Clémence Calvin

Clémence Calvin a battu le record de France du 10 km hier soir à Langueux.

 

Hier soir lors de la Corrida de Langueux, Clémence Calvin a battu le record de France du 10 km en 31’20 (voir article). Un temps canon pour la vice-championne d’Europe 2014 du 10 000 m, de retour après avoir donné naissance à son premier enfant il y a quinze mois. En pleine préparation pour le marathon des Championnats d’Europe de Berlin, elle vient de frapper un grand coup à quelques semaines du rendez-vous allemand. Et alors qu’elle s’alignera la semaine prochaine sur un semi-marathon en République Tchèque, la Française nous a livré ses premiers sentiments hier soir. Interview.

– Clémence, pouvez-vous revenir sur votre performance ?

« J’ai l’habitude de toujours partir vite en compétition, notamment sur le premier km. Mais là ce qui était intéressant c’est que le deuxième kilo était aussi rapide. Et quand au cinquième je suis passée en 15’42, je me suis dit qu’il fallait que je tienne un maximum pour ne pas gâcher cette belle première partie du travail. En plus avec les dernières séances que je venais de faire (dont 15 km de séance), je me suis dit que 5 km ce n’était pas long. Et c’est vite passé. Et l’ambiance route c’est quand même autre chose. A Langueux, j’ai eu des frissons pendant la course d’entendre tout ce bruit!

« En 2014, sur la piste je valais déjà 31 »

– Quel sentiment avez-vous ressenti en passant la ligne et en voyant votre chrono ?

J’étais contente à l’arrivée mais je me suis surtout dit : « enfin » ! Parce que en 2014, sur la piste, je valais déjà entre 31’ et 31’15, mais je ne les avais pas faits car j’avais couru sur la Coupe d’Europe et les Championnats. En 2016, je les avais aussi mais j’ai eu mon zona. Et là, à Manchester, mon 32’38 était dans un entre-deux car je n’avais pas vraiment commencé à m’entrainer pour le marathon. C’était secrètement l’objectif de faire moins de 32’. Et quand je me suis lancée dans la course j’ai complètement posé le cerveau.

– Et ç’a donné un nouveau record de France.

C’est mon premier record de France et pourtant je n’ai pas couru derrière. Finalement quand on cherche un record on ne l’a jamais et on l’obtient quand on n’y pense pas.

– Etes-vous étonnée que ce chrono soit sorti maintenant ?

Je suis en pleine préparation marathon. Je me suis lancée sur la prépa depuis cinq semaines. C’est stimulant cette préparation car comme je fais un travail qui est nouveau, je progresse sur le secteur de l’aérobie. Du coup, le 10 km et le semi, ce sont deux compétitions qu’on a placées pour que je progresse sur la route et qui me permettent également de garder une base de vitesse intéressante parce que je vais quand même être en championnat donc il faut être capable de changer d’allure, de finir vite. Même si je partais un peu dans l’inconnu quand même car ça faisait longtemps que je n’avais pas fait de spécifique 10 000 m.

« C’est intéressant de m’aligner d’entrée sur marathon en championnat »

– Justement parlez-nous de votre venue sur le marathon dès les Championnats d’Europe. Comment avez-vous décidé d’y aller ?

J’en avais parlé avec la DTN aux Mondiaux de Londres mais on m’avait dit que c’était impossible de qualifier quelqu’un aux Europe sans qu’il n’ait de performance sur la distance. Mais en même temps, il ne pouvait pas s’avancer car j’étais une jeune maman depuis trois mois. Après j’ai complètement zappé ce projet et j’étais partie pour faire un marathon en octobre. Mais après les Championnats du monde de semi, j’en ai reparlé avec Mehdi Baala et je lui ai dit que j’étais disponible. Et à partir de là, ils m’ont soutenu dans ce projet.

– N’avez-vous pas peur de débuter sur la distance dans un grand championnat ?

Au contraire, pour moi c’est intéressant de m’aligner d’entrée sur un championnat en marathon car ce sera une course à la place, comme les cross. Du coup, il n’y aura pas la pression du chrono. Et après il faudra solliciter le mental pour garder la tête de course. A la base, je vais aux Championnats d’Europe pour avoir une médaille car si j’ai quitté le 10 000 m où j’avais eu une médaille c’est pour faire au moins aussi bien. Et c’est aussi pour me dire : « allez je me lance ». Car le marathon c’est quand même une discipline qu’on sacralise. J’ai 28 ans, je pense que c’est un bon âge pour débuter.

« Les allures de travail sur marathon sont naturelles »

– Quand vous voyez votre performance d’hier soir sur 10 km, n’avez-vous pas un regret de ne pas vous aligner sur le 10 000 m aux Europe ?

C’est vrai que c’est un petit pincement de ne pas faire le 10 000 m car c’est ma distance fétiche pour l’instant. Après, je me suis lancée sur marathon, j’ai commencé ma préparation. Et le début de ma préparation me fait le même effet que lorsque j’ai débuté le 10 000 m. Sur les séances, les allures de travail sont naturelles, presque déjà encrées en moi. Quand je faisais les spé 10 000 m, les séances de 1 000 m en 3’10 je les faisais sans calculer. Là, maintenant, les séances en 3’30 je suis sur les allures.

– Vous voilà de retour au premier plan après une grossesse. Comment expliquez-vous un retour au premier plan aussi rapide ?

Ca fait longtemps que j’ai 31’ dans les jambes. Ce sont des allures que je devais faire mais je n’ai jamais eu vraiment les courses pour les faire. Après, mon fils a 15 mois maintenant. J’ai vraiment pris le temps de revenir, de me réathlétiser. J’ai repris très progressivement l’entrainement par rapport au volume. J’ai vraiment refait toutes les bases. Et le fait de travailler sur un nouveau secteur, je sens que je progresse. Avant j’étais entre 90 et 110 km par semaine avec une pointe à 130 km en stage. Là, j’ai fait des semaines à 170 km. Ca paraît peut être peu pour préparer le marathon quand on voit ce que font les Africains par exemple avec des 250 km. Mais pour moi c’est déjà un cap important. Maintenant, un footing c’est toujours au moins 1h15.

« Il me reste quelques années pour devenir une marathonienne aguérrie »

– On vous sent également très sereine.

Déjà le fait que la Fédération m’ait fait confiance dans ce projet marathon, ça me permet de me préparer sereinement. C’est vraiment un gros plus. Et le fait de vivre cette aventure avec Samir (Dahmani, athlète de haut niveau et père de son enfant) qui est également néophyte en tant qu’entraineur sur cette distance là est un autre point. Et avec notre fils qu’on emmène en stage avec nous, on est maintenant une petite famille.  C’est vraiment un équilibre de vie qu’on a bâti avec patience. Ca fait depuis 2012 qu’on travaille ensemble et qu’on a eu beaucoup d’aléas. Là, j’arrive à maturité. Il me reste encore quelques années pour devenir une marathonienne aguerrie. Mais débuter comme ça sur un projet serein et solide, ce ne peut être que valorisant pour la performance. Et l’entrainement n’est plus un stress. Je me sens sereine au quotidien, je ne me sens pas stressée. Je ne me sens pas comme avant avec le ventre noué avant les séances. Là j’y vais comme si j’allais faire un footing. J’ai sûrement également passé un cap mental car ça fait longtemps que je fais de l’athlétisme mais je me sens tellement bien dans ma vie que rien ne peut m’atteindre. Je suis heureuse.

– Vous allez devoir vite vous remobiliser car vous serez alignée dès ce week-end au semi-marathon de Olomouc en République Tchèque. Quel sera votre objectif ?

Le semi on l’a placé à 7 semaines du marathon. Je n’y vais pas pour travailler les allures marathon. Là, on fait deux semaines avec moins de kilomètres, donc le but ne sera pas de se tourner les pouces. Le 10 km me donne une base intéressante pour le semi. Là, je vais bien récupérer de mon 10 km et j’espère que ça sera aussi bien ! »


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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