Benjamin Compaoré

En plein apprentissage, Benjamin Compaoré espère être prêt pour le début de la saison estivale.

 

Gêné depuis plusieurs saisons par sa jambe gauche, le triple sauteur Benjamin Compaoré a décidé en cette année olympique de changer son pied d’appel. Un choix risqué mais qu’il a déjà commencé à apprivoiser.

Sixième essai du concours de triple saut ce dimanche (21 février) lors du meeting de Metz. Après plusieurs tentatives infructueuses, Benjamin Compaoré réussit deux ricochets de bonnes factures pour atterrir à 16m77. En temps normal, le champion d’Europe 2014 (record 17m48) n’aurait pas fêté ce saut. Mais en Moselle, c’était seulement le deuxième concours de sa carrière avec la jambe droite comme pied d’appel. « Ca fait environ deux mois et demi que j’ai fait mon premier cloche pied à l’entrainement sur la jambe droite. Là, je fais 16m77 avec un élan un peu réduit, je trouve que c’est correct. »

Des douleurs au quotidien

Opéré du carrefour postérieur de la jambe gauche à la fin de l’année 2013, Benjamin Compaoré avait depuis appris à vivre avec la douleur à chaque saut. « On m’a enlevé un bout d’os qui était cassé, sauf qu’en plus de ça, j’avais le ligament latéral externe qui avait une calcification. Et vu qu’au triple saut on a de gros impacts à la cheville, cette calcification, vient s’écraser dans l’articulation. Donc dès que je faisais des gros sauts, il y avait du liquide, de l’inflammation et c’était très douloureux. Je le sentais en marchant, en faisant un footing. Donc faire un cloche-pied quand on a une pression sur la cheville de plus d’une tonne c’était très compliqué. Je devais me faire infiltrer assez souvent. Ce qui fait que je ne pouvais pas faire une préparation correcte. »

Benjamin Compaoré

Au meeting de Metz, Benjamin Compaoré a réalisé 16m77 pour son deuxième concours avec sa nouvelle jambe d’impulsion.

 

Une idée d’alternance de jambe qui lui est venue par hasard lors d’un entrainement de reprise. «  Je faisais des cloches à gauche et à droite. A la base, je n’ai pas senti que c’était bien sur la jambe droite, mais je n’ai surtout pas senti de douleur. C’est ça qui m’a fait le déclic. A gauche c’était comme d’habitude, c’était correct mais j’avais la douleur habituelle, je m’y étais habitué donc c’était presque normal, j’aurai pu continuer comme ça. Mais le fait de faire la comparaison dans l’immédiat avec la jambe droite, où la douleur était nulle, a tout changé. J’ai dit à Steeve : “mais qu’est-ce que tu en penses ?“ On est partis sur ça. C’est peut-être un défi un peu fou cette année mais j’y crois. »

« Je suis sur la bonne voie »

Un choix presque suicidaire pour certains quand les Jeux olympiques se présentent en bout de sautoir. « A l’entrainement je fais des choses très, très bonnes sur des petits élans, c’est déjà positif. Donc je vais trouver mes marques petit à petit. J’espère qu’au début de la saison estivale ce sera bien en place. Vu ce que j’ai fait aujourd’hui et vu ce que je produis à l’entrainement, je suis sur la bonne voie. »

Une voie qu’il va devoir tracer le plus loin au-dessus du bac à sable à force de rebonds et de sauts. « J’ai l’expérience du triple saut mais le changement c’est quelque chose de très particulier. Ce qui va faire la différence c’est quand je prendrai vraiment confiance en fin de course, parce que là je ne l’ai pas totalement. Je n’ose pas accélérer sur mes derniers appuis de course. Il y a une petite appréhension parce que c’est quelque chose de nouveau. A grande vitesse c’est toujours plus difficile à contrôler. Donc je suis un peu sur la retenue à la fin. Même si l’envie est là, je ne le maîtrise pas totalement. »

Jean-Hervé Stievenart et Benjamin Compaoré

Avec son entraineur Jean-Hervé Stievenart, Benjamin Compaoré a encore beaucoup de réglages à effectuer.

 

Un plaisir de sauter retrouvé

Un manque de maîtrise qui se ressent surtout dans ses marques. Preuve en est à Metz, où plusieurs sauts ont dû être avortés. « Comme ma jambe d’impulsion a changé j’ai des problème à l’approche de la planche. Je n’ai pas les automatismes que j’avais avant sur la jambe gauche. Donc pour l’instant j’ai toujours un peu de mal à me cadrer. Il faut que j’enchaine les compétitions, les sauts pour que ça devienne un automatisme. »

Un enchainement qu’il aura l’occasion de réaliser dès ce week-end avec les Championnats de France Elite à Aubière avant peut-être un « bonus » américain. « Aux France l’objectif sera de rechercher des sensations, de prendre des risques en fin de course, tout en essayant de décrocher la victoire et les minima. On peut tenter des choses. Mais s’il n’y a pas les minima ou la victoire ce n’est pas grave parce que je suis en pleine construction. »

Un renouveau dans lequel il se complait parfaitement. « Le pied gauche devient celui du dernier saut. Il y a beaucoup moins de vitesse et beaucoup moins d’impacts, donc il n’y a pas la douleur que j’avais avant. Je prends beaucoup de plaisir à sauter, à répéter les sauts même s’il y a des échecs. Quand il n’y a pas de douleur, c’est toujours un peu différent. »

Et si les résultats suivent, peu importe la jambe, le plaisir sera total.

Teddy Tamgho annoncé aux France
En tête des bilans nationaux avec 16m77, Benjamin Compaoré devra se méfier de son grand ami Teddy Tamgho lors des Championnats de France Elite d’Aubière ce week-end (27-28 février). En effet, le champion du monde 2013, absent des pistes depuis le 15 mai 2015, et sa blessure au meeting de Doha, est annoncé sur la liste des engagés du concours du triple saut.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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