Louis Gilavert Yani Khelaf

Louis Gilavert (à gauche) et Yani Khelaf font partie des juniors à suivre cet été.

 

Inséparables, que ce soit sur les pistes, dans la boue ou dans la vie, les demi-fondeurs du pôle espoirs de Fontainebleau, Yani Khelaf et Louis Gilavert, partagent la même envie : aller le plus haut possible.

A toi, à moi. Les deux compères du pôle espoirs de Fontainebleau ont toujours joué à ce petit jeu entre eux, quand ce n’est pas au Shifumi à l’arrivée des derniers LIFA. Précoces, talentueux, ambitieux, ils se rejoignent sur plusieurs points. Ce qui fait que depuis la catégorie des minimes, ils s’étripent en course et s’amusent en dehors. « Louis m’avait battu aux Régionaux de cross (à Lisses en 2013), se souvient Yani Khelaf. Mais j’avais fait un petit peu mieux que lui au 1 000 m (2’37’’12 contre 2’38’’23). »

« Une grosse compétition entre nous »

Très vite repérés, les deux garçons se retrouvent en cadets première année sous la houlette de Thierry Choffin, le responsable du pôle de Fontainebleau. « On était contents car on allait enfin voir qui était le plus fort, sourit Khelaf. Car avant, on ne savait pas comment l’autre s’entrainait. Là, on avait le même coach, le même entrainement, on allait être fixés ! »

La réalité n’a pas été aussi simple. Ensemble au lycée, à l’internat de la section sport-études et à l’entrainement, les deux champions en herbe ne veulent pas laisser une longueur d’avance à l’autre. « Au début, quand on est arrivés, on ne laissait rien passer, raconte Louis Gilavert. C’était vraiment une grosse compétition entre nous. » Une compétition à tous les étages. « C’était par rapport à tout, continue Khelaf. La nourriture, l’école, les filles (rires). S’il y en avait un qui faisait quelque chose, l’autre devait le faire. »

« On ne s’entendait pas forcément tout le temps »

Une mentalité qui se prolongeait évidemment sur la piste. Quand personne ne veut lâcher, les séances peuvent vite devenir des compétitions. « On ne respectait même plus les temps à l’entrainement », se souvient Gilavert. Une bagarre de tous les instants qui a un peu distendu les liens amicaux entre les deux. « Lors de notre première année (2014), on a eu quelques problèmes entre nous, avoue Yani Khelaf. On ne s’entendait pas forcément tout le temps. Dès qu’il y en avait un qui lâchait, l’autre le vannait. »

Une guéguerre d’ados qui commençait à devenir trop pesante au quotidien. « Au fur et à mesure ça s’est calmé », certifie Louis Gilavert. « Le coach nous a parlé pour nous dire qu’il fallait grandir un peu, explique Khelaf. On a pris de la maturité par rapport à ça. Et en venant à l’internat du pôle espoirs, on s’est dit qu’on ne se mettait pas dans la même chambre. Car on est aussi pote avec les autres (Mehdi Frère, Benjamin Dupont, entre autres). Comme ça, on protège notre amitié. »

Un duel épique aux France de cross

Redevenue saine, leur rivalité ne s’expose plus que sur les compétitions. Et on peut dire que les deux protégés de Thierry Choffin s’y connaissent en suspense. L’exemple le plus marquant étant ce mano a mano d’anthologie lors des Championnats de France de cross cadets en 2015 aux Mureaux. Détachés en tête de la course, ils se livraient une bataille terrible avant que Gilavert s’impose d’un souffle. « A un kilomètre de l’arrivée j’ai dit à Louis : “mon pote, on est plus que tous les deux“. Il semblait un peu plus fatigué. J’ai pensé que j’allais pouvoir le décrocher. Mais finalement, il m’a battu au sprint, un secteur où je suis habituellement meilleur que lui. »

Louis Gilavert Yani Khelaf

Amis dans la vie, Louis Gilavert (à gauche) et Yani Khelaf sont adversaires sur les pistes.

 

Un championnat qu’ils avaient préparé séparément. « Les deux dernières spé cross on ne les a pas faites ensemble », raconte Khelaf. « Quand ils s’affrontent, je les prends chacun à part pour parler de leur stratégie de course, explique Thierry Choffin. Comme s’ils allaient courir contre quelqu’un d’autre. Ce sont deux athlètes différents. »

Le 1 500 m pour Khelaf, le steeple pour Gilavert

Que Khelaf ait un peu plus de vitesse que Gilavert est une aubaine pour leur entraineur. De quoi les séparer le temps de l’été. A Khelaf le 1 500 m, et au longiligne Gilavert, le steeple. « C’est bien qu’on ait chacun notre discipline, confie Yani Khelaf. Ca nous repose. On peut souffler un peu. » Un avis partagé par l’entraineur. « Ca leur permet de ne pas toujours se comparer, même si ça reste inéluctable. »

Sélectionnés aux Championnats du monde cadets en juillet dernier à Cali (Colombie), les deux inséparables ont évidemment fini… à la même place : la septième, avec Khelaf sur le 1 500 m et Gilavert sur le 2 000 m steeple. Ce dernier ayant également décroché le record de France de la spécialité en 5’44’’13.

Les Championnats du monde juniors dans leur viseur

Autant dire qu’ils étaient attendus cette saison pour leur entrée chez les juniors. Un poil justes lors de la sélection pour les Championnats d’Europe, ils ont terminé placés au Mans (Gilavert 6e, Khelaf 8e), derrière les intouchables Palcau et Gressier, entre autres. « Je partais pour gagner, avance néanmoins Gilavert. C’était en quelque sorte un rêve. Les plus forts ont gagné. Il m’en manquait un peu dans les jambes et dans la tête. Mais si on part pour faire deuxième, on n’ira pas loin. »

Une mentalité qui les guide tout droit vers les sommets. Sélectionnés cet hiver pour un match juniors sur 1 500 m (Khelaf 1er en 3’49’’60, Gilavert 2e en 3’51’’09), ils visent clairement cet été les Championnats du monde, que ce soit sur 3 000 m steeple pour Gilavert (sans oublier le 1 500 m) ou sur 1 500 m pour Khelaf (il tentera également le 5 000 m au meeting de sélection). « L’objectif numéro un, ce sont les Championnats du monde », lance Gilavert. « Si on ne fait pas la sélection, on se sentira mal, reconnaît Khelaf. Surtout si l’un de nous deux la fait et pas l’autre. » « Ce ne sera pas possible », répond Gilavert.

Une saine rivalité qui les amène à repousser toujours plus loin leurs limites. « On avance à deux, confie Yani Khelaf. Si l’un est moins bien, il va essayer de s’accrocher pour suivre l’autre. C’est comme ça qu’on fonctionne. »

Ennemis en compétition, amis dans la vie, le duo Gilavert-Khelaf n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Retrouvez une vidéo du pôle espoirs de Fontainebleau à l’entrainement.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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