Sophie Duarte

Sophie Duarte, la championne d’Europe de cross 2013, était l’une des rares athlètes de haut niveau présentes au cross du Mans.

Ce week-end, la 37e édition du cross Ouest-France a été une nouvelle fois une belle fête de la course à pied avec des milliers de coureurs sur l’ensemble des deux jours de course. Seule ombre au tableau, les deux courses As, où derrière un petit plateau d’athlètes étrangers, les meilleur(e)s Français(es) ont marqué les esprits par leurs absences. Une situation difficile à comprendre quand on sait que l’événement sarthois est l’un des rendez-vous qui offre le plus de primes en France (plus de 47 000 euros de primes), dont un classement tricolore très avantageux.

Où sont les As ? La question était sur toutes les bouches durant ce week-end du cross Ouest-France. Mythe de la course à pied en France, le rendez-vous sarthois n’a pas été une cuvée d’exception concernant les courses des As. Derrière un plateau d’athlètes étrangers peu garni par choix, les meilleur(e)s Français et Françaises n’ont pas joué le jeu même si Sophie Duarte et James Theuri (les premiers Français hier) n’ont évidemment plus rien à prouver. La remarque ne vaut pas pour les présents, mais bien pour les absents, qui ont manqué une belle occasion de remporter de l’argent dans un sport où ceci est de plus en plus rare. « Ca me désole, lâche Mohamed Serbouti, ex-international et icône sarthois de la course à pied. On voit plein de gens du milieu de l’athlétisme dire qu’il n’y a pas d’argent et là, il y en a, et les athlètes ne viennent pas le prendre. On rentre dans un système bizarre où on ne comprend pas trop ce qui se passe dans la tête des gens. »

300 euros pour le dixième français

Il est vrai que les primes de résultats sont plutôt intéressantes avec 2 000 euros (cumulable avec le classement scratch) pour le premier Français (homme et femme) et jusqu’à 300 euros pour le dixième (voir tableau ci-dessous). De quoi, en cas normal, faire venir un bon nombre d’athlètes, bien décidés à jouer le coup à fond. Mais pour cette année, on en était presque à se demander s’il y aurait assez d’athlètes pour compter dix Français ou Françaises à l’arrivée. D’ailleurs, la dixième Française a empoché 300 euros pour un niveau honorable de 47′ au 10 km, mais loin des standards des courses internationales. On se demande donc où étaient les autres ?

Plusieurs raisons expliquent ces absences. La première, c’est qu’aux mêmes dates, la Fédération française d’athlétisme a organisé un stage de demi-fond au Portugal où la majorité des athlètes de l’équipe de France sont actuellement présents. « La date du cross Ouest-France est connue depuis longtemps, lâche Mahiedine Mekhissi, triple médaillé olympique et parrain de l’édition 2018. Mais un stage fédéral a été ajouté. Donc les meilleurs Français ne sont pas là. Il n’y a pas eu une bonne communication entre les parties. » Et alors qu’on entend régulièrement des « sauvons le cross » du côté de la Fédération, les actes vont à l’opposé.

Stage fédéral dans le même temps

« Ce qui est compliqué c’est que c’était également le jour des départementaux, continue Floriane Chevalier-Garenne, 2e Française hier (également le week-end du cross international d’Edimbourg). Donc tout le monde ne pouvait pas être là. Moi, j’ai fait le choix de ne pas aller courir pour mon club pour venir ici. C’est vrai que s’il y avait eu plus de Françaises au départ, cela nous aurait stimulées d’avantage. » « Chacun fait ses choix de calendrier, analyse de son côté Paul Lalire, également 2e Français. De mon côté ça tombait très bien, ce qui n’est peut-être pas le cas pour d’autres. Chacun essaie de composer son calendrier avec toutes les contraintes qui existent. »

Dans tous les cas, cette absence des élites fait du mal au cross. « L’année dernière, on avait déjà envisagé de supprimer la course des As, lance Dominique Chauvelier, ex-international et responsable du plateau élite du cross Ouest-France. Mais les partenaires avaient voulu la maintenir. On verra l’année prochaine mais peut-être qu’on arrêtera pour se consacrer au 10 km populaire en invitant quelques personnalités. S’il n’y a plus de cross des As, les gens pourront s’en vouloir. Il faut que tout le monde joue le jeu, que ce soit la Fédération, les athlètes, les managers et les organisateurs. »

Important d’être présent pour l’image

Surtout qu’en plus d’un cachet intéressant pour des bourses bien souvent légères, les meilleur(e)s français(es) gagneraient en popularité à participer à ce type d’événements, à l’imagine d’un Mekhissi, reconnu et arrêté toutes les deux minutes pour faire des photos tout au long du week-end. « Les athlètes français sont dans l’erreur, juge Serbouti. Aujourd’hui, Dominique Chauvelier ou moi, on nous connait car on est des hommes de terrain. Les gens nous voient sur les courses. Si tu veux faire aimer ton sport et satisfaire le grand public, il faut, en plus de faire des performances, aller vers les gens ! »

Autant dire que le serpent se mord la queue et c’est bien dommage.

Primes d’arrivée du Cross Ouest-France (hommes et femmes)

Classement scratch/ France (cumulable) 

  1. 3 000 euros / 2 000 euros
  2. 2 000 euros / 1 500 euros
  3. 1 500 euros / 1 200 euros
  4. 1 000 euros / 1 000 euros
  5. 800 euros / 800 euros
  6. 700 euros / 700 euros
  7. 600 euros / 600 euros
  8. 500 euros / 500 euros
  9. 400 euros / 400 euros
  10. 300 euros / 300 euros

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