Championnats d'Europe Berlin

La France a remporté 10 médailles aux Championnats d’Europe à Berlin.

 

La France a bouclé ce dimanche les Championnats d’Europe de Berlin avec dix médailles, et trois titres pour Mahiedine Mekhissi (3 000 m steeple), Morhad Amdouni (10 000 m) et Pascal Martinot-Lagarde (110 m haies). Un bilan comptable quelque peu en retrait par rapport aux grandes réussites de 2010 et 2014 mais qui peut s’expliquer par quelques couacs et un pari sur l’avenir qui pourrait bientôt porter ses fruits.

Le demi-fond en patron

Dans un contexte européen évidemment moins relevé que le concert mondial, avec notamment les athlètes africains, les Français ont ratissé large. Alors que la valeur sûre Mahiedine Mekhissi a une nouvelle fois frappé pour s’adjuger un cinquième titre européen (voir article), et que les spécialistes du 800 m Rénelle Lamote et Pierre-Ambroise Bosse on fait le job (argent et bronze), les surprises sont venues des distances supérieures.

Double médaillé (or sur 10 000 m et bronze sur 5 000 m), Morhad Amdouni a crevé l’écran et devrait, s’il réussit à enchainer les prochains mois sans blessure, pouvoir élever son niveau lorsque la route s’élèvera. Un constat qui prévaut également pour Clémence Calvin, médaillée d’argent sur marathon et qui apparaît évidemment comme une promesse d’avenir. « On a assisté à un championnat d’Europe d’un niveau exceptionnel à l’image du saut à la perche, analysait Patrice Gergès le DTN. Heureusement que notre demi-fond a un second souffle car ça nous a permis de sortir la tête de l’eau. »

Des leaders manquent le rendez-vous

Ca restera l’une des images fortes de ce championnat. Alors qu’il était évidemment attendu en porte drapeau de l’équipe de France, Kevin Mayer s’est craché dès sa deuxième épreuve sur son décathlon, sortant par la petite porte après trois mordus en longueur. Une déconvenue, associée au forfait en finale du 100 m de Jimmy Vicaut, que la France a trainé comme un boulet lors des premiers jours de compétition. « On s’est retrouvé sur un coup de frein », avoue Gergès.

Cependant, Mekhissi, Bosse, Pascal Martinot-Lagarde et évidemment Renaud Lavillenie (3e d’un concours de perche hors-norme, voir article) ont repris le flambeau, assurant l’essentiel.

Et même si le relais 4×400 m féminins a enchainé une troisième médaille de suite aux Europe, les performances de Floria Gueï n’ont pas été à la hauteur de son statut. Vice-championne d’Europe en titre et championne continentale indoor en 2017, la Française n’a pas existé cette semaine, terminant à une anonyme 7e place.

Un sprint à l’arrêt

Avec seulement deux finalistes en individuel sur le sprint court, Carolle Zahi et Orlann Ombissa-Dzangue (100 m), le sprint français a paru très pale cette semaine. Un manque de résultats pourtant paradoxal comme l’explique Patrice Gergès. « On n’a jamais eu autant d’athlètes à un très bon niveau (moins de 10’’15 sur 100 m chez les hommes et 11’’15 chez les femmes) mais malgré ça, on se retrouve seulement avec deux filles en finale du 100 m et une en finale du 400 m. On se trompe peut-être d’objectif. Les Championnats de France qui étaient de très bon niveau en sprint étaient peut-être trop près des Europe ? Est-ce que c’est ça la raison ? Il y a peut-être d’autres facteurs sur l’entrainement, sur la planification. Il faut qu’on travaille collectivement. »

Un travail collectif qui a d’ailleurs été entamé sur les relais (multiples rassemblements, aide de la ligue pro pour les relayeurs) mais qui n’a, pour l’heure, pas porté ses fruits. « Pour les relais on fera le bilan dans 18 mois. Si on n’a pas les 4 relais à Doha (prochains Mondiaux) ainsi que le relais mixte, là on pourra se poser des questions. Tout le dispositif mis en route en est à son balbutiement. »

Un dispositif qui s’était néanmoins privé cette année de Orphée Neola, demi-finaliste européenne à Berlin, mais non sélectionnée dans le relais puisqu’elle n’a pas pu participer au rassemblement à cause de son travail… Un couac qui devrait d’ailleurs être réglé prochainement.

Les jeunes poussent

Ils ne sont pas passés loin de décrocher leur première médaille internationale. Mais à Berlin, Ludvy Vaillant (4e du 400 m haies), Ninon Guillon-Romarin (5e de la perche) et Solène Ndama (disqualifiée en finale du 100 m haies) ont montré que l’équipe de France pourra compter sur eux lors des prochaines saisons. Pour les autres, qui ont profité de l’ouverture, le temps de la découverte va devoir se terminer. « On a ouvert les portes pour leur permettre de goûter au très haut niveau, expliquait Gergès. Maintenant il faut construire car on ne va pas éternellement ouvrir les vannes. »

Le renouveau des lancers

Des vannes qui étaient fermées depuis longtemps dans les lancers mais qui semblent s’ouvrir progressivement. Avec une médaille d’argent pour Alexandra Tavernier (assortie d’un record de France) et une place de finaliste historique pour Alexis Alaïs au javelot, les lancers ont été acteurs de ces championnats. Surtout que le retour programmé pour Tokyo de Mélina Robert-Michon ainsi que l‘affirmation d’un Lolassonn Djouhan, devrait ajouter à cette nouvelle densité.

On en redemande !

Comme le dit Patrice Gergès le niveau de ce championnat a été « exceptionnel » dans bon nombre d’épreuves. Et même si la France ne semble pas posséder, pour le moment, dans ses rangs de futures stars comme Armand Duplantis, Karsten Warholm ou Jakob Ingebrigtsen, l’avenir pourrait être radieux. « Si tous les athlètes avaient été comme ça dans l’histoire de l’athlétisme on aurait été souvent à plus de 10 médailles, lance Gergès. On a une belle génération qui est en découverte. Certains ici ont fait des choses incroyables et d’autres ont découvert le haut niveau. Tout ça doit se matérialiser dans l’avenir pour Tokyo et dans la perspective de 2024. »


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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