Yoann Kowal

Troisième des Championnats d’Europe à Amsterdam, Yoann Kowal a également terminé cinquième des Jeux olympiques sur 3 000 m steeple.

 

Cinquième des derniers Jeux olympiques sur 3 000 m steeple, Yoann Kowal est un athlète, et surtout un homme, heureux. Marié depuis peu, et père d’une petite fille, le Périgourdin sort d’une saison « presque parfaite », où il a confirmé son statut de cador européen (3e derrière Mahiedine Mekhissi) et mondial. Après six semaines de repos, il a repris l’entrainement depuis dix jours et s’envolera le 6 novembre pour la Floride et son premier stage dans des conditions « favorables ». Histoire de poser les premières fondations d’une saison où il envisage de s’aventurer sur le 5 000 m, tout en restant focalisé sur son seul objectif, une médaille olympique sur le steeple à Tokyo en 2020. Entretien.

– Track and Life : Yoann, comment allez-vous après cette longue saison ?

« J’ai repris l’entrainement il y a dix jours. J’avais besoin de couper. C’est la première fois que je fais six semaines sans rien faire. L’an dernier, j’avais coupé six semaines mais en incluant du vélo et de la natation, à l’envie. Là, j’avais envie de ne rien faire du tout. J’en avais vraiment besoin. Il faut savoir que j’ai couru les Europe et les Jeux avec une micro fissure au tendon d’Achille, qui est apparue en série des Europe et j’ai fini la saison avec ça. J’ai réussi à courir dessus sans que ça s’amplifie. Tout ça réuni a fait que j’avais besoin de couper. Je n’ai pas envie de reprendre comme un bourrin comme je le fais de temps en temps car on sait que la saison sera longue.

« Je ne voulais pas aller au Kenya car je savais que j’allais m’en mettre plein la tronche »

– Votre choix de partir en Floride pour votre premier stage de la saison correspond à cette envie de ne pas trop en faire tout de suite ?

J’ai envie de reprendre dans des conditions favorables. Je n’ai pas envie de courir matin et soir avec la doudoune, les gants et le bonnet. J’ai envie de reprendre au soleil, tranquillement. Ce n’est pas une destination idéale pour les demi-fondeurs mais c’est un stage où je veux prendre du plaisir. Je ne voulais pas aller au Kenya, car je connais les parcours et je sais que j’allais m’en mettre plein la tronche. Là, s’il y a moins de parcours, je vais moins faire de bornes. Et c’est ce que je recherche. Je veux y aller progressivement. Car je suis un passionné. Si tu me mets une heure de footing et que je trouve un chemin qui est super beau, je vais aller te chercher les 1h15-1h30. Ce sont des choses qui m’arrivent régulièrement. Là, j’ai deux amis du club qui vont venir avec moi. Je vais également emmener mes affaires d’aquajogging pour faire des fartleks en piscine. Je n’ai pas envie d’être à fond dès la reprise et profiter de la grandeur des Etats-Unis car j’aime bien ce pays. Je vais essayer au moins de voir un match de basket !

– Comment avez-vous choisi Miami ?

Sur ce coup, j’ai été un peu naïf dans un premier temps (rires). J’ai vu qu’il y avait déjà eu des stages fédéraux là-bas et je me suis renseigné auprès de Renaud Longuèvre (manager des équipes de France à la FFA). J’ai repéré la zone d’Everglades en Floride avec ses 600 km² de terrain. J’ai un peu imaginé l’Afrique du Sud où tu cours dans les safaris avec des chemins sécurisés (pour éviter que les animaux traversent). Et quand j’ai vu des offres promotionnelles pour des billets d’avion pour la Floride, je n’ai pas trop réfléchi et je les ai achetés directement. Mais en vérifiant, j’ai vu qu’Everglades ce sont en fait des marais remplis d’Alligators et que l’accès est bloqué et donc tu ne peux pas courir. Je me suis fait un peu piéger par ça. Mais finalement, il y a un long chemin de 50 km qui longe les Everglades. C’est cool car à un moment j’ai eu un peu peur de ne pas pouvoir courir du tout en nature et me retrouver en ville sur le goudron.

« C’est la saison la plus complète en terme de performances »

– Vous dites que vous aviez vraiment besoin de récupérer. La saison a été difficile à terminer ?

J’ai fini la saison sur un meilleur temps perso à Bruxelles (8’16’’21 sur 3 000 m steeple) mais j’étais vraiment très fatigué. La veille de la course, je me suis fait une contracture au quadriceps. Le physique était bien entamé mais je fais quand même mon meilleur temps. Je me suis vraiment donné du début jusqu’à la fin de la saison. Toutes mes courses, à part la série des Jeux (et les deux courses aux Championnats d’Europe), sont allées de plus en plus vite.

– Justement, revenons à votre saison, est-ce la meilleure de votre carrière ?

C’est ma saison la plus complète en termes de performances. Tous les objectifs ont été atteints. C’est la saison presque parfaite. Pourtant à quinze jours des Europe, je me suis blessé au mollet en franchissant une barrière et j’ai passé dix jours sans courir. Dans ces conditions, quand tu arrives à faire une médaille, c’est que tu es bien prêt. A part ça, tout s’est bien compilé, comme mon enchainement Rabat (8’18’’48, le 22 mai), un 1 500 m à Périgueux (3’41’’02, le 28 mai) et Rome (8’17’’83, le 2 juin). Puis, je refais un super stage à Font-Romeu avec des séances adaptées du plan de Joseph Mahmoud (vice-champion olympique du 3 000 m steeple à Los Angeles en 1984, record à 8’07’’62).

« Le plan d’entrainement de Joseph Mahmoud est au chaud à la maison »

– Pouvez-vous  nous en dire plus sur cet apport de Joseph Mahmoud dans votre préparation ?

J’ai eu envie de rencontrer Joseph pour avoir son vécu de médaillé olympique. Il est venu à Périgueux pendant deux jours, c’était sympa. Il n’avait pas prévu de me donner son plan. Mais comme on a eu un bon feeling, il me l’a passé. Il est au chaud à la maison, je le regarde de temps en temps. Je m’en inspire mais je ne le copie pas à la lettre.

– De quoi vous êtes-vous particulièrement inspiré ?

Patrick Petit-Breuil mon entraineur et Philippe Dupont (manager du demi-fond) m’ont toujours dit de calmer les entrainements le dernier mois avant les grandes échéances. J’avais toujours tendance à vouloir trop donner, trop bombarder, d’agrandir les séances, de vouloir aller aussi vite que lors de la préparation. Ils me l’ont dit pendant huit ans, mais je ne l’avais jamais intégré. Et là, le fait de voir le plan de Mahmoud, j’ai vu la réalité en face et j’ai compris que je n’avais pas besoin d’en faire des tonnes. Ca m’a un peu ouvert l’esprit. Je suis sûr que je vaux 8’10. Maintenant, il va falloir les passer un jour ou l’autre.

– Saison après saison, on a l’impression que vous élevez votre niveau.

Je suis en train de prendre de plus en plus confiance. Le corps est en bonne santé, la tête aussi. Tout va bien. J’essaie de prendre conscience de toutes ces choses. Je suis de plus en plus inspiré par la sophrologie et par la force que le mental peut apporter dans la performance.

« L’idéal serait de faire un gros début de saison sur 5 000 m »

– Lors de la précédente olympiade vous aviez fait le choix de monter sur 3 000 m steeple avec la réussite qu’on connaît (champion d’Europe 2014), après un début de carrière sur 1 500 m. Quelles sont vos ambitions pour les quatre prochaines années ?

Je n’avais pas fait mon choix avant la fin de la saison, mais j’ai décidé de repartir sur 3 000 m steeple. Je fais quatre ans sur steeple, mais je suis prêt à mettre un an en péril. L’an prochain, on va peut-être faire une demie, voire ¾ de la saison sur 5 000 m. On ne sait pas encore. Ca va dépendre si je fais le meeting d’Eugène (Etats-Unis). Si c’est le cas, j’essaierai d’aller me préparer aux Etats-Unis et faire les meetings de rentrée où ça court vite sur 5 000 m. L’idéal serait de faire un gros début de saison sur 5 000 m, faire un steeple en réussissant les minima et faire les Mondiaux sur steeple. Si je ne peux pas, je resterai sur 5 000 m quitte à ne pas aller aux Monde et prendre de l’expérience pour être fort dans quatre ans. Je n’ai pas l’objectif l’an prochain de tout éclater. Le but sera d’assurer une médaille dans deux ans aux Europe sur le 3 000 m steeple. Et dans quatre ans, je ne m’en cache plus, je vise une médaille olympique à Tokyo. C’est un objectif que je garde en tête. Avant, je disais que c’était un rêve, je ne le dévoilais pas. Mais là, je l’ai vraiment dans l’esprit. Je vais me préparer quatre ans pour ça.

– Pourquoi cette envie de s’essayer au 5 000 m ?

Le 5 000 m je trouve ça nul (rires). En tout cas, celui que j’ai fait en 13’30 (13’34’’29 le 15 juin dernier à Stockholm). J’avais fait des séances assez costauds sur des 1000-2000 m assez forts et un tempo de deux fois 5 km + une fois 4 km avec Yohan Durand, dix jours avant mon 5 000 m. Yohan me disait : « si tu ne fais pas 13’15 je ne comprends pas ». Mais finalement, avec la répétition et l’enchainement des tours, je me suis ennuyé. Je me suis retrouvé un peu seul à cinq tours de l’arrivée, à compter les tours, à m’endormir et à lâcher le rythme. En prorata avec mon steeple et mes séances, je le trouve très mauvais ce résultat. Car quand je suis passé en 7’57 au 3 000 m, avec une aisance de fou, je me suis dit : « les 13’15 de Durand je vais les exploser » (rires). Et un tour plus tard, c’était fini. Je n’ai pas eu la motivation de me battre sur 12 tours et demi. J’ai donc envie d’effacer cette lassitude que j’ai ressentie. Et comme ça, quand je repasserai sur 7 tours et demi avec des barrières, ça passera beaucoup plus vite. Même si pour moi, le steeple reste la discipline la plus dure du demi-fond. Pourtant j’ai fait du 1 500 m (3’33’’75 en 2011), du 5 000 m et du 800 m (1’47’’95 en 2010), même si ce n’était pas à haut niveau. Mais quand il te reste 1 000 m à faire avec des haies et que t’es mort, ça fait très mal !

« Il faut accepter de se prendre des claques »

– A quelle date avez-vous prévu de reprendre la compétition ?

Je vais courir à la Corrida de Houilles le 18 décembre. L’an dernier, j’ai pris une grosse claque dans la tronche en 31’ (31’14) et là, Patrick Cadiou (responsable du plateau Elite) me refait confiance en me réinvitant cette année. Il sait mettre en valeur les athlètes. Même si on fait des contre-performances, il nous invite. C’est important qu’il y ait des gens comme ça dans l’athlé, car il n’y en a plus beaucoup.

– Quelles seront vos ambitions à Houilles ?

Je vais essayer de casser cette petite barre des 30’. Dans sept semaines, ça sera un bon point de repère dans la saison. Mais il ne faut pas s’attendre à des miracles. L’année dernière, des gens m’avaient critiqué en disant que je faisais 8’15  sur steeple et qu’ensuite je courais en 31’. Mais ils ne savent pas qu’avec six semaines de repos et les quatre ou cinq kilos en plus, on ne revient pas comme ça. Il faut accepter de se prendre des claques. Là, j’ai fait un fartlek de reprise avec mon groupe. Sur 31’ d’effort je me suis fait défoncer. Ca te met un retour à la réalité. C’est ça qui est beau dans l’athlétisme. Tu n’as pas la possibilité de faire le mariole car quand tu coupes un peu et que tu reviens à l’entrainement, les jeunes sont là derrière. S’ils peuvent passer devant ils n’hésitent pas. C’est l’esprit du demi-fond et c’est ce qui me plait.

– Quelques sorties en salle sont également prévues ?

Pour la salle, on va voir avec Patrick. On a vu que les France étaient à Bordeaux. Je ne les préparerai pas, ni les Europe d’ailleurs. Après, il se peut que j’aille aux France. L’an dernier, j’ai hésité à aller me pointer sur les France en salle. Je ne sais pas. Il se peut que sur une envie, j’y aille. Je me laisse la possibilité de faire un petit 3 000 m. Car même si je fais du long et des bornes, on garde quand même une base de vitesse en hiver. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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