Vincent Luis

Vincent Luis avait repris sa saison lors de l’Ekiden de Paris, en novembre dernier.

 

Toujours très abordable, Vincent Luis a accepté de nous accorder quelques minutes à la fin du meeting de Reims où il venait de suivre un bouillant 1 500 m. L’occasion pour le protégé de Farouk Madaci de revenir sur sa parenthèse axée sur l’athlétisme (voir notre article). Un peu juste pour les cross de sélection aux Championnats d’Europe de Chia, il compte jouer sa carte à fond lors des prochains France de cross, avant de découvrir le 10 000 m sur piste à la fin du mois d’avril. Tout en rappelant que ce projet reste le sien, et qu’il se moque des critiques – provenant surtout du milieu de l’athlétisme – puisque c’est lui qui fera le bilan après les Jeux de Tokyo. Rencontre.

– Vincent, vous avez décidé de vous focaliser plus sur la course à pied cette saison. Quel bilan faites-vous de vos premiers mois et notamment des cross de sélection pour les Championnats d’Europe ?

« Très honnêtement, on espérait que ce soit des parcours plus gras pour les cross de sélection, que ça court un peu moins vite, parce que je n’avais pas encore fait de séances spécifiques. Mais ç’a couru vite. Je n’avais pas encore le niveau pour encaisser ça. Mais j’ai quand même senti qu’au cross de l’Acier (7e Français), ç’allait mieux qu’à Allonnes (11e Français). C’est plutôt positif. Cette année, j’avais envie d’accrocher des dossards et d’aller plus me confronter. C’est ce que j’ai fait.

« En faisant les JO fin août, c’était quasiment impossible d’être prêt pour les sélections »

– Vous vous êtes mis en quelque sorte en danger en sortant du triathlon, votre sport de prédilection, pour venir vous frotter aux meilleurs athlètes.

Je suis venu avec, entre guillemets, aucune prétention. Je suis venu pour voir et découvrir. Peut-être que dans deux, trois ans, je reviendrai mais mieux préparé. Là, en faisant les Jeux fin août, c’était quasiment impossible pour moi d’être prêt pour les cross de sélection. Mais ça m’a donné un bon indicateur sur ma forme. Cette année, ce qu’on voulait, c’était de la confrontation et il fallait commencer par quelque chose.

– Comment s’est passée votre préparation depuis les cross de sélection ?

Je suis parti en stage au Kenya (mi-décembre) et je devais y rester cinq semaines. Mais au final, je n’y suis resté que quinze jours car les conditions pour s’entrainer en triathlon étaient vraiment trop compliquées. Les variations de température de la piscine étaient trop importantes. Je ne pouvais vraiment pas m’entrainer. J’ai  donc fait le choix de rentrer avant de repartir au Portugal avec cinq collègues pendant quinze jours (début janvier). C’était bien aussi. Là, je suis revenu un peu à Reims mais en avril, je vais retourner en altitude pour préparer un 10 000 m.

« Je vais essayer d’aller au bout de moi-même »

– Vous souhaitez vous aligner sur un 10 000 m ?

Là, il y a une petite parenthèse cross et ensuite ça sera de la piste. Je vais préparer le 10 000 m soit des France (29 avril à Pace), soit un autre.

– Toujours dans cette optique de voir ce que vous valez vraiment en course à pied ?

En partant dans l’athlétisme, je voulais vraiment faire une introspection et voir jusqu’où je pouvais aller. Sur 5 000 m, sur 10 000 m, voire sur du 1 500 m, je veux vraiment voir ce que ça peut donner et arriver à la fin de ma carrière de triathlon et me dire : « voilà, tu as essayé, t’as vu ce que tu pouvais faire ». Il y a des gens qui disent que je ne pourrai pas faire telle ou telle performance. Moi, je ne sais même pas quelles sont mes limites donc je ne comprends pas pourquoi les gens arrivent à le savoir, sachant qu’ils ne savent pas ce que je fais à l’entrainement. Je vais essayer de tester, d’aller au bout de moi-même. Je vais sûrement me blesser plusieurs fois en chemin parce qu’on ne l’a jamais fait. Mais en tout cas, je me donne quatre ans pour arriver à 300 % et voir ce que ça donne. Et surtout, au lendemain des Jeux de Tokyo, pouvoir me dire que je n’ai rien à regretter.

« Le sport que j’aime vraiment c’est le triathlon »

– Avec la priorité donnée à la course à pied, comment s’articule actuellement votre entrainement en triathlon ?

Je m’entraine un peu moins en natation et en vélo mais je garde quand même un entrainement de triathlon. D’ailleurs, dans quinze jours, je vais faire la Coupe du monde du Cap en triathlon (Afrique du Sud, 11-12 février). Puis je courrai aussi à celle d’Abu Dhabi (4 mars). Je continue quand même l’entrainement en triathlon car c’est ce qui me fait vivre, c’est là où j’ai des partenaires. En athlé, je ne suis personne, c’est compliqué. Moi le sport que j’aime vraiment c’est le triathlon. L’athlétisme c’est, entre guillemets, un loisir à côté que je peux me permettre. Je garde le triathlon quand même, car dans quatre ans il faudra retourner aux Jeux.

– Avant ça, il y aura les Interrégionaux de cross à Châteauvillain ce dimanche, puis les Championnats de France de cross (Saint-Galmier, 26 février) où vous allez être attendu après votre deuxième place de l’année dernière.

Là, aux France de cross, c’est sûr que je vais être plus attendu. Je pense que l’année dernière, le parcours m’avait quand même un peu avantagé, ou, du moins, avait désavantagé certains, je ne sais pas exactement. Même si Farouk (Madaci, son entraineur) me dit qu’il n’est pas forcément de cet avis là. On verra ce que ça donne si les conditions sont rapides. Et si c’est gras, j’essaierai de faire aussi bien que l’année dernière. Après, moi, j’y vais sans pression. Je n’ai rien à gagner, ni rien à perdre aux France de cross. Mais je sais qu’il y a beaucoup d’athlètes qui sont venus me voir en me disant qu’ils espéraient que je refasse aussi bien que l’année dernière pour faire taire les détracteurs et ceux qui disent que c’est le parcours qui m’a avantagé. Je vais y aller surtout pour prendre du plaisir. Et aider mon équipe de l’EFS Reims, car je pense qu’on peut viser le podium sur cross long. En plus, c’est toujours cool un déplacement avec le club, et forcément, il y aura du plaisir au bout, quelque soit la place.

« Je ne regarde pas trop ce que disent les gens sur les réseaux sociaux »

– Quel est votre état de forme sachant que vous avez dû sentir une progression à pied depuis que vous avez accentué vos efforts sur ce secteur ?

Je sens que ça va bien. On a fait dernièrement une séance avec des 2 000 m et des 500 m où à la fin ça courait bien. Maintenant, c’est marrant, parce que les allures ont un peu bougé d’un cran. C’est même un peu rigolo de voir le chrono à la fin des 2 000 m et se dire qu’on commence à courir vite. C’est même un peu grisant. Heureusement qu’il y a Farouk pour nous freiner car avec Tarik (Moukrime, voir son portrait), on reste des compétiteurs. Et maintenant qu’il y a aussi François (Barrer) dans le groupe, qui est un mec à 13’45 au 5 000 m, ça fait une référence en plus. Moi je m’éclate à faire ce que je fais. Tous les jours, je suis super content d’aller à l’entrainement et de retrouver le groupe. C’est l’essentiel.

– Vous êtes un athlète très suivi sur les réseaux sociaux et beaucoup de personnes commentent vos exploits. D’autres critiquent votre arrivée en athlétisme. Comment percevez-vous ça ?

Je ne regarde pas trop ce que disent les gens sur moi sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ce sont une vitrine de la vie et derrière la vitrine, il y a d’autres choses qui se passent. Surtout, il y a beaucoup de gens qui disent ce qu’ils veulent dire, il y a beaucoup de désinformation. Moi, je poste le contenu que j’ai envie de poster. Après, c’est drôle de voir qu’il y a des gens qui pensent que je n’arriverai pas à être compétitif en course à pied. Je ne dis pas que ça me motive à le faire car ce que je fais, je l’ai toujours fait pour moi. Mais tant mieux. Je suis content de m’éclater pour mon projet, ça restera le mien. Et c’est toujours moi qui me lève à 5h45 du matin pour aller m’entrainer et pas les autres.

Embarquez dans un entrainement avec Vincent Luis.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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