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Vincent Luis a écrasé la concurrence lors des interrégionaux de cross sur le parcours de Fourmies (59).

 

Facile vainqueur de l’interrégion Nord ce dimanche à Fourmies (59), le triathlète Vincent Luis (26 ans) devrait être, pour la première fois chez les seniors, du voyage dans trois semaines au Mans pour les championnats de France de cross. 

Dimanche 14 février, 16h05. Le cross long masculin vient de s’élancer sur l’éprouvant parcours de Fourmies (59). Très vite, les prétendants au titre se placent aux avant-postes, à l’image de l’international espoirs Emmanuel Roudolff-Levisse. Pourtant, après l’enchaînement des premiers virages, un athlète manque à l’appel. Annoncé comme favori de la course, le triathlète Vincent Luis est en milieu de peloton, en compagnie de François Barrer, un autre habitué  des premiers rôles. Mais en quelques centaines de mètres, la combinaison jaune, blanche et rouge de l’EFSRA se retrouve en tête, pour ne plus la lâcher. « J’ai l’habitude de partir tranquillement, avoue Luis. Une fois revenu devant, je ne voulais pas accélérer tout de suite mais j’ai vu que l’allure avait un peu ralenti. Alors je n’ai pas réfléchi et je suis parti. »

« Le cross c’est vraiment un truc qui me plaît »

Une demi-heure plus tard, le Rémois franchissait la ligne d’arrivée en marchant, tapant dans les mains de spectateurs admiratifs. Une démonstration de force qui le place naturellement sur la liste des favoris des prochains championnats de France de la spécialité. Une date qu’il a cochée depuis longtemps sur son calendrier de triathlète, pourtant surchargé. « Cette année, j’ai décidé de zapper l’étape des World Triathlon Series d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) qui a lieu début mars. Je suis donc libre à cette période. Les France de cross, j’ai vraiment envie d’y aller. Le cross c’est vraiment un truc qui me plaît. Je vais quand même attendre les jours qui viennent, en parler avec Farouk (Madaci, son entraineur en course à pied), voir comment je récupère. Mais si je me sens bien, il y a 90% de chance que j’y aille. »

Absent des joutes nationales dans les labours depuis ses années juniors (7e à Vichy en 2007 et 11e à Laval en 2008), le troisième mondial (en 2015) de triathlon a l’envie et le talent pour venir titiller les meilleurs. « Je n’ai pas trop de notions de là où je vais me situer. Mais je n’y vais pas pour me faire ouvrir et finir trentième. Si j’y vais, j’espère pouvoir jouer devant. »

Vincent Luis et Farouk Madaci

Vincent Luis et Farouk Madaci (à droite) débriefent après la course devant la caméra de l’émission de Canal + Interieur Sport.

28’30 au 10 km pour viser l’or olympique

Une course majeure du calendrier athlétique mais qui n’a aucune importance à l’échelle du rendez-vous olympique. « Sur les cross on n’a pas de réels objectifs, avoue Farouk Madaci. C’est pour sa préparation olympique. Si ça continue comme ça et qu’il n’a pas de problème jusqu’aux France, on ira. Surtout qu’on continuera à travailler. Il fera ses entrainements de natation et de vélo la veille de la course. »

Car depuis sa onzième place à Londres en 2012, Vincent Luis n’a qu’une obsession : les Jeux de Rio. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il s’est rapproché de Madaci et du club de Reims (ESFRA). « Après la course des Jeux de Londres on était rentrés à l’hôtel et les gars avaient plus de regrets que moi alors qu’ils avaient terminé quatrième (David Hauss) et cinquième (Laurent Vidal). Mais ils étaient déçus de n’avoir jamais pu jouer devant. Ce jour là, je me suis dit que je devais tout essayer pour y arriver. »

Il demande alors à Madaci de l’entrainer pour se rapprocher des 28’30 au 10 km, un niveau où la médaille d’or olympique vous tend les bras. « Farouk m’a répondu que pour faire ça, il faudrait s’entrainer 10 à 12 fois par semaine, rien qu’en course à pied. Je lui ai dit OK et que j’allais m’adapter. »

« Si je suis champion olympique, j’arrête le triathlon »

Une adaptation qui passe par des heures et des heures d’entrainement (voir par ailleurs). « C’est cette place aux JO qui m’a donné cette dynamique d’entrainement que je suis depuis trois ans. Mais si je suis champion olympique, j’arrête le triathlon. C’est fini ! Je ne pense pas que mon corps acceptera de faire ce que je fais actuellement pendant encore quatre ans. Ca serait surtout compliqué de se lever tous les matins pour aller s’entrainer après avoir gagné ce pourquoi je m’entraine depuis toujours. »

Mais pour l’heure, son corps répond parfaitement aux cadences infernales et sa foulée puissante devrait faire des dégâts sur l’hippodrome du Mans. « Il n’arrivera pas en favori aux France de cross, tempère Farouk Madaci. Le milieu de l’athlétisme continuera de se dire que ce n’est qu’un triathlète. J’étais d’ailleurs le premier à penser que les triathlètes étaient moins forts que les coureurs à pied, que leurs parcours n’étaient pas forcément bien mésurés. Mais Vincent a changé complètement mon état d’esprit. C’est sûr qu’il va en surprendre plus d’un. Il n’aura rien à perdre. »

Vincent Luis

Le triathlète Vincent Luis a savouré la dernière ligne droite des interrégionaux du Nord.

Une reconversion en athlétisme ?

On pourrait d’ailleurs se demander quel niveau pourrait atteindre un tel athlète s’il ne faisait « que » de la course à pied. « C’est un champion, abonde Madaci. Il a toutes les qualités mentales et physiques pour réussir en course à pied. On ne peut pas savoir ce qu’il ferait vraiment s’il ne faisait que de l’athlétisme. L’année dernière, je l’estimais aux alentours de 13’45 au 5 000 m et 29’00 sur 10 km. Mais il a encore des paliers à franchir. »

Des marches, gravies petit à petit, qui lui donnent des idées pour une éventuelle reconversion en athlétisme. « La course à pied c’est vraiment un truc qui me branche. On a déjà discuté de l’année après les Jeux avec Farouk. Pourquoi ne pas essayer une qualification aux Europe de cross ou quelque chose sur 5 000 m ? C’est très loin mais on commence à y penser. »

Un avenir qui passera vraisemblablement par Le Mans avant la grande messe du sport mondial du côté de Rio, où son destin pourrait prendre de multiples virages.

Un entrainement titanesque
Le triathlon est l’un des sports les plus chronophage, et d’autant plus, quand on vise une médaille aux Jeux olympiques.« Je m’entraine 10 à 12 fois par semaine en course à pied, explique Vincent Luis. A cela, il faut ajouter une séance de natation du lundi au samedi et entre trois et cinq sorties de vélo selon les périodes.» « Sa planification d’entrainement en course à pied est celle d’un athlète de haut niveau qui prépare le 5 000 et le 10 000 m, explique Farouk Madaci. On a la chance de s’appuyer sur sa grosse capacité aérobie dégagée par son travail effectué à vélo et en natation. » D’ailleurs, dès aujourd’hui, Vincent Luis était dans la piscine à 6h45 avant d’enchainer par une séance de course à pied.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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