Amaury Golitin

Amaury Golitin est devenu le sixième meilleur performeur français de l’histoire sur 100 m.

 

En s’imposant ce week-end lors des Championnats méditerranéens espoirs en 10’’07 à Jesolo (Italie), le Français Amaury Golitin a fait une entrée fracassante dans le gratin du sprint français (6e performeur de l’histoire). Une ascension fulgurante que le « petit rookie » de la Team Vicaut n’attendait pas à ces hauteurs. D’ailleurs, quand nous l’avons rencontré hier à l’INSEP, l’athlète de l’EC Orléans Cercle Jules Ferry n’était pas encore retombé de son petit nuage. Rencontre.

S’il n’avait pas encore imprimé l’importance de sa performance du week-end, son arrivée hier à l’INSEP a dû faire prendre conscience à Amaury Golitin que ses 10’’07 (+1,1) sur 100 m n’étaient pas une performance banale. A peine avait-il mis un pied sur la piste, que le sprinteur de 21 ans voyait le sauteur en longueur Kafétien Gomis s’allonger devant lui en guise de respect.

Félicité par les tauliers Gomis et Compaoré

D’ailleurs, que ce soit les tripleux Benjamin Compaoré et Harold Correa ou les demi-fondeurs Hassan Chahdi et Alexandre Saddedine présents à ce moment-là, tous avaient un mot pour la nouvelle bombe du sprint français. « Je ne suis pas encore revenu sur terre, lâche-t-il d’entrée. Je ne réalise pas. Je pense toujours que cette performance est incroyable. »

Pourtant, ce samedi, Amaury Golitin, flashé en 10’’35 (+0,3) en 2017, a fait un grand pas, non, plusieurs grands pas d’un coup ! « Gagner trois dixièmes en sprint c’est énorme ! Normalement chaque centième est difficile à prendre. » Déjà très à l’aise en série (10’’26) des Championnats méditerranéens espoirs – « alors que j’avais eu l’impression de ne pas courir » – le Français a réussi pour la première fois de sa vie à assembler toutes les pièces du puzzle sprint en finale (1er). « J’ai pris un bon départ et j’ai tout de suite senti l’aspiration, que ç’allait vite. J’ai réussi à tenir des cadences que je n’avais jamais réussi à tenir avant. Avant de franchir la ligne, je savais qu’il y avait quelque chose qui se passait. C’est la première fois que j’arrive à tout emboiter. »

Un résultat mérité

Un enchainement dont son entraineur Dimitri Demonière le savait capable sans imaginer de telles allures. « Dimitri m’avait dit en octobre qu’on pourrait descendre le chrono cette année mais que pour atteindre les 10’’15 (minima pour les Championnats d’Europe de Berlin), ç’allait être difficile. Sauf si j’étais la révélation de l’année. »

Le titre de « Rookie of the year » comme le disent les Américains lui tend pourtant déjà les bras et ce n’est pas ses collègues d’entrainement dont Stuart Dutamby qui vont dire le contraire. « C’est mérité, lâche celui qui a félicité chaleureusement son pote quand il l’a croisé durant notre entretien. On bosse dure dans le groupe. Il travaille sérieusement et ce n’est pas pour des cacahuètes. »

D’ailleurs, cette progression, Golitin l’explique en grande partie par son choix de rejoindre l’INSEP en septembre dernier pour se confronter à l’élite du sprint français dans le groupe où parade le recordman d’Europe Jimmy Vicaut. « Je m’entrainais à Orléans avec Fabrice Honsai, raconte-il. Mais je voulais passer un cap et il me fallait une structure pour être cadré. Si je suis tout seul, je peux faire n’importe quoi. J’avais besoin d’un cadre pour apprendre à être sérieux et mon entraineur m’a orienté vers Dimitri et l’INSEP. »

Le déclic aux côtés des Vicaut et Dutamby

Et c’est aux contacts tous les jours des athlètes de haut niveau comme Vicaut, Dutamby ou Anouman, que Golitin, demi-finaliste aux Europe (2015) et Mondiaux (2016) juniors et Europe espoirs (2017), a progressé. « Je voulais arriver dans un groupe et être le dernier. Au début, j’avais beaucoup de pression d’intégrer ce groupe là. Ca m’a bousculé. Il fallait que je m’accroche pour rester avec eux. D’ailleurs Dimitri voulait avant tout que je devienne plus professionnel cette année. Avant, il me manquait les entrainements invisibles. Là, j’ai été obligé de les suivre. »

Jusqu’à la cantine où les patrons ont vite fait comprendre au rookie que bien manger faisait partie du job. « Au fur et à mesure j’ai évolué. » Jusqu’à donner ce 10’’07, lui permettant de devenir le sixième performeur français de l’histoire (3e espoirs français de l’histoire) et un prétendant sérieux aux Europe de Berlin (il a évidemment réalisé les minima), que ce soit sur le 100 et le 4×100 m. « J’avais déjà les Europe dans un coin de ma tête », avoue-t-il timidement.

Mais maintenant c’est avec la pancarte d’un sprinteur qui compte qu’il va devoir continuer d’avancer. « Maintenant que j’ai un nouveau statut, je n’ai pas le choix, je dois l’assumer. Je vais être plus exposé. Le fait d’approcher dangereusement les moins de 10’’ c’est vraiment impressionnant. Ca me dépasse un peu. J’ai même l’impression de ne pas avoir les épaules pour porter un chrono en 10’’0. Et j’ai peur de ressortir et de faire 10’’50 à fond. Je ne suis pas l’abri de ça. Avant, je ne courrais pas avec cette peur. Là, forcément, on va me regarder. Ca risque d’être plus compliqué à gérer. »

Un nouveau statut à porter

Pour gérer ça, Amaury Golitin pourra compter sur ses coéquipiers, rompus à la machine médiatique et aux lumières. Mais pour eux, il restera le même. « Je ne pense pas que ça va changer nos rapports. Je serai toujours le petit. Ils m’appellent d’ailleurs le « petit rookie ». Ils ne vont pas me voir autrement. »

Lui pourtant doit bien voir le chemin parcouru depuis ses premiers championnats de France en 2014 à Valence, quand, parmi les favoris du 100 m cadets, il avait trébuché sur ses premiers appuis, terminant cinquième de la finale, quelques mois après avoir débuté l’athlétisme. « Je pensais que j’allais gagner mais j’ai manqué ma course. C’est vraiment cet épisode qui a fait que j’ai voulu continuer l’athlétisme. J’avais la rage, je voulais montrer que j’étais là, que je pouvais courir vite. Je m’en souviendrai toute ma vie ! »

Tout comme cette course italienne du 11 juin 2018, où « petit rookie » est devenu en à peine dix secondes, un grand sprinteur français.

 


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