Yosi Goasdoué

Yosi Goasdoué sous ses anciennes couleurs du Lille Métropole Athlétisme, lors du 5 000 m des France Elite en 2013, juste devant Florian Théophile, aujourd’hui camarade de club chez Free Run 72.

 

Champion de France de semi-marathon le 4 octobre dernier à Fort-de-France, Yosi Goasdoué est un athlète atypique entre ses origines éthiopiennes, son parcours scolaire et ses ambitions de start-up.

Rencontrer Yosi Goasdoué c’est prendre une avalanche de fraicheur dans la figure. Le débit est rapide, la passion débordante et le sourire toujours pendu au coin des lèvres. Et si vous le lancez sur cette dernière ligne droite surchauffée des Championnats de France de semi-marathon du côté des Antilles, les yeux s’ouvrent en grand. « L’arrivée c’était somptueux. J’ai passé une grande partie de la course avec Nicolas Fernandez (Club Péléen) jusqu’au 17e kilomètres où j’ai accéléré. Ensuite, j’ai géré jusqu’aux deux derniers kilomètres avant de me lâcher. A 300 m de la ligne je me suis même permis de prendre un téléphone tendu par une copine pour parler à mon coach ! »

Un appel en guise de remerciements pour un coach, Olivier Gaillard, qui a su mener à merveille une première préparation pour un semi-marathon. « Quand j’ai repris en mai (il s’était fissuré le ménisque en janvier), il n’y avait pas des tonnes de possibilités, explique Goasdoué. On a donc décidé de se lancer dans l’objectif semi-marathon avec en point d’orgue les France. Je savais que c’était un truc qui allait me plaire avec des allures à 3’ – 3’10 au kilomètre qui me plaisent à l’entrainement. »

Après des petits footings dès la fin avril au Sri Lanka, où il se rend pour une mission liée à son travail, il réattaque par les Interclubs pour dépanner son club de l’Athletic Trois Tours (sous-section Free Run). Un 1 500 et un 5 000 m plus tard, il est temps d’attaquer les choses sérieuses en se rendant à Font-Romeu (66) pour un stage d’un mois à la fin juillet. « A Font-Romeu c’est allé très vite. Dès la première semaine, j’ai fait 150 km. Je me suis entrainé avec des athlètes présents là-bas comme Charles-Henri Barreau ou encore Yohan Durand, que j’ai appris à connaître. Ç’a été un mois vraiment heureux. »

Première médaille nationale

Un entrainement d’un mois à plus de 1 700 m d’altitude que le duo entraineur-entrainé teste pour la première fois. « Je suis parti directement à Porto (Portugal) avec Dimitri Pasquereau (1’47’’76 au 800 m) pour gérer ma descente. C’était assez stressant car je me faisais battre en footing par Dimitri. J’ai fait quatre, cinq jours dans le dur avant de retrouver des sensations. »

Effectivement, les jambes sont plutôt bonnes ce 5 septembre à Lille. Esseulé tout au long de la course sans même l’aide de son GPS – l’instrument a été incapable de détecter le satellite dans la capitale nordiste – Yosi Goasdoué boucle son premier semi-marathon en 1h05’54. « Deux jours avant la course, Yohan Durand m’a dit qu’il partait en 1h03. Je ne l’ai donc pas suivi. Mais finalement, il s’est ravisé pendant la course. S’il m’avait dit qu’on partait en 1h05 dès le départ, je l’aurais suivi. J’étais trop bien. Je n’ai jamais été dans le mal. Ça m’a convaincu sur ma marge de progression sur cette distance. »

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Yosi Goasdoué est aujourd’hui licencié à l’Athletic 3 Tours, section Free Run.

 Une première breloque

Un potentiel sur la route qu’il a donc confirmé en Martinique en remportant le Championnat de France. « J’y suis allé dix jours avant la course pour m’acclimater. C’est la même chose que lorsqu’on va en altitude car il fait 35 degrés avec 60 % d’humidité. J’ai eu du mal au début mais j’étais prêt pour le jour de la course. »

La breloque en poche – la première pour lui au niveau national – Yosi Goasdoué tend discrètement le regard vers les Championnats d’Europe de cross à la suite d’un stage fédéral au Portugal, où il n’était jamais loin des meilleurs Français. « La course de sélection (cross de Gujan-Mestras le 22 novembre) j’y suis allé en mode “je n’ai rien à perdre ». Je n’y croyais pas du tout dix jours avant mais je gagne le cross de Louviers (le 11 novembre devant l’Ethiopien Girma Ashebir). Ça m’a donné confiance. Mais c’était une erreur car je récupère très mal des cross. A Gujan (33), je n’avais vraiment pas de jambes. J’aurais aimé montrer que j’étais là mais physiquement il n’y avait rien. »

Une contre-performance qui clos néanmoins un deuxième semestre 2015 très réussi. « Je voulais faire un gros 10 km pour finir ma saison et passer sous les 30’ sur route mais tout a été annulé avec les attentats. J’ai donc coupé quinze jours fin novembre. J’en avais besoin, que ce soit nerveusement ou physiquement. »

Surtout que 2016 s’annonce riche en objectifs tricolores. « Je vais passer par les France de cross pour aider mon club de Free Run par équipes. Je lorgne sur la qualification aux Championnats du monde de semi-marathon (le 26 mars à Cardiff aux Pays de Galles) et donc il faudra montrer mon état de forme lors des France de cross. Ensuite, je me tournerai vers le 10 000 m des Championnats de France en vue d’accrocher une qualification pour la Coupe d’Europe. »

Un été qui pourrait d’ailleurs se terminer du côté d’Amsterdam (Pays-Bas) pour Yosi Goasdoué puisque cette année, un semi-marathon sera organisé pour remplacer le marathon des Championnats d’Europe. « Ça serait vraiment le bonus puisque la France va emmener une équipe de six coureurs. Il y aura sûrement ceux qui préparent le marathon des Jeux olympiques et peut-être également des jeunes. »

Entre diplomatie et équipe de France

Les prochains mois s’annoncent donc chargés pour Yosi Goasdoué, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Car, en plus de ses objectifs sportifs, l’athlète vient de lancer sa boite de coaching (Day Running, voir par ailleurs) et est employé depuis le début du mois de janvier à l’Institut de diplomatie de Paris en tant que coordinateur de conférences. « C’est un contrat de vingt heures qui me permet de garder un pied dans le milieu professionnel tout en ayant beaucoup de temps pour m’entrainer. »

Une liberté de vie qui fait son bonheur depuis son arrivée à Paris en septembre 2014. Avide de savoirs et de voyages, le jeune Goasdoué a toujours été doué pour l’athlétisme mais pas forcément motivé. Il avait besoin de trouver son propre cadre. Suite au baccalauréat il se lance dans une licence d’économie à Nantes mais se rend vite compte que sans un accompagnement il ne peut mener le sport et les études de front. Après un an de voyages en 2010 et notamment en Ethiopie pour retourner sur sa terre natale, il décide de partir faire ses études aux Etats-Unis. Un an à Boston, puis deux autres années dans le Kentucky, lui offrent les moyens de développer son savoir (Master 2 en coopération internationale et un master en diplomatie) et d’assouvir son plaisir de la course à pied (29’40 sur 10 000 m et 14’10 sur 5 000 m).

Juin 2013 marque son retour en France. Lié d’amitié depuis les catégories juniors à Simon Denissel, il décide de rejoindre le groupe d’Alain Lignier sur Lille. Mais la mayonnaise ne prend pas entre la rigueur nordiste et le feu follet Goasdoué. « On était en colocation sur Lille avec Simon pendant un an. Je voulais recréer le système que j’avais aux Etats-Unis. C’est à dire, me retrouver dans un groupe d’entrainement, avoir un coach et des horaires fixes. Mais en fait, ç’a été une erreur. Car, contrairement aux Etats-Unis où j’étais dans un cocon, en France j’ai plein de tentations. Ailain Lignier, pour moi, c’est l’un des meilleurs entraineurs de France. Mais le rythme n’était pas pour moi. Je n’avais pas beaucoup d’heures de cours mais je devais attendre 18 heures pour aller à l’entrainement. On faisait aussi beaucoup de musculation, peut-être trop. Mais depuis j’en inclus dans ma préparation. Je n’ai pas trouvé mon équilibre. Je ne me sentais pas libre. J’avais besoin de cette liberté que je ne soupçonnais pas aux Etats-Unis. »

Haile Gebreselassie comme modèle

Une liberté sur laquelle surfe le couple Gaillard-Goasdoué depuis le début de leur collaboration. « J’ai tout de suite prévenu Olivier que j’étais un peu instable, rigole l’athlète. Je voyage beaucoup, je n’ai pas un rythme de vie classique 8h-17h. Et il fallait donc qu’il s’adapte à ça. Il l’a très bien compris car la première mesure a été que je cours avec une montre GPS. Avec cette montre il y a un mouchard car avant je ratais des entrainements. »

Une envie de sécher les séances qui semble s’évacuer avec les résultats et une motivation grandissante. Surtout à l’appel des 42,195 km. « Au fond de moi je vois mon avenir sur marathon. Beaucoup de gens me disent que c’est une distance de prédilection pour moi. J’aime l’entrainement dur et l’hygiène de vie que cela comporte. Cette volonté d’aller au bout de soi-même. En plus, mon entraineur a une connaissance appuyée de la distance (Olivier Gaillard possède un record à 2h32’42 réalisé à Hambourg en 2015). J’ai une grande confiance en lui pour l’avenir sur marathon. »

Monter sur marathon semble également une tentative de rapprochement vers ses racines – il est né à Addis-Abeba en Ethiopie avant d’être adopté à l’âge de deux ans par une famille française vivant à La Chapelle-sur-Erdre (44) – quand on connaît les relations amoureuses entre l’Ethiopie et le macadam. « Je connais très peu l’histoire de l’athlétisme mais la vie de Haile Gebreselassie m’inspire. Les Jeux olympiques ça me fait rêver. Mais je monterai sur marathon quand je pourrai être 100 % focus sur l’athlétisme. J’en ai discuté avec Yohan Durand et j’ai bien vu que l’investissement personnel doit être total. »

« Baisser mes temps »

Déjà soutenu par son club de Free Run, Yosi Goasdoué pourrait signer prochainement avec un équipementier et peut compter également sur l’aide matériel de la marque Garmin. Des soutiens qui devraient d’ailleurs se multiplier tant le garçon capte les regards via son parcours.

D’ici là, il sait ce qu’il lui reste à faire. « Je veux baisser mes temps pour passer la barre des 14’ au 5 000 m, celle des 29’ au 10 000 m et faire moins de 1h04 au semi-marathon. C’est un peu mes objectifs d’ici deux ans. Le but est d’être fidèle à l’équipe de France en jouant tous les ans des sélections « B » (ex : Coupe d’Europe de 10 000 m). Et pourquoi pas tenter une qualification « A » si les minima sont un peu revus à la hausse car là ça devient n’importe quoi ! Je pense peut-être pouvoir faire moins de 2h14. Là, je n’ai repris qu’en mai et j’ai fait de bons chronos. J’ai une belle marge de progression si je continue comme ça. »

Une participation aux Jeux olympiques, pourquoi pas à Tokyo en 2020 – « un pays où j’aimerais organiser des stages » – ajouterait un nouvel épisode à la vie déjà si atypique de Yosi Goasdoué.

Le défi Day Running
Avec son ami Dimitri Pasquereau, Yosi Goasdoué a lancé en novembre l’entreprise de coaching Day Running. « La logique est d’allier nos deux passions qui sont le voyage et la course à pied. Le but à terme est de trouver de nouveaux lieux de stage où amener nos clients. Mais évidemment, on va passer par du coaching avec des plans d’entrainement. Notre marque de fabrique est qu’on propose une préparation par le haut niveau pour des passionnés. Les gens veulent faire comme les professionnels. Donc on va leur proposer du coaching personnalisé et l’accès à des initiations au coaching mental ou à la nutrition. Pour enfin, leur proposer des stages. »

Plus d’informations sur le site Day Running.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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