Virginie Michanol

Virginie Michanol a remporté un titre de championne de France Elite en salle sur 400 m en 2010. (Copyright photo : MGS management).

 

L’ex-internationale française sur 400 m avait stoppé toute activité physique depuis l’arrêt de sa carrière en 2012. Mais depuis quelques mois, et la découverte du CrossFit, elle redécouvre le plaisir du dépassement de soi. De là à revenir sur les tartans ?

Depuis un relais 4×400 m au deuxième tour des Interclubs 2012 à Bordeaux, Virginie Michanol n’est plus apparue en compétition sur un stade d’athlétisme. La spécialiste du 400 m a mis ses pointes, ses baskets et ses tenues de sport au placard et est passée à autre chose. « En 2012, j’ai fait un 400 m à Charléty en 59’’ (59’’13, le 11 mai 2012). J’ai fini en pleurs. Ca a été le déclic. Du jour au lendemain, j’ai décidé d’arrêter. Je n’avais plus envie, plus le truc en plus. Je me suis dit que je n’étais plus faite pour ça. »

« J’ai très mal vécu le fait d’être remplaçante aux Europe de Bercy »

Un arrêt brutal, à l’aube de ses 27 ans, pourtant l’âge d’or pour un sportif de haut niveau. « Quand je vois les filles qui courent aujourd’hui comme Marie (Gayot) et Floria (Gueï), avec qui je courrais à l’époque, qui battent leurs records, je me dis que, peut-être, moi aussi j’aurais fait ces temps là (son record est de 51’’83 en 2008). Je me suis arrêtée à l’âge où on peut faire de grandes performances. Je me suis posée plusieurs fois la question mais je n’avais pas envie de reprendre. »

Un dégoût qui est venu progressivement s’immiscer dans sa tête avec comme point de départ les Championnats d’Europe en salle de Paris-Bercy en 2011. « J’ai très mal vécu le fait d’être remplaçante du relais 4×400 m (médaillé de bronze). Psychologiquement, j’ai été atteinte. L’événement ne s’était pas bien passé pour moi. C’a commencé comme ça. »

Plus du tout de sport et 20 kg en plus

« Flinguée » dans la foulée par une rougeole, sa préparation estivale s’avère catastrophique avant ces fameuses premières compétitions révélatrices. « Faire 59’’ alors que c’est un temps que j’aurais quasiment fait en marchant six mois plus tôt, ce n’était pas possible. » Elle quitte donc l’INSEP et le groupe de François Pépin pour retourner dans sa région natale près d’Albi. « Je n’avais même plus envie de faire un footing. Mais j’étais bien. J’ai pris dix kilos (poids de forme : 64 kg). Puis encore dix en 2013 avec ma grossesse. »

Une porte claquée sur une carrière pourtant riche, commencée sur les chapeaux de roues avec les Championnats du monde de Paris en 2003, à seulement 18 ans. Médaillée de bronze aux Championnats d’Europe juniors de Tampere (Finlande) sur 200 m et d’argent sur le relais 4×400 m cette saison là, Virgine Michanol est contactée par la Fédération française pour tenter d’accrocher un ticket pour le rendez-vous parisien. « Cela s’est fait vraiment par hasard. Aux Europe juniors, j’avais fait 52’’2 lancée au relais 4×400 m. L’un des responsables du relais a donc contacté la Direction technique nationale pour dire que j’avais les capacités pour faire partie du relais seniors pour les Monde de Paris. »

Les Championnats du monde de Paris à 18 ans

Robert Poirier, le DTN de l’époque, lui demande alors de prouver sa valeur sur un 400 m en compétition. « J’ai couru une première fois à Font Romeu en 53’’2. Mais comme c’était en altitude on m’a demandé d’en recourir un autre. Mon temps en plaine à un match juniors a confirmé mon niveau et j’ai donc été sélectionnée. J’étais au bout du rouleau physiquement. Mais avec la fougue de la jeunesse, c’est passé. »

Et voilà qu’à seulement 18 ans, Virginie Michanol vivait l’un des événements les plus importants dans une carrière pour un athlète français après les Jeux olympiques. « C’est vraiment un super souvenir ! Je ne me rendais pas compte. Je venais d’avoir le bac et je me retrouvais au Stade de France pour courir avec le maillot de l’équipe de France (3e des séries avec le relais 4×400 m). Ca reste des vacances d’été inoubliables (rires) avec des rencontres avec Maurice Greene ou Ato Boldon, que je voyais encore à la télévision quelques semaines auparavant. »

« J’avais juste besoin de dire stop »

S’en suit une carrière riche de neuf sélections chez les A avec notamment les Jeux olympiques de Pékin (2008) et les Championnats du monde de Berlin (2009) avec le relais 4×400 m. « J’ai participé à tous les championnats qui existent mais pas en individuel (elle a participé en individuel aux Europe de Barcelone et aux Monde en salle de Doha en 2010), regrette-t-elle. Je pense que je valais mieux que mes 51’’83. J’ai cette sensation de ne pas être allée au bout des choses. Mais je ne vois pas comment cela aurait pu être différent. Personne n’aurait pu faire quelque chose. J’avais juste besoin de dire stop. »

Un arrêt que personne n’avait remarqué, pas même la Fédération française qui lui envoyait une pré-convocation pour une compétition internationale en 2013. « J’avais reçu des papiers à remplir pour le passeport et les équipements en vue d’une future sélection. Alors que je ne courrais plus depuis un an. Mais je n’allais pas faire un communiqué de presse pour dire que j’avais arrêté. »

Virginie Michanol

Aujourd’hui, Virginie Michanol pratique intensément le crossfit

Le CrossFit comme renouveau

C’est donc dans le silence et dans une vie de famille accomplie à Toulouse, aux côtés du recordman de France du 400 m Leslie Djhone, qu’elle a continué de vivre avant de retrouver le goût du sport. « Deux ans après ma grossesse, je voulais reprendre le sport. Mais je ne savais que courir sur une piste et je n’avais pas envie de faire de marathon. Et finalement, grâce à une amie, j’ai découvert le CrossFit il y a peu. C’est un sport qui allie force et endurance. Ca se rapproche beaucoup de l’entrainement pour le 400 m. J’ai vraiment la sensation de préparer une saison sur piste. »

Une discipline qui lui a déjà permis de perdre douze kilos et qui lui redonne le goût de la compétition. « J’avais toujours eu ce plaisir de me faire mal durant ma carrière. Je l’avais perdu mais je le retrouve depuis quelque temps. Et comme je suis une compétitrice, je pense que j’essaierai bientôt les compétitions. J’ai besoin de me confronter. »

Une confrontation qu’elle verrait même se prolonger sur les pistes, histoire de « voir ce que je peux encore faire ».

 

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Photo de Une : copyright : La Dépêche.fr

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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