Jakob Ingebrigtsen

Jakob Ingebrigtsen a réalisé le doublé 1 500 m – 5 000 m aux Europe de Berlin.

 

Auteur d’un doublé inédit 1 500 m – 5 000 m lors des Championnats d’Europe de Berlin la semaine dernière à seulement 17 ans (il aura 18 ans le 19 septembre prochain), le Norvégien Jakob Ingebrigtsen a impressionné la planète athlétisme. Il faut dire que cette razzia était presque attendue à la vue de ces dernières semaines où le phénomène a enchainé les énormes chronos. Un niveau qui étonne, surtout à la vue des enchainements de course du garçon. 

Le 20 juillet dernier à Monaco. Ce soir-là, le gratin des milers internationaux s’est donné rendez-vous comme tous les ans sur le rocher le plus rapide du monde (voir article). Et alors que la course file bon train (passage en 2’19 au 1 000 m pour la tête de course), un gamin de 17 ans (junior 1e année) « traine » en queue de peloton (passage en 2’22’’6), avant d’effectuer une remontada invraisemblable à ce niveau, pour boucler la course à la quatrième place en 3’31’’18 (dernier 500 m en 1’08’’5, meilleur temps des concurrents). Signant un nouveau record d’Europe juniors et devenant le cinquième meilleur performeur mondial de l’histoire dans cette catégorie.

Une concentration de performances dans la même famille

De quoi laisser pantois la plupart des observateurs présents ce soir-là. « C’est fort !, lance Yoann Kowal, demi-finaliste olympique sur 1 500 m en 2012. Pour avoir été coureur de 1500 m, ce que j’analyse c’est qu’à 17 ans, finir en 1’08 le dernier 500 m, quand t’as déjà un 1 000 m en 2’22 dans les jambes, c’est monstrueux ! En fait on se disait avec Florian Carvalho qu’on devait être nuls ! J’espère que c’est propre c’est tout ! »

Le ton est donné. Et cette pensée est loin d’être unique dans le milieu de l’athlétisme français où le nom des Ingebrigtsen commence à donner de l’urticaire. Car en plus de Jakob, la fratrie norvégienne compte déjà Henrik (27 ans, champion d’Europe du 1500 m en 2012 et 2e du 5 000 m à Berlin) et Filip (25 ans, champion d’Europe du 1 500 m en 2016, médaillé de bronze aux Mondiaux 2017). Une Team entrainée par leur père Gjert qui rafle tout sur son passage. « A un moment donné, soit il y a un truc qui m’échappe, soit je ne comprends pas, avoue François Barrer, international sur 10 000 m. Je veux bien qu’il y ait des familles qui soient douées mais là, trois à ce niveau-là. Je pense qu’on a affaire à une concentration de niveau qui n’existe pas ailleurs. »

Des enchainements de courses invraisemblables

Véritables stars chez eux (une émission de téléréalité leur a été consacrée), les frères Ingebrigtsen comptent en effet tous les trois des chronos inférieurs à 3’32 sur 1 500 m (3’31’’46 pour Henrik, 3’30’’01 pour Filip et 3’31’’18 pour Jakob), soit des performances que seuls trois Français ont réalisé dans l’histoire (3’28’’98 pour Mehdi Baala, 3’30’’83 pour Fouad Chouki et 3’31’’45 pour Driss Maazouzi). Mais cela reste possible selon le miler Simon Denissel. « Ce sont des chronos que tout le monde peut atteindre. 3’31, avec un peu de talent et du travail ça se fait. Ce ne sont pas les premiers à les avoir faits. Après, à l’âge de Jakob, ça laisse imaginer de grandes choses pour les prochaines années. Quand tu fais 3’31 à 17 ans, normalement c’est un record du monde en seniors ! »

Nous n’en sommes pas encore là, surtout que Jakob pourrait perdre assez vite le goût de la course à pied quand on voit comment il use ses pointes sur tous les terrains depuis deux ans. Entrainé comme un adulte depuis de nombreuses années selon les dires de son père, le Viking Norvégien impressionne avec ses enchainements de courses. Son doublé lors des derniers Championnats d’Europe n’est presque rien (victoire le vendredi soir du 1 500 m et le samedi du 5 000 m avec un nouveau record à la clé en 13’17’’06) à la vue de ses razzias passées.

Une trouvaille physiologique ?

Cet été déjà, il a remporté les médailles d’argent (1 500 m) et de bronze (5 000 m) aux Mondiaux juniors en trois jours, avant d’enchainer par le meeting de Monaco et son record continental. Et l’année dernière, il avait manqué le triplé aux Europe juniors à cause d’une chute sur 1 500 m (victoire sur le steeple et le 5000 m), avant de finir sa saison par un quadruplé dantesque avec un 800 m en 1’49’’40 à Zurich (24 août) et trois victoires aux Championnats de Norvège (le 5 000 m en 13’35 le 25 août, le steeple en 8’44 le 26 et le 1500 m en 3’53 le 27). « S’il n’y a pas de raisons physiologiques au fait d’enchainer les compétitions, je n’arrive pas à comprendre, lâche Jean-François Pontier, manager national du hors-stade. Je connais la question car j’entraine mon fils (Anthony, international espoirs) et je ne lui ferai jamais faire un tel enchainement de compétitions. Pour tout le monde, c’est une aberration sur le long terme. »

« Même si on ne peut pas comparer les individus, moi à son âge, quand je faisais un 5000 m, j’avais besoin de deux semaines complètes pour être de nouveau bien, raconte François Barrer. Lui, il enchaine les séries du 1500 et le 5000 m aux Mondiaux juniors puis le reste de la saison. » « Je sais que quand j’ai fait mes 13’17 (13’17’’90, record personnel sur 5 000 m), j’étais prêt le Jour-J, se souvient l’international Yohan Durand. Et trois semaines après au Stade de France, je fais 13’32. C’est dur de garder un pic de forme comme ça. C’est vrai que quand j’en parle aux pistards ils ont du mal à y croire. »

La  Norvège en grande forme

Surtout, à voir le petit Jakob se balader tous les deux jours sur les stades, les « autres » passent pour des rigolos, qui perdent leur temps en stage pour aller moins vite. Et c’est là où la question se pose. Comment fait-il ? « Est-ce que les Norvégiens, qui réussissent également en ski de fond, biathlon et plus récemment en triathlon, ont trouvé des nouveaux concepts d’entrainement, s’interroge Pontier qui espère trouver la réponse ailleurs que dans le recours au dopage. Car c’est un pays qui s’intéresse beaucoup à la physiologie. Est-ce que faire des efforts maximaux rapprochés représente un intérêt ? Car si ce n’est pas le cas, je ne comprends pas. »

Au-delà des Ingebrigtsen, c’est l’athlétisme norvégien qui semble en effet cultiver les efforts répétés à l’image de Karsten Warholm, champion du monde du 400 m haies, qui a doublé le décathlon et le 400 m haies en juniors, avant de se présenter sur 400 m et 400 m haies aux Europe espoirs l’an passé et aux Europe seniors cet été.

Le père-coach des Ingebrigtsen, autodidacte, explique d’ailleurs justement la précocité du petit Jakob par l’affinement des méthodes d’entrainement testées sur les deux frères.

Malgré des questionnements dans le milieu de l’athlétisme, il faut bien souligner que rien n’indique que les Ingebrigtsen ne transgressent les règles même si l’aîné Henrik a été cité dans une liste d’athlètes au profil sanguin suspect révélée par les « Fancy Bears » en 2017.


Pour contribuer financièrement à Track and Life, rendez-vous sur www.patreon.com/trackandlife et cliquez sur « Become a Patron »
Patreon Track and Life

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

  1. Depret
    Répondre

    Par contre la famille Dibaba, elles font toutes des temps de fou depuis des années et c’est normal.

Post a comment