Kevin Mayer

Kevin Mayer a mordu ses trois essais à la longueur et quitte déjà les Championnats d’Europe.

 

Le champion du monde en titre du décathlon a mordu ses trois sauts à la longueur et sort par la petite porte de ces Championnats d’Europe. Pour le reste, les cadors Mekhissi, Lamote et Kowal ont assuré l’essentiel.

Dimanche, en conférence de presse, Bertrand Valcin, l’entraineur de Kevin Mayer avait lâché : « la longueur peut dynamiter le décathlon ». A ce moment-là, le coach français pensait plutôt que son protégé pourrait lancer sa quête d’un très gros total – voire le record du monde – en réussissant la longueur, exercice où son record ne sied pas avec son niveau actuel.

Pas possible d’assurer un saut

Et il est vrai que le Mayer du premier essai avait de l’or dans les jambes. Rapide, solide, comme c’était déjà le cas sur son 100 m de lancement (10’’64, +0,3, record personnel), il s’envolait peut-être au-delà des 7,80 m lors de son premier essai. Mais, après quelques secondes de flottement, le drapeau rouge se levait, laissant le Français dans l’incompréhension. « Aujourd’hui j’avais une forme que je n’ai jamais ressentie, lâchait-il. Avec un temps de réaction le plus mauvais de ma vie j’ai battu mon record sur 100 m. »

D’ailleurs, malgré les consignes de son coach, Mayer n’arrivait pas à ne pas coller cette planche même s’il ne la cherchait pas. Le deuxième essai était mordu et comme à Londres, lors de la perche, le vice-champion olympique se retrouvait dos au mur. Alors qu’il évoquait dimanche le zéro comme une hypothèse difficile à la vue de ses réglages cette saison (voir interview) , le champion du monde se retrouvait perdu au bord du sautoir.

Mayer a quand même pris du plaisir

A ce moment-là, dans la tête des spectateurs et analystes, un simple saut dans le sable, même à 6,50 m, semblait le maintenir dans le coup à la vue de sa marge sur la concurrence. Mais comme lors de ces deux précédents sauts, Mayer courrait vite et mordait (tout comme Romain Martin et Ruben Gado), laissant échapper un titre qui lui tendait les bras.« Kevin était en grande forme, tentait d’expliquer son entraineur Bertrand Valcin. C’est un cercle infernal où il y a un premier grand saut et derrière les premières questions. Ca se joue à deux, trois pas, dès le début. Là il va tellement vite, il accepte la vitesse. Il envoie des gros sauts. Il aurait peut-être fallu pendant la saison un concours plein à la longueur pour dompter ça. » « Tout le monde va me dire qu’il fallait que j’assure, continue Mayer. Mais pendant quatre ans, je n’ai jamais assuré et personne ne me disait rien car je n’avais jamais mordu. Quand on essaye d’assurer, on mord justement, tous les sauteurs vous le diront. « 

D’ailleurs, le Français avouait même avoir pris du plaisir à envoyer de gros sauts même si la finalité est loin de ses souhaits initiaux. « Je me suis fait plaisir à sauter. Si je pensais à sauter 6,90 m pour gagner le décathlon en assurant, j’arrêterais le déca. Ce n’est pas ça le sport. Pour moi c’est une expression personnelle. Assurer un saut ce n’est pas bien. Ca rime à quoi ? Quand tu vises, tu n’as pas la même approche de la planche. Je perds énormément de choses. Je suis le premier déçu. »

Déçu, il assurait l’être surtout pour les autres, notamment son fan club venu en nombre (64 présents dans les tribunes), et c’est en évoquant ses supporters que ses yeux se brouillaient.

Le Français décidait dans la foulée de stopper son décathlon, pour éviter tout risque de blessure quand le corps, crispé, réagit après un tel ascenseur émotionnel. Ses coéquipiers, malgré un zéro également à la longueur, décidaient de prolonger l’aventure.

Mekhissi, Kowal et Lamote assurent

Une douche froide que les autres Bleus de la matinée ont réussi à compenser. Sur le 800 m, Rénelle Lamote, malgré une dernière ligne droite peut-être trop assurée, s’est qualifiée pour les demi-finales du 800 m en 2’01’’34 (2e). Même résultat pour Aurélie Chaboudez qui se hisse en demi-finale du 400 m haies (3ème en 57’’08).

Ca passe également pour les Champions d’Europe du steeple Mahiedine Mekhissi (2010, 2012, 2016) et Yoann Kowal (2014), respectivement 2e en 8’28’’61 et 3e en 8’28’’75 de la série 2 ainsi que pour Djilali Bedrani en série 1 (5e en 8’29’’75). Le lanceur de disque Lolassonn Djouhan sera également en finale après avoir réalisé 62,54 m (9e des qualifications).


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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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