Yoann Décimus

Yoann Décimus a réalisé les minima pour les Championnats d’Europe en salle sur 400 m.

 

Proche de la retraite anticipée l’été dernier, Yoann Décimus vient de signer ce week-end à Eaubonne les minima pour les Championnats d’Europe en salle de Belgrade pour son premier 400 m de la saison. Une performance qui confirme son choix de poursuivre encore un peu l’aventure sur les pistes. Entretien.

Il y a des performances qui font plus de bien que d’autres. Celle de ce samedi (21 janvier) dans la salle d’Eaubonne rentrera à coup sûr dans les plus importantes de la carrière de Yoann Décimus. Non pas que son chrono de 46’’89 sur 400 m soit un exploit – le garçon possède un record en salle à 46’’31 et à 46’’04 en plein air – mais à la vue du chemin emprunté, il ouvre de nouvelles possibilités que l’international français a failli refermer cet été. « L’année dernière, j’ai pensé arrêter l’athlétisme, livre le spécialiste du 400 m haies. J’étais dégoûté après plusieurs blessures. »

« J’ai pété les plombs »

Blessé aux deux tendons d’Achille, Décimus stoppe sa saison olympique dès le meeting d’Oordegem, le 28 mai, touché dans sa tête et son physique. « J’ai serré les dents toute la saison car j’avais deux inflammations aux tendons d’Achille. Mais à un moment ce n’était plus possible. » Surtout que l’athlète de l’Athlé 91 sortait déjà de deux saisons galères. « En 2014 et 2015, j’ai été blessé aux adducteurs et à un ischio-jambier. Grâce à un travail avec Renaud Longuèvre à l’INSEP, j’avais réussi à faire passer ces inflammations mais ensuite ce sont les tendons d’Achille qui ont été touchés. »

Un coup d’arrêt de trop, qui, dans sa 29ème année, lui donne envie de ranger les pointes au placard. « Je sortais d’une saison bizarre. Je ne savais plus où j’en étais. J’étais attristé. Pendant un mois, il ne fallait pas venir me parler d’athlé. J’ai pété les plombs. » Entre le football avec des potes qui sera son sport de l’été, il garde néanmoins contact avec l’athlétisme en suppléant son entraineur Boris Le Helloco, en prenant en charge quelques séances d’entrainement dans son club. Un pied dans le milieu qui va lui faire remettre les deux pieds dans le plat. « En étant sur les stades, j’ai revu des athlètes, des entraineurs. Je leur expliquais que j’allais arrêter et ils ont tous eu un discours pour me dissuader. Il me disait que j’avais un gros potentiel, que j’avais encore plein de choses à faire. A force d’entendre ça, j’ai pris le temps de la réflexion. »

Doucouré et Tamgho au soutien

En ajoutant un lobbying de sa famille et de certains de ses amis comme Teddy Tamgho ou Ladji Doucouré, Yoann Décimus est doucement revenu sur sa décision, reprenant finalement l’entrainement à l’automne. « A la vue des galères par lesquelles sont passés ces athlètes, je ne pouvais pas lâcher. Il faut s’inspirer de ça ! »

Ses 46’’89 viennent donc de lui donner une belle bouffée d’inspiration, sachant que cette rentrée est plus rapide que celle qu’il avait effectuée en 2011, date de sa meilleure saison, conclue par un titre de champion d’Europe en salle à Bercy avec le relais 4×400 m, d’une 6e place en individuel et d’un record en plein air à 46’’04. « Ca fait du bien à la tête, avoue-t-il. Je renoue en quelque sorte avec l’athlétisme et la compétition. Maintenant, il faut espérer que le corps suive. Je touche du bois. »

La prochaine étape devrait être au meeting de Val-de-Reuil, puisque les 400 m cette saison ne sont pas légion dans les programmes. Ensuite, si tout va bien, il devrait enchaîner les France et les Europe (minima à 47’’15), avant de se tourner vers l’été et les obstacles sur 400 m haies. Une spécialité qu’il pratique depuis 2011, (record à 49’’52 en 2013), se jugeant trop limité sur le tour de piste. « C’est le spécialiste de 400 m haies Heni Kechi qui m’a mis la graine dans la tête, rigole-t-il. Je suis de nature curieuse donc j’ai voulu tester. Surtout que beaucoup de gens disaient que je ne pourrais pas faire moins de 50’’. Je voulais les contredire. »

Valider sa progression sur 400 m haies

Sélectionné en individuel aux Championnats du monde de Moscou (2013) et aux Championnats d’Europe de Zurich (2014), Yoann Décimus a prouvé qu’il pouvait réaliser de belles choses malgré les haies. Son retour au premier plan, lui donne d’ailleurs des idées. « Ces dernières années, j’ai senti que j’avais progressé, qu’il y a des choses qui n’étaient pas loin de passer. Mais je n’ai jamais pu défendre mes chances à cause des blessures. »

Reparti dans un premier temps pour deux ans, celui qui est assistant d’éducation au collège Le Village à Evry, devrait allonger le bail de deux années supplémentaires, jusqu’aux Jeux de Tokyo. « Si le corps suit, ça serait bête de ne faire que deux ans, quand on sait la carotte qu’il y a au bout dans quatre ans. Mais ça peut aussi capoter. Je vais, à l’image des footballeurs, prendre les compétitions les unes après les autres (rires). »

En attendant les prochaines joutes, Yoann Décimus aura le droit à des séances spécifiques dans le froid parisien (il s’entraine à Evry) où les températures négatives ne l’effraient pas plus que ça. Un signe de motivation qui indique qu’il est bel et bien reparti pour un tour.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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