Unirun

Les athlètes d’Unirun sur la première marche du podium lors de leur victoire à l’Ekiden de Paris.

 

L’association Unirun, créée par Philippe Plancke depuis deux ans fait parler d’elle sur et en dehors des courses.

Depuis deux ans, vous avez sûrement déjà croisé ces maillots bleus au design tendance. Surtout, qu’ils trustent la plupart du temps les podiums des courses auxquelles ils participent.

Ces femmes et hommes en bleus ne sont pas des extraterrestres mais seulement des athlètes qui ont décidé de rejoindre Unirun, l’association créée par Philippe Plancke. Fondée en janvier 2014, Unirun n’est pas un club d’athlétisme comme on pourrait le penser mais seulement une association qui apporte un soutien à ses membres. « Je sentais qu’il y avait un besoin de créer une association pour regrouper des athlètes qui aspirent au haut niveau, explique Philippe Plancke. Sur le Dunkerquois, il y a de quoi regrouper du monde, seulement, il manque les structures pour aider ces athlètes qui veulent atteindre le haut niveau. »

Entraineur pendant plus de quinze ans au club de Dunkerque, Philippe Plancke tente dans un premier temps de se rapprocher de son club et de la ville pour décrocher des aides afin d’aider ses athlètes. En effet, depuis quelques années, son groupe de coureurs s’est étoffé et il entraine des pointures comme les Rwandais Dieudonné Disi (marathon : 2h12’51 (2009), semi-marathon : 59’32 (2007), 10 km : 28’25 (2008)) Gervais Hakizimana (semi-marathon : 1h02’43 (2007), 10 km : 29’08 (2010), 3000 m steeple : 8’39’’05 (2011)) ou encore Jean-Damascène Habarurema (marathon : 2h12’40 (2013), semi-marathon : 1h03’35 (2012)), Rwandais naturalisé Français en 2012. « Je voulais les faire entrer au club de Dunkerque au moment des Jeux olympiques de Londres. C’est un sport qui reste un peu délaissé par rapport aux sports collectifs sur le Dunkerquois. C’était une opportunité pour mettre en avant l’athlétisme en ayant des athlètes au club qui avaient la possibilité d’aller aux Jeux. Mais je n’ai pas été vraiment soutenu par mes dirigeants ni par les élus. Comme on ne pouvait pas avoir d’ambitions sportives, on a décidé de partir sur Lille, pour trouver un club qui avait plus de moyens. J’espérais trouver là-bas des aides plus conséquentes pour les athlètes comme Gervais Hakizimana ou Dieudonné Disi. Il s’est avéré que je n’ai pas trouvé de solutions pour les héberger sur Lille et donc il fallait une solution pour les aider. Donc c’est là qu’a germé l’idée de créer Unirun. »

Un soutien financier local

Egalement composée de très bons coureurs régionaux comme Romain Heschentier, Ludivine Lacroix (qui privilégie sa carrière professionnelle actuellement) ou Jérémy Carrier, l’association Unirun prend donc forme. « L’idée était de trouver les financements pour accompagner les athlètes dans des stages, leur permettre de participer à des grandes classiques en France pour se confronter au haut niveau et se décomplexer. »

Mais, malgré l’énergie déployée par Philippe Plancke, les sponsors ne se bousculent pas. « Pour le moment, on n’a qu’un vrai partenaire en la personne de Patrick Guerbette, un entrepreneur de Lomme-Plage qui est un passionné d’athlétisme. On s’était rencontrés en 2009, et il m’avait dit que si un jour j’avais besoin de lui que je n’hésite pas à l’appeler. Et donc quand j’ai créé l’association, j’ai essayé de l’appeler. On s’est vus et il nous a donné de quoi démarrer. Ca fait deux ans qu’il nous suit et on espère qu’il va pouvoir poursuivre son aide. J’ai peu de temps libre entre mon métier, la casquette de président de l’asso, celle d’entraineur et ma vie de famille. On essaie de structurer l’association avec des personnes compétentes pour aller chercher des partenaires car on est encore très amateur dans ce secteur-là. »

Pourtant, avec plus de 80 adhérents aujourd’hui, contre 40 la saison passée, l’effet Unirun se fait ressentir dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais évidemment, tous ces coureurs n’aspirent pas tous au haut niveau. « C’est une structure où des gens frappent à la porte même s’ils n’ont pas un grand niveau, rapporte Philippe Plancke. Ils veulent simplement progresser et partager les valeurs de l’association. Cela devient des supporters du team haut niveau. J’ai toujours eu cette philosophie de dire qu’on a besoin de tout le monde. Quelque soit le niveau, on apporte tous sa pierre à l’édifice. »

Unirun

Le groupe d’entrainement de Philippe Plancke (au centre) ne cesse de remporter des médailles.

 

Une image d’équipe soudée qui a atteint son point d’orgue lors du dernier Ekiden de Paris avec une victoire de la team Elite d’Unirun et la présence de deux autres équipes des « Bleus ». « En deux ans de temps, on a pu vivre de belles expériences, se remémore Plancke. La victoire à l’Ekiden de Paris le 1er novembre dernier a été vraiment une communion entre la team haut niveau et les deux autres équipes de l’association. »

Des sourires qui ne cachent pas les difficultés qu’éprouvent Philippe Plancke et sa team pour exister. « On apporte un service aux clubs, se défend Plancke. Certains clubs le voient aussi d’un mauvais œil car ils pensent qu’on est des concurrents. C’est vrai qu’à Lille ils font un peu la tronche quand on court avec le maillot d’Unirun et pas le leur. Mais, évidemment, les athlètes mettent le maillot de leurs clubs pour les championnats. »

Peu suivis par les collectivités locales

Un manque de reconnaissance qui se ressent également au quotidien, quand, faute de local, les membres de l’association se changent sur les parkings ou se retrouvent à faire de la PPG dehors en plein hiver. « Depuis que j’ai créé Unirun, je suis interdit de stade, déplore Philippe Plancke. Après quinze ans de bons et loyaux service au club de Dunkerque, je me suis retrouvé du jour au lendemain l’ennemi juré. Je leur proposais même de continuer à entrainer des athlètes du club tout en étant à Unirun mais ils n’ont pas voulu. Aujourd’hui, je suis un traitre. Mais l’association commence à être reconnue par la municipalité. On n’a pas encore de salle pour pouvoir faire la PPG mais on a réussi à avoir un accès à la piscine Asseman pour l’espace de détente. Petit à petit on commence à être reconnus. Nos résultats nous crédibilisent. »

Une crédibilité qui dépend en grande partie de la bonne programmation effectuée par le coach Plancke. Habitué à gérer des athlètes de haut niveau à distance, il possède aujourd’hui une grande expérience de l’entrainement. «  J’ai décidé de passer les diplômes fédéraux après avoir rencontré Dieudonné Disi. Il avait fait les Jeux d’Athènes en 2004. Moi je n’avais entrainé que des athlètes locaux donc c’était une grosse responsabilité. En 1994, j’ai pris en main l’entrainement à Dunkerque. En 2011, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour passer mon brevet d’état au CREPS de Wattignies. J’étais arrivé un moment de ma carrière professionnelle où j’avais de toute façon besoin de faire une pause. Et dans la foulée je suis parti un mois au Kenya avec Régis Lacombe et Gervais Nizizizi. J’ai rencontré Brother Colm à la Saint-Patrick School. J’ai pu rencontrer Rudisha. Ma méthode je la prends de toutes mes expériences. Comme en cuisine, je fais mes propres recettes pour proposer un maximum de variétés à l’athlète, pour que ce soit le plus ludique possible. »

Créer un partenariat avec le Rwanda

Athlète de bonne facture (2h20 au marathon, 30’12 sur 10 km), Philippe Plancke souhaite, par le biais d’Unirun, permettre à des athlètes de franchir le cap du haut niveau, chose qu’il n’a pas pu faire en son temps. « En 1990, j’ai fait mon premier marathon (24 ans). L’objectif était d’aller chercher 2h16 mais derrière la vie de famille, le travail, les blessures, je n’ai pas pu aller plus loin. Et c’est aussi pour ça que je veux améliorer les conditions d’entrainement de mes athlètes. Faire en sorte d’encourager l’athlète pour aller vers le haut niveau. Beaucoup de jeunes arrêtent l’athlétisme pour faire des études. Donc derrière ça, le but est aussi de trouver des solutions d’accompagnement entre les études, la course à pied et peut-être les accompagner vers l’emploi. A terme, le but serait de trouver des partenaires privés pour soutenir des athlètes et obtenir des emplois avec des horaires aménagés. Et pourquoi pas de créer un pôle en partenariat privé/public qui pourrait fonctionner comme un CREPS. Le rêve serait une école d’athlétisme. »

Un rêve d’école d’athlétisme que le président d’Unirun rêverait voir également se développer en Afrique, et plus particulièrement au Rwanda. Un pays avec lequel il a tissé des liens très forts via les athlètes rwandais qu’il entraine. « On pourrait emmener un groupe d’Unirun à Iten au Kenya ou au Rwanda car j’ai une vraie attache avec les Rwandais. Pourquoi pas créer une section Unirun à Kigali pour faire un jumelage sportif. Ca serait vraiment le rêve de pouvoir créer un lien avec ces pays. On ne fait rien pour détecter les athlètes au Rwanda. Il y a la possibilité de réaliser de belles choses là-bas. »

Pour l’heure, les priorités sont plus centrées sur l’entrainement quotidien, avec la préparation des athlètes pour la saison de cross. Même si Philippe Plancke ne manque pas une occasion de faire parler de son association. « Un projet de nouveau stade d’athlétisme est à l’étude sur Dunkerque. On essaie d’intégrer la commission pour donner notre avis de connaisseur. »

Une voix qui sera de plus en plus écoutée au fil des résultats. Une qualification aux Jeux olympiques de Rio de Jean-Damascène Habarurema sur marathon (il tentera sa qualification le 10 avril à Rotterdam) pourrait être un bon vecteur de communication.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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