tard. Ensuite, on s’est vraiment préparé pour Bydgoszcz. Pendant ces deux années, on a trouvé des terrains d’entente et une grande confiance est née entre nous. »

De quoi lui faire décrocher le titre continental pour sa première sortie avec la tunique bleue sur les épaules. « Quand j’ai passé la ligne, ç’a été une émotion de folie, se souvient-il. J’ai tout de suite compris que c’était un melting-pot de plusieurs sentiments. Il y avait de la joie évidemment mais également de la fierté car j’avais enfin réussi à montrer de quoi j’étais capable mais aussi un sentiment de revanche. Une revanche sur toutes les galères que j’ai pu avoir quand j’ai commencé l’athlétisme. Mes parents, mes amis m’ont toujours poussé à m’accrocher même si j’ai parfois pensé à arrêter. Je me suis persuadé moi-même que le jour où je reviendrai, je pourrais faire de bonnes choses. »

Objectif Championnats d’Europe de Berlin

Ce jour est arrivé et ses lendemains aussi avec pour l’heure, une parfaite adaptation chez les seniors, malgré la densité impressionnante en France sur les haies hautes. « Berlin est un objectif. Je travaille pour ça. De toute façon, l’adversité me donne envie. C’est ça qui a fait que je suis arrivé à ce niveau-là. Je suis un compétiteur, j’ai toujours fait du sport en compétition, c’est quelque chose de vital. »

Une ligne de départ qu’il a retrouvée dès le premier tour des Interclubs pour signer d’entrée le meilleur temps français (13’’73, +0,6), lui permettant de lancer parfaitement sa saison. « Cette année, j’ai prévu de cibler mes meetings contrairement aux années précédentes où je courrais beaucoup pour prendre des repères en compétitions. Maintenant, si je veux viser plus haut, il va falloir que j’arrive à lâcher le chrono quand il le faut. »

Ses prochaines sorties auront lieu à Cergy-Pontoise pour le 2e tour des Interclubs puis au meeting national de Forbach le 27 mai, les premières étapes de sa carrière d’athlète professionnel. « Aujourd’hui, j’allège mes parents financièrement sur mon logement ou mes équipements. Ca fait partie de la revanche car j’en ai balancé des sous pour l’athlétisme ! »

La revanche est consommée, place à une nouvelle page.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Post a comment