France de cross

Morhad Amdouni a remporté son deuxième titre de champion de France de cross aujourd’hui à Plouay.

 

Sur un parcours rendu exceptionnellement difficile par la pluie, Sophie Duarte et Morhad Amdouni ont triomphé lors des Championnats de France de cross, sûrement les plus beaux depuis de très nombreuses années.

Depuis le temps que les Bretons attendaient ça. Depuis Carhaix en 2000, la Bretagne, terre de cross par excellence n’avait pas accueilli de Championnats de France. Avec cette édition exceptionnelle de Plouay, cette erreur est réparée et on peut dire que le spectacle a été vraiment au rendez-vous.

Kowal surprenant troisième

Clou du spectacle, les cross longs ont accouché de deux courses d’une haute intensité. Chez les hommes, c’est d’entrée Hassan Chahdi, le triple champion de France de cross en titre qui prenait un départ très rapide, voire suicidaire. Derrière lui, les Carvalho, Amdouni, Kowal, Gressier et compagnie, baissaient déjà la tête, sachant que l’après-midi allait être longue. Sur un parcours rendu terrible par les passages de milliers de coureurs, chaque appui mettait les corps en tension. A ce petit jeu, le steepleur Yoann Kowal était surprenant, lui le pistard. Dans la foulée de Amdouni et Hassan Hirt, le champion d’Europe du 3 000 m steeple montait dans le train fou.

Derrière, les places se dessinaient déjà en l’absence du triathlète Vincent Luis, parti prudemment et à ce moment-là en pleine remontada. Devant, Morhad Amdouni, revenu à son meilleur niveau, accélérait encore et parvenait à se détacher. Derrière lui, Hirt faisait de la résistance alors que Carvalho et Kowal se battaient pour la troisième place. Un peu plus loin, l’espoir Jimmy Gressier payait son départ rapide et perdait des places au profit de Hugo Hay.

La remontada pour Luis

Finalement, alors qu’on attendait un quadruplé de Chahdi, c’était Amdouni qui décrochait son deuxième sacre (après 2011), se permettant de finir avec un drapeau breton dans les mains. Derrière, le revenant Hassan Hirt prenait la deuxième place devant l’étonnant Yoann Kowal qu’on attendait pas à pareille fête. « Je suis content de ma performance et du chaleureux et festif public breton, savourait Amdouni. J’ai montré que, contrairement à ce que j’ai entendu dire j’étais un King. J’ai analysé mes adversaires, je savais que le parcours était difficile, j’ai fait des attaques progressives, petit à petit. »

En revanche, concernant le public, le King restait Vincent Luis, finalement sixième et obligé de signer des autographes pendant des dizaines de minutes. « C’était une course très dure. Les plus forts sont devant. Je suis satisfait de ma journée, j’ai bien bossé, sa satisfaisait le triathlète.

Alors que chez les espoirs c’est finalement Hugo Hay, vice-champion d’Europe espoirs de la discipline qui s’imposait devant l’étonnant Anthony Pontier et Jimmy Gressier. « C’est mon premier titre de champion de France, je suis content, lâchait Hay. Ils sont partis comme des dératés. Quand j’ai vu Gressier partir je me suis dit qu’il allait craquer. J’ai remonté petit à petit. L’année prochaine j’irai plus titiller les seniors. »

Leonie Periault s’est accrochée

Chez les femmes, les espoirs n’ont pas pu non plus se mêler à la lutte pour le titre. Pourtant parmi les favorites, Cassandre Beaugrand a mis le clignotant très tôt dans la course. Sans la triathlète internationale, Sophie Duarte pouvait se dire que seule Clémence Calvin allait la gêner dans la conquête d’un nouveau titre.

Mais finalement, c’est une autre triathlète en la personne de Léonie Periault qui troublait l’ordre établie. Pendant quasiment la majorité du parcours, Duarte emmenait Periault sur le porte-bagage, alors que Clémence Calvin était un peu plus loin. Mais alors qu’elle avait cédé l’année dernière face à Christelle Daunay, cette fois Sophie Duarte décrochait son deuxième titre de championne de France de cross (4e au scratch derrière l’Ethiopienne Chaltu Negasa). «  J’ai montré qu’une crosswoman peut gagner sur ses terres contre les triathlètes, lâchait Duarte, piquée par la promotion faite aux triathlètes. C’était une super édition, je suis ravie d’avoir gagné mon second titre. C’était une belle bagarre avec Léonie Periault, aujourd’hui il fallait avoir un profil long. J’ai fait des à-coups, j’ai attaqué sans cesse, je suis une crosswoman. »

Cinquième titre pour Claire Perraux

Derrière elle, Léonie Periault et Clémence Calvin complétaient le podium alors que Mathilde Sénéchal, vice-championne d’Europe juniors du 3 000 m en 2017, s’emparait de l’or chez les espoirs (9e au scratch). «Je ne m’attendais pas du tout à gagner, contre Cassandre ça me paraissait impossible, avouait Sénéchal. J’étais parmi les favorites mais dans ce genre de course on est toutes au même niveau. C’est la première fois que je cours à ce niveau avec les seniors. Aux inters, j’avais suivi Sophie avant de la laisser partir. Je n’ai pas calculé. J’ai essayé de faire ma course. La distance ne m’a pas impressionnée finalement, j’étais bien préparée. »

Pour le reste, le spectacle a également été au rendez-vous. Sur le cross court féminin, c’est presque sans surprise que Claire Perraux a levé pour la cinquième fois les bras aux Championnats de France. Au-dessus du lot, l’internationale s’est imposée devant Johanna Geyer—Carles et Elodie Normand. « Je suis ravie de cette course, lâchait Perraux, qui ajoute ce titre avec celui du 3 000 m en salle. Je savais que j’étais en forme mais je savais aussi que les filles seraient costaudes. Je me suis rendue compte que toute la première petite boucle j’étais à l’aise. Quand on est passées dans le passage très boueux en bas de la petite boucle j’ai vu que je passais mieux qu’elles, j’ai donc décidé d’attaquer là. J’ai couru jusqu’au bout pour accentuer l’écart et m’assurer la victoire. »

Bedrani s’offre le court

Une victoire que s’est assurée également le steepleur Djilali Bedrani. Dans un cross court très indécis sur le papier, Bedrani n’a pas pu résister au Marocain Azeddine Habz, au-dessus du lot, mais a remporté le titre national devant Quentin Mercuri et l’espoir Yani Khelaf, qui a conquis également le titre dans sa catégorie. « Habz m’a surpris, avouait Bedrani. Je le voyais de loin, j’y croyais encore à 500 m de l’arrivée mais je n’ai pas pu le rattraper. Le cross court c’est vraiment idéal pour moi, cet hiver c’était vraiment mon objectif. »

Des objectifs également validés pour la junior Emilie Renaud. Pour sa première année dans cette catégorie, la Clermontoise a couru parfaitement tactiquement pour remporter le titre devant Mélody Julien et Claire Carrere. « C’est une surprise pour moi, lâchait Renaud, de retour d’un stage au Kenya. En cross, je n’ai jamais fait mieux que 19ème. Je venais pour un top 10, Je pensais être en forme mais je ne pensais pas pouvoir gagner aujourd’hui. C’est parti très vite, j’ai eu du mal à accrocher la tête mais au fur et à mesure les filles ont craqué, je suis remontée, je suis restée longtemps 6ème puis je me suis dit que ce n’était que du bonus. »

Daguinos au dessus du lot

Le bonus a été également décroché par Etienne Daguinos chez les juniors, qui s’est imposé avec une énorme avance devant le triathlète Boris Pierre et Théo Lapouge. « J’ai eu une petite blessure cette hiver et les sensations ont mis du temps à revenir, avouait Daguinos. Mais ces deux dernières semaines j’ai fait deux belles séances qui m’ont mis en confiance. Je ne suis pas un bon partant, mon objectif était donc de revenir petit à petit. J’ai accéléré progressivement tout en gardant un peu de force si jamais ça revenait. Dans le dernier tour j’ai bien profité. J’aurais peut-être pu en remettre une couche mais c’est difficile tout seul. »

Une facilité avec laquelle s’est également imposée la cadette Léonie Charlier devant Anais Delassus et Claire Palou. « C’est une grosse surprise pour moi. Je visais surtout le top 10. L’année dernière j’avais fait 15ème, je voulais prendre une revanche. »

Guyon la voulait tant

Enfin, chez les cadets, c’est Baptiste Guyon qui s’est imposé. Ejecté du podium dans la dernière ligne droite l’année dernière, Guyon n’a pas laissé passer sa chance aujourd’hui en attaquant dans la grande côte du parcours. Il s’imposait devant Alexis Pronost et Valentin Bresc. « Je suis super fier parce que j’étais attendu, avouait Guyon. Je suis extrêmement heureux. C’était mon jour, dès la petite boucle, j’entendais tous mes proches me crier « c’est ton tour Baptiste ». Je me suis arraché dans la petite côte et j’ai creusé un petit trou. J’ai profité du plat pour mettre ma vitesse en place. »

Une vitesse que James Theuri a réussi à garder tout au long du parcours lors de la course inaugurale. Le neo-master s’est imposé aisément devant le pur crossman Thierry Guibault et l’ex-international Loïc Letellier. «  Le parcours était difficile, je savais que Guibault serait bon, reconnaissait Theuri. Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça mais je suis parti vite pour m’assurer une avance et finalement j’ai tenu la distance. »

Tenir, sur ce parcours terrible, était le maître mot aujourd’hui de ce championnat de France de cross qui restera dans les annales.

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