Wilfried Happio

Wilfried Happio sur son stade de L’Hay-en-Roses.

 

Champion d’Europe juniors du 400 m haies cet été après une saison parfaite, Wilfried Happio (19 ans) est arrivé au bon moment en pleine possession de ses moyens. Une maitrise travaillée avec son entraineur Tony Renia depuis de nombreuses années. Souvent en retard selon ses propres dires, le hurdleur a été à l’heure sur la piste et compte bien le rester en vue des prochaines grandes échéances, dont les Jeux olympiques de Paris en 2024. Rencontre.

Stade de L’Hay-les-Roses dans le 94. C’est ici que Wilfried Happio, dès l’âge de sept ans a mis les pieds sur un stade d’athlétisme en suivant sa sœur Estelle. Il faut dire que se rendre sur la piste ne lui demandait presque aucun effort puisque l’appartement familial est vissé à 50 m de l’enceinte. « J’habite la tour juste à côté du stade. Comme je le dis souvent, ici c’est mon pôle à moi ! J’ai la vue sur le stade, j’ai toujours grandi avec. »

Courir après les bus

Et c’est évidemment ici que nous avions rendez-vous en cette fin de mois de décembre pour rencontrer le tout frais champion d’Europe juniors du 400 m haies (le 23 juillet à Grosseto). En compagnie de son entraineur Tony Renia, Happio est arrivé en retard au rendez-vous, la faute à une circulation très dense ce soir-là. Une mauvaise habitude qu’il confessera un peu plus tard. « Je suis tout le temps en retard, lâche-t-il. Ma spécialité c’est de courir derrière les bus pour les rattraper ! Mais bon, une fois au stade, je suis toujours le premier prêt. »

Le stade, il l’a tout de suite adopté, tout comme ce sport ingrat qu’est l’athlétisme. Mais on aurait pu ne jamais connaître le Wilfried Happio coureur de 400 m haies, ses qualités d’athlètes complet donnaient en effet à ses entraineurs chez les plus jeunes catégories des envies d’épreuves combinées, voire de demi-fond. « Je ne me retrouvais pas dans le demi-fond, se souvient-il, en insistant sur le fait qu’il respecte énormément cette discipline. Je kiffais le sprint, les haies. Le fait qu’on me fasse faire une autre discipline, que je ne voulais pas forcément faire, m’a un peu dégoûté, j’ai laissé tomber l’athlétisme à ce moment-là. »

Fait pour le 400 m haies

Un petit passage hors-piste réglé par son coach Tony Renia, toujours en contact avec la famille Happio et qui fera revenir son poulain sur la piste à la fin des ses années minimes. «  C’était un bon athlète, on voyait qu’il aimait bien les haies, il était assez rapide, il était bon en cross, donc je me disais que le 400 m haies serait une bonne option. » A partir de là, les deux hommes ne se sont plus quittés pour arriver à cette première réussite italienne, malgré évidemment des bas, comme ses problèmes de croissance où, pour le coup, même courir après un bus lui était difficile.

Très vite, Happio se fait en effet un nom sur le 400 m haies avec une demi-finale mondiale chez les cadets à Cali, avant de connaître une saison 2016 un peu plus compliquée, puis l’ascension de 2017, qui en a surpris plus d’un. « Beaucoup de gens m’ont dit : « comment ça se fait, on t’avait jamais vu avant, tu as fait un bond ». C’est clair que je n’étais pas un habitué du maillot bleu et je n’avais jamais été favori d’un grand championnat. »

Un record de France annoncé par le coach

Pourtant, le coach lui a avait annoncé la couleur. « En juillet 2016, on avait parlé des moins de 50’’, avoue Renia. L’objectif de 2017 était d’être champion de France juniors, car il ne l’avait jamais été. Ensuite, on visait évidemment les Europe avec peut-être un podium et la cerise sur le gâteau était le record de France (50’’13 par Victor Coroller en 2015). »

Pour faire simple, Happio a tout raflé, entre le titre national à Dreux en toute maitrise, et la médaille d’or aux Championnats d’Europe juniors assortie d’un nouveau record de France (49’’93). « C’est la meilleure saison de ma vie. Il y a eu beaucoup de travail derrière. J’y croyais parce que Tony me connait mieux que tout le monde et je l’ai cru. Et je me suis dit que s’il me disait ça c’est que c’était réalisable. Mais il y a eu des moments de doutes. C’est vrai que moins de 50’’ c’est du travail. Mais aux Europe, je me sentais prêt. Je sais que j’avais fait le job. J’avais fait attention au sommeil, à ma récupération. Dans les starts, je savais que j’étais prêt. »

Changement d’intervalle avant la finale des Europe

Rien ne semblait pouvoir en effet le troubler, que ce soit le niveau de ses adversaires qui se révélait de plus en plus élevé au fil des tours, que la modification du nombre de foulées sur son premier intervalle, quelques heures avant la course. « Après la demi-finale, il m’a dit : « j’ai l’impression que la haie me saute au visage », explique Tony Renia. On a donc décidé d’enlever un appui avant la première haie. Mais on l’avait déjà testé au stage d’avril. C’est lui qui a ressenti le besoin. Il se sentait prêt pour le faire. »

Autant dire que rien ne semblait pouvoir l’empêcher de s’imposer. « Le mot d’ordre c’était la maitrise car mon championnat se déroulait sur trois jours. Je savais qu’en finale, le premier allait être celui qui allait le mieux gérer son championnat. »

Une gestion qu’il adopte également dans la vie de tous les jours, entre son stade de L’Hay-les-Roses, l’INSEP, où il a un créneau le jeudi, ses cours de BTS négociation-relations client et son stage qu’il effectue dans l’entreprise de son entraineur. « C’est parfait pour l’entrainement d’avoir été pris dans l’entreprise de Tony, ça me laisse plus de possibilités pour m’entrainer. »

En route vers Paris 2024

Dorénavant espoir, Wilfried Happio a évidemment le droit à un régime d’entrainement plus soutenu (8-9 par semaine) mais c’est avec plaisir qu’il se plonge dans la vie d’un sportif de plus en plus professionnel. « Je suis d’accord qu’il faut faire des études mais je suis vraiment pressé de me mettre à fond dans l’athlétisme de haut niveau. C’est le rêve de tous de se dire le matin je vais à l’entrainement, après je fais une sieste et je repars à l’entrainement. C’est la vie que j’aimerais avoir et je vais me donner les moyens d’y arriver. C’est aussi le résultat des performances. On va crescendo vers le haut niveau car on voit qu’on peut le faire. Si on veut être au niveau des meilleurs il faut aller vite tôt mais le faire bien. »

Une devise qui semble accolée à cette génération dite « Paris 2024 » où les barrières n’existent plus. « D’un côté Paris 2024 c’est hyper loin, mais les années je les vois de moins en moins passer. En fait c’est demain. Ca reste un objectif dans un coin de ma tête car j’espère avoir beaucoup de grosses compétitions avant. Mais Paris c’est le rêve ! On compte les années et on se dit que ça va être l’apogée de notre carrière. C’est un honneur de faire les JO à la maison. On ne peut pas espérer mieux. Si je suis présent là-bas, je ferai tout pour être prêt. »

Avant d’éteindre la lumière du local de musculation du stade, on se permet une dernière question à Tony Renia. « Avez-vous déjà prédit le record de France ? » Les deux acolytes rigolent et demandent :  « Le record de France seniors (47’’37 par Stéphane Diagana) ou espoirs (48’’92 toujours par Diagana) ?! ».

Une chose est sûre, Wilfried Happio s’est promis d’arriver dorénavant toujours à l’heure mais exclusivement sur la piste.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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