Vénuste Niyongabo

Vénuste Niyongabo parcourt l’Europe pour dénicher de nouveaux talents.

 

Responsable de la gestion et du recrutement d’athlètes pour Nike en France et en Italie, le champion olympique 1996 du 5 000 m Vénuste Niyongabo est une personne pressée. Présent à Paris lors du 10km Paris-Centre, le Burundais a accepté de s’arrêter quelques minutes pour nous parler de son métier.

– Vénuste, pouvez-vous nous expliquer votre métier au sein de l’entreprise Nike ?

« J’ai un grand privilège de travailler avec les Olympiens. Je fais le scouting (détection d’athlètes) pour Nike en Italie et en France. Je suis les yeux de Nike pour voir quels sont les meilleurs talents sur lesquels nous pouvons investir. Ca m’arrive aussi de donner des conseils. J’étais un athlète et je pense que j’ai un langage qui est très proche du leur.

« On investit autant sur la réputation que sur la performance »

– Comment faites-vous pour choisir les athlètes qui vont représenter Nike ?

Ce n’est pas facile. Tout le monde veut avoir un sponsor et il nous arrive évidemment de dire non. Nous avons des limites et il faut savoir rester dans celles-ci. De la même manière, il faut être sûr d’investir sur les bonnes personnes. Ce que nous faisons, ce n’est pas seulement d’investir sur des athlètes parce qu’ils ont du talent mais il faut qu’ils aient aussi une philosophie Nike. Qu’ils sentent qu’ils appartiennent à la famille Nike. Parfois, il y a des champions qui sont difficiles à gérer. Nike met autant d’argent sur la réputation, l’image que la performance d’un athlète. On investit autant sur la réputation que sur la performance.

– Avez-vous déjà trouvé un grand champion ?

Cela n’arrive pas souvent de trouver LE champion. Moi, ça m’est peut-être arrivé deux fois en dix ans. Ce n’est pas bien de dire les noms. Par exemple, Renaud Lavillenie ce n’est pas moi qui l’ai trouvé. Quand je l’ai connu il était déjà au top niveau. Ca m’est arrivé d’avoir trouvé de grands talents, j’en suis fier. Je ne veux pas dire de noms car chaque athlète doit se sentir champion. Je ne veux pas faire la différence.

« Je vois comment la perche est perçue depuis que Lavillenie est là »

– Quel bilan faites-vous des derniers Jeux olympiques de Rio ?

On est fiers que la France ait gagné six médailles dont cinq pour des athlètes Nike (Kévin Mayer, Mélina Robert-Michon, Renaud Lavillenie, Dimitri Bascou, Mahiedine Mekhissi, seul Christophe Lemaitre appartient à la marque Asics). Ca n’arrive pas souvent. Nous avons de bons athlètes. Mais pour ceux qui ont gagné cette année, ça sera compliqué de regagner dans quatre ans. Maintenant, l’objectif est de trouver des athlètes pour égaler voire doubler ce nombre de médailles. Il faut trouver ceux qui vont gagner en 2020.

-En général, quel regard portez-vous sur l’athlétisme actuel ?

Pour moi, un athlète comme Wayde van Niekerk (champion  olympique et recordman du monde du 400 m à Rio), il n’appartient pas à Nike mais c’est la grosse performance des derniers Jeux olympiques. Quand nous sommes au stade et qu’il est plein pour voir Usain Bolt c’est bien. C’est une personne qui fait du bien à notre sport. Tout comme le fait Renaud Lavillenie. J’ai connu l’ère de Sergueï Bubka. Avec Renaud, je vois comment maintenant la perche est perçue ici. Je vis en Italie et je travaille en France. Ce sont des choses qui m’enrichissent beaucoup. Chaque jour il faut apprendre.

« Sur le demi-fond la France est en difficulté »

– Quel est votre position par rapport au dopage qui gangrène le sport et notamment l’athlétisme ?

Nous reconnaissons évidemment qu’il y a du dopage. Mais nous sommes loin de ça. Nous sommes comme des spectateurs. Nous voyons un talent, on se dit que c’est un talent. Mais si derrière ce n’est pas ça, on ne peut pas le savoir. Nous avons des contrats qui disent que quand un athlète est dopé, c’est lui qui prend le risque, ce n’est pas la compagnie. Le problème c’est qu’on a investi pour la réputation d’un athlète et que s’il tombe dans le dopage, malheureusement, nous n’avons pas de retour sur ce que nous avons investi sur lui. Donc j’espère que tous les athlètes qui sont sous mes contrats ne seront pas un jour confrontés à une histoire de dopage

– Votre rôle est de trouver des champions. Qui seront ceux de demain et où se trouvent-ils ?

Ca dépend des disciplines. Pour le saut en hauteur, l’Italie est l’un des meilleurs pays au monde. Pour la France, le 110 m haies est la meilleure discipline. La perche française est également une discipline qui a une énorme tradition. Sur le demi-fond, la France est en difficulté mais je vois le travail qui est fait avec la Fédération et l’Etat. Il y a des talents. Les athlètes sont des professionnels. Il y a par exemple Pierre-Ambroise Bosse qui est un gros talent. Malheureusement, pour le moment, sur les grands moments il n’est pas là. Les athlètes apprennent de leurs erreurs. Donc je pense qu’un jour, il va y arriver. Vous avez aussi Jimmy Vicaut sur la vitesse, Mélina Robert-Michon sur les lancers. Mélina ce qu’elle a fait, peu d’athlètes l’ont fait.

« Certains athlètes pensent que c’est toujours mieux ailleurs »

– Vous citez Pierre-Ambroise Bosse qui a été sponsorisé chez vous avant de partir en début de saison dernière chez Puma. Vivez-vous ces départs comme des défaites ?

Les athlètes, malheureusement, quand ils sont jeunes, tu ne peux pas entrer dans leurs têtes. Ils pensent que c’est toujours mieux ailleurs. Mais au final, en le faisant, ils peuvent se rendent compte qu’ils ont fait des bêtises et qu’ils ont laissé passer des bonnes choses.

– Vous avez été champion olympique du 5 000 m en 1996 (records : 3’29’18 sur 1 500 m, 7’34’’03 sur 3 000 m et 13’03’’29 sur 5 000 m). Aujourd’hui, à 42 ans, continuez-vous de courir ?

J’espère faire encore des courses à 80 ans. Quand tu as été un champion, tu dois toujours garder la même forme, le même style sinon tu ne peux pas être crédible. On ne peut pas faire que de la théorie avec les athlètes. Il faut être en mesure de montrer qu’on est encore dans la pratique. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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