Igor Bougnot

Igor Bougnot (dossard 10) lors de son expérience universitaire au Canada.

Steepleur de niveau national (8’45’’44 en 2016) et cinquième des Championnats de France Elite 2016 et 2017, Igor Bougnot a vécu l’expérience universitaire canadienne durant une saison (2016-2017) à l’université Laval de Québec. Moins connu que son puissant voisin américain qui attire toutes les convoitises, le système canadien semble également fonctionner de la même façon avec une place importante donnée aux sports et surtout, des moyens conséquents fournis aux athlètes pour performer. Champion universitaire de cross par équipes en 2016 avec les « Rouge et Or », Igor Bougnot raconte ici son expérience.

         Le « Rouge et Or », ce nom résonne encore dans ma tête. Il éveille en moi les souvenirs d’une saison riche en émotions athlétiques… Il y a un an, je posais mes valises et mes pointes sur le sol canadien pour y effectuer une année complète d’échange dans l’université Laval à Québec. Je souhaitais au travers de cette expérience, me consacrer avant tout aux voyages et à la découverte d’une culture nouvelle. Contre toute attente, ce fut également celle d’une redécouverte de la pratique de l’athlétisme à haut niveau.

         Ce n’est plus à démontrer, l’Amérique du Nord a clairement une longueur d’avance quand il s’agit de concilier sport et études dans le parcours universitaire. Les Etats-Unis sont, à ce jour, la destination privilégiée des athlètes cherchant à intégrer les programmes d’excellence, mais leurs voisins canadiens, trop méconnus, ont eux aussi mis à disposition des étudiants un cadre propice à la performance sportive.

            Dans mon université au Canada, on retrouve des infrastructures de grande qualité : piste indoor, piste outdoor, synthétique couvert, salles de musculation. L’équipe d’encadrement est ultra-impliquée avec trois coaches disponibles uniquement pour le demi-fond, des préparateurs physiques, des physiothérapeutes, tous dirigés par l’entraineur chef, Félix-Antoine Lapointe pour un groupe d’entrainement de très haut niveau  avec pas moins d’une quarantaine de demi-fondeurs, tous sélectionnés pour leur niveau et leur motivation.

         Les entraînements reposent en grande partie sur la méthode américaine, avec beaucoup de kilométrage et de renforcement musculaire, mais avec une différence de taille avec la plupart des universités américaines : une véritable adaptation du programme au profil et au parcours de chaque athlète. La performance est une chose, mais le coach tient avant tout à mettre l’humain au coeur de son projet, et les athlètes le lui rendent bien. Ce qui m’a le plus marqué, c’est certainement l’état d’esprit général du groupe et la dimension collective que les athlètes cherchent à donner à leur discipline. Certes, l’athlétisme est un sport individuel, où la recherche du dépassement de soi est le principal leitmotiv. Mais au Rouge et Or, la performance individuelle et la fierté est d’emblée mise de côté, pour laisser l’esprit collectif reprendre le dessus et tirer tous les athlètes, même les plus faibles, vers le haut. L’entraide sur les séances, les cris d’équipe, les voyages aux quatre coins du pays y sont pour beaucoup, mais je mettrais avant tout cette cohésion d’équipe sur le compte du caractère des Québécois, qui sont d’une sympathie et d’une simplicité sans égal.

               Le calendrier des compétitions est sensiblement le même qu’aux Etats-Unis, avec la saison de cross-country de septembre à novembre, puis, une fois l’hiver installé, c’est l’indoor qui prend place de décembre à mars. Chaque saison a pour point d’orgue le championnat canadien universitaire, auquel tous les athlètes rêvent de participer. Le niveau national est de l’ordre de la division II en NCAA (championnat universitaire américain), avec un degré plus élevé pour certains des meilleurs athlètes. Mais la ferveur des événements et l’ambiance qui règne dans les compétitions en fait incontestablement l’une des meilleures au monde.

             Le cross-country est certainement la saison préférée des Canadiens, il y a là-bas une vraie culture « XC », où la boue et les bosses sont vénérées. C’est également l’occasion pour les Canadiens de mettre leur pilosité en avant, en laissant pousser barbes farfelues et cheveux en pagaille pour impressionner les adversaires. A force de travail et d’unité, le Rouge et Or s’est emparé l’année dernière du titre de champion du Canada, un titre historique, puisqu’il s’agissait de la première victoire québécoise depuis plus de 20 ans. J’ai eu la chance de participer à la liesse, en intégrant in-extremis le top 7 retenu par le coach.

         Puis, vient l’hiver et la saison indoor. Bien que réputé rigoureux au Québec, l’hiver n’est aucunement subi par les habitants et les sportifs qui ont l’habitude de vivre avec la neige et adaptent simplement leur mode de vie. C’est à ce moment que les pistards peuvent s’exprimer, après des mois de grimace sur les parcours de cross tout en tirant partie de l’endurance acquise. Du 600 m au 3 000 m, les demi-fondeurs ont l’embarras du choix pour trouver la distance qui leur convient. Le groupe, jusque-là inséparable, se divise alors en DFC et DFL (demi-fond court et long), pour orienter au mieux leur projet. L’équipe est encore au cœur du programme, puisque faute de concurrence sur la province du Québec, les athlètes du R&O s’organisent entre eux et vont jusqu’à scénariser les courses pour emmener tout le monde vers la performance.

         Pour faire tomber le chrono, il faut tout de même franchir la frontière américaine, New York et Boston sont des villes voisines du Québec et sont le siège de courses de grande qualité. Nombreuses sont les contrées traversées pour rejoindre les lieux de compétitions, j’ai ainsi pu voir beaucoup de pays en suivant mon équipe. Nous sommes ainsi allés jusqu’à l’Ouest canadien au beau milieu des Rocheuses, pour rencontrer les meilleurs milers du pays lors des championnats canadiens. La chance m’avait encore une fois suivi, car suite à une confusion dans la finale du 3 000 m, la cloche a retenti trop tôt et j’ai récupéré la médaille d’argent pour avoir simplement bien su compter mes tours. L’équipe termine troisième du championnat par équipe, et cela a une nouvelle fois encore plus de valeur que le résultat individuel.

         Ces deux saisons, aussi intenses en émotions soient-elles, resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Je recommande ainsi vivement aux athlètes français de venir vivre une expérience comme la mienne. Les universités canadiennes mettent les athlètes dans des conditions idoines pour réussir leur double parcours. Le Québec est également une terre d’accueil privilégiée pour les Français, la population y est très cosmopolite et chaleureuse, et le pays regorge de richesses naturelles, pour quiconque veut assouvir sa soif de voyages.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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