Kevin Mayer

Kevin Mayer sera le grand favori du décathlon des Championnats d’Europe qui débute ce mardi.

 

C’est un Kevin Mayer détendu et serein qui s’est présenté cet après-midi en conférence de presse au Club France avant son entrée en lice ce mardi aux Championnats d’Europe de Berlin. Sûr de ses forces, le champion du monde en titre sait évidemment qu’un décathlon peut se terminer à la moindre erreur. Mais à la vue de son expérience et de ses acquis techniques de ces derniers mois, le Français semble évoluer sur un nuage. Et même le record du monde n’est plus tabou dans sa bouche.

– Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui à l’approche de la compétition, est-ce compliqué comme l’année passé avant Londres (voir article) ?

Je me sens beaucoup mieux que l’an dernier. Il y a de la pression comme d’habitude mais je pense que l’expérience engrangée permet de gérer de mieux en mieux. L’année dernière j’étais favori pour la première fois, cette fois j’ai l’impression de porter ce statut avec beaucoup moins de pression. J’arrive dans des conditions meilleures que l’année dernière : je n’ai aucune douleur, je suis en confiance dans toutes les épreuves. Je me sens vraiment bien. Mon titre de champion du monde ne me met pas plus de pression. Ce titre, on ne pourra pas me l’enlever. Ce que j’aurai en plus sera en bonus.

« Avec les réglages que j’ai, je n’imagine pas faire un zéro »

– Cette année, votre marge est encore supérieure à l’année dernière. Les deux Allemands qui sont sur le podium l’an passé sont forfaits cette saison (Freimuth et Kazmirek).

Oui, en effet. Je n’ai pas fait de déca en-dessous de 8 500 points depuis 2015 maintenant, et mes concurrents sont tous à ce niveau là. Quand il y a une telle marge, on se pose encore plus de questions sur nous-mêmes, des doutes peuvent remonter à la surface. Il faudra donc avant tout que je me batte contre moi-même. C’est assez nouveau, j’ai eu ça à Tallin en 2011 aux Championnats d’Europe Juniors. Ca va être vraiment difficile, mais il y a au moins un athlète très fort dans chaque discipline, je vais donc essayer de me battre pour remporter chaque épreuve.

– Quel genre de doutes se manifeste dans ces cas là ?

On a encore plus peur de faire un zéro. Tout devrait bien se passer, mais il y a toujours cette petite appréhension. En championnat, cela m’est seulement arrivé une fois, à Helsinki (Europe 2012, zéro à la longueur). Honnêtement, avec les réglages que j’ai cette année, je n’imagine pas faire un zéro. Si j’en fait un, ce serait vraiment un échec comme on dit (rires) !

« La souffrance, c’est ça qu’on aime au décathlon »

– Vous étiez en baisse de forme aux Championnats de France à Albi, comment vous-sentez vous aujourd’hui ?

Je me connais bien maintenant, j’ai l’habitude de cette baisse de forme. J’ai donc su gérer, en ne faisant que le disque aux Championnats de France. Depuis une semaine, je me sens très bien, la forme est remontée très vite. Ce matin j’ai fait une séance de course d’élan à la longueur et j’ai eu des sensations incroyables à l’approche de la planche. Je n’ai qu’une envie, c’est m’exprimer sur la piste. Il y a neuf épreuves que j’ai vraiment envie de faire (rires).

– La souffrance vous fait-elle peur ?

Ce n’est pas la souffrance qui me fait peur, mais le fait de craquer. Aux Mondiaux l’année dernière, j’avais été détruit nerveusement par le concours de perche, et j’avais craqué au bout de 300 m sur la dernière épreuve. Ce que je ne veux pas, c’est subir dans la souffrance. Mais la souffrance en soi, c’est ça qu’on aime au décathlon, ça ne me fait pas du tout peur.

« J’ai l’impression de vivre une trilogie de trois heures chaque film à chaque décathlon »

– Le record du monde est-il dans un coin de votre tête aujourd’hui ?

Ca va et ça vient. L’objectif est avant tout d’aller chercher le titre européen. J’ai quand même fait des performances cette année qui montrent que j’ai le potentiel pour faire le record du monde mais on a tellement de surprises dans un décathlon qu’on ne peut pas prévoir. Chaque fois que je commence à penser au record du monde, une petite voix me dit « attends, c’est un décathlon, pas un 100 m ». J’ai l’impression de vivre une trilogie de trois heures chaque film à chaque fois que je fais un décathlon, ça ne peut pas se passer comme prévu. Je préfère donc ne pas imaginer battre le record du monde et me surprendre à l’approcher.

– Avoir fait un décathlon en deux ans peut-il vous manquer dans un secteur?

Absolument pas. J’individualise les épreuves. Je me considère comme un spécialiste qui va d’épreuve en épreuve. Je les ai toutes pratiquées cette année. Je n’ai aucun manque d’expérience ou de pratique. Beaucoup de décathloniens ont besoin de faire un décathlon dans l’année, mais pas moi. Je l’ai prouvé l’année dernière.

« Je ne connais aucun autre décathlonien qui fonctionne comme moi »

– Cette année, vous n’avez pas réalisé de javelot ni hauteur en compétitions.

En hauteur, je n’ai pas de problème de sensations. Si je n’ai pas de douleur, il n’y aura pas de souci. Au javelot, tout se passe très bien à l’entrainement. Je ne ressens pas le besoin de faire une compétition sur ces épreuves. Sur des épreuves comme celles-ci, qui peuvent générer de la douleur, je préfère les travailler à l’entrainement uniquement. La compétition sert à se mettre en confiance, et sur certaines épreuves il faut mieux éviter. Je ne connais aucun autre décathlonien qui fonctionne comme cela mais il faut parfois aller dans l’inconnu. J’ai beaucoup moins de blessures depuis que je fonctionne comme cela.

– Vous êtes un des leaders de l’équipe de France désormais, que pensez-vous de cette délégation, avec de nombreux nouveaux visages ?

Cette équipe de France est jeune et prometteuse. J’aime bien l’ambiance qui y règne désormais. C’est beaucoup léger, cool, comme l’ambiance entre décathloniens. J’ai l’impression que ç’a changé par rapport à mes premières années. Je me sens bien dans cette équipe de France. Nous avons eu beaucoup de médailles à Zurich, ça va être difficile de battre ce record mais les Français ont tendance à se transcender dans les grands événements, comme à la Coupe du Monde donc pourquoi pas. J’espère que nous allons bien lancer l’équipe de France dès demain en tout cas.

A lire également

Championnats d’Europe Berlin : des opportunités à saisir


Pour contribuer financièrement à Track and Life, rendez-vous sur www.patreon.com/trackandlife et cliquez sur « Become a Patron »
Patreon Track and Life

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Post a comment