Vincent Luis

A l’occasion d’une soirée organisée par Nike au stade Charléty, Vincent Luis a annoncé qu’il allait se consacrer à l’athlétisme lors des deux prochaines saisons.

 

Septième du triathlon des Jeux olympiques de Rio, Vincent Luis a décidé de se consacrer à la course à pied lors des deux prochaines saisons pour tenter un pari fou : « je voudrais doubler le 5 000 m (ou le 10 000 m) et le triathlon aux Jeux ». Interview.

– Track and Life : Vincent, tout d’abord comment avez-vous digéré votre septième place des Jeux olympiques alors que vous visiez  le titre ?

« Comme je l’ai dit directement après la course, je suis déçu mais je n’ai pas de regret. J’ai fait tout ce que j’avais à faire avec ma forme du moment. Ca n’a pas été le résultat qu’on espérait avec mon équipe. Concrètement, on a bien bossé, on a fait ce qu’on avait à faire. On n’a pas perdu, on a appris.

« Je suis persuadé de pouvoir gagner les Jeux sur triathlon »

– Juste après la course vous avez laissé entendre que vous pourriez passer à autre chose avant de poster dès le lendemain sur votre page facebook que vous repartiez pour quatre ans. Vous avez vraiment réfléchi à la question ?

J’étais ultra déçu. Je me suis beaucoup investi, tout ça pour faire 7e aux JO. Je ne faisais pas la moitié des entrainements il y a quatre ans et j’avais fait 11e. 7e11e c’est la même chose. Mais je me suis posé la question : “est-ce que tu peux gagner les Jeux dans quatre ans ?“ Et je me suis dit : “oui !“ Je suis persuadé de pouvoir les gagner. Sinon je ne retournerai pas sur la ligne de départ. Quatre ans c’est long. J’ai dit rendez-vous dans quatre ans parce que c’est un objectif de vie de faire les JO. J’ai commencé le tri pour faire les JO. Il y aura des étapes intermédiaires et elles valideront le processus pour les quatre prochaines années.

– Avez-vous néanmoins trouvé des réponses à « cet échec » ?

J’ai dit tout de suite à Farouk qu’il n’y avait personne de responsable. Les décisions on les a toujours prises à trois (avec ses entraineurs Maxime Huteau et Farouk Madaci). On les assume à trois. On n’a pas fait d’erreurs sur l’entrainement. C’est clair que la course à pied c’est ce qu’on voit, c’est la dernière épreuve, c’est là qu’on passe la ligne d’arrivée. Mais dès le début de la journée de la course des Jeux j’ai vu que ça n’allait pas être super. Honnêtement, si on avait échangé l’ordre des disciplines, cela aurait été la même chose. Il n’y a pas d’histoire de culpabilité, on était tous dans la même barque.

« Je me laisse deux années pour m’approcher des minima olympiques sur piste »

– Venons-en à la suite de votre carrière. Il semblerait que vous allez vous investir beaucoup plus dans l’athlétisme.

La saison prochaine je vais moins nager, je vais passer de six séances de natation à quatre et de cinq sorties vélo à quatre. Je vais courir plus vite et plus longtemps. On les connaît les temps de qualification aux Jeux, c’est 13’15 sur 5000 m et 27’45 sur 10 000 m. Moi je ne suis qu’à 14’19, mais je n’ai fait qu’un seul 5 000 m dans ma vie. Là je pense que très rapidement je peux descendre aux alentours des 13’45. Je me laisse deux années pour m’approcher à moins de dix secondes du temps de qualification.

– Concrètement, nous allons voir un Vincent Luis sur les cross mais également sur piste ?

Je vise vraiment une qualification pour les prochains Championnats d’Europe de cross. Ca va être compliqué mais c’est ce que je veux faire. Mais je veux également faire plus de cross internationaux et j’ai déjà été approché par des managers pour entrer sur des gros meetings. En plus, j’ai la chance d’être rejoint à Reims la saison prochaine par deux athlètes internationaux qui sont François Barrer (international espoirs) et Tarik Moukrime (international belge) qui viennent s’entrainer avec nous. Et il y a aussi Mahiedine Mekhissi qui vient déjà partager des séances avec nous de temps en temps. On a un groupe qui s’étoffe. J’ai envie de m’investir à fond dans l’athlé. Financièrement ce n’est pas ça qui va me faire vivre mais c’est un plaisir que je peux me faire et que j’ai vraiment envie de faire.

« Je suis tombé amoureux de l’athlétisme »

– Vous avez donc appris à aimer la course à pied car au départ vous êtes un triathlète qui vient de la natation.

Je suis tombé amoureux de l’athlétisme car au départ courir c’était ce que je détestais, ce que j’aimais le moins. A la fin des courses je me disais : “putain il y a encore la course à pied à faire et je vais me faire défoncer“. Et au final, maintenant c’est l’épreuve que j’adore. C’est l’entrainement que j’ai le plus envie de faire. C’est la discipline où je m’entraine le plus maintenant. J’ai appris à l’aimer au contact des mecs avec qui je m’entraine dont Farouk Madaci mon entraineur. J’adore ça. Maintenant je m’intéresse à toutes les disciplines : la hauteur, la longueur, la perche, à tout. C’est une belle discipline que j’ai envie de découvrir un peu plus. Je vais voir souvent des épreuves. J’étais aux France jeunes à Châteauroux, j’ai adoré le 1 500 des juniors avec Yani Khelaf et les autres, c’était un truc de malade. Je ne loupe pas une Diamond League (rires).

– Vous parlez des minima pour les Jeux olympiques sur 5 000 m et 10 000 m. C’est votre objectif pour les Jeux de Tokyo ?

Dans le meilleur des mondes, je voudrais doubler le 5 000 m ou le 10 000 m avec le triathlon aux Jeux olympiques. C’est faisable à la vue du calendrier des Jeux. Maintenant il faut pouvoir le faire physiquement. Tous mes sponsors sont à fond derrière moi là-dessus. Car il n’y aucun athlète qui a déjà doublé deux disciplines différentes dans une olympiade. Je prends l’exemple de Galen Rupp qui a doublé le 10 000 et le marathon cette année. Cela prouve que ce n’est pas infaisable.

« Courir 250 bornes par semaine c’est ce que j’ai envie de faire »

– Et le marathon ça vous tente également ?

Je sais très clairement que cette année si j’avais fait un marathon je n’aurais pas fait 2h11. Mais c’est un truc qui me donne envie. Et plus encore que la course en elle-même c’est la préparation que j’adore. Me dire de courir 250 bornes par semaine, c’est ça que j’ai envie de faire.

– Qu’en est-il du triathlon ?

Si ça ne passe pas dans les deux ans je rebasculerai à 100% dans le triathlon. Je ne peux pas me permettre d’être entre deux eaux, avec trois quarts de mon temps en athlé et un quart en triathlon pendant deux ans. Je ne peux pas me permettre de garder cette balance jusqu’aux Jeux. Il faut que j’assure de refaire les Jeux dans quatre ans, dans une discipline ou dans l’autre ou dans les deux mais il faut que j’honore les contrats que j’ai et le sport que je fais.

« Cet été on ira sûrement beaucoup courir en Belgique »

– Donc cette saison on vous verra aussi un peu sur des triathlons.

Je ferai des tri. C’est cool parce que les saisons ne se marchent pas trop dessus. On peut faire fonctionner les deux. J’ai envie d’accrocher des dossards cet hiver, rendre mon hiver plus ludique qu’avant. Ca va être un beau projet !

– Quel est votre programme pour les prochains mois ?

Je vais faire le cross de Hyères puis les sélections pour les Europe. Ensuite, si je me qualifie je ferai évidemment les Europe. Puis, j’essaierai d’aller faire le cross de Reims pour le gagner une 4e fois car ça me tient à cœur. Et après on enchainera avec les championnats de cross et un peu de salle surement sur 3000 m. Pour cet été, on ira sûrement beaucoup en Belgique car ce n’est pas loin de chez nous. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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