Stella Akakpo

A la suite de son record personnel au meeting de Metz, Stella Akakpo a mis du temps à sécher ses larmes.

 

Supersonique en finale du 60 m du meeting de Metz (7’’12), Stella Akakpo (21 ans) a été prise par l’émotion une fois la ligne franchie. Une deuxième place synonyme de victoire sur elle-même, pour la protégée d’Olivier Vallaeys à l’INSEP.

Le retour dans son clan a été beaucoup moins rapide que son aller vers la ligne d’arrivée. Aspirée par la foulée de l’Ivoirienne Marie-Josée Ta Lou (7’’09), Stella Akakpo bouclait la finale du 60 m du meeting de Metz en 7’’12, record personnel explosé (7’’19 au meeting de Reims le 17 février). Un temps dans l’expectative, la sprinteuse de l’Amiens UC découvrait avec bonheur son chrono sur le panneau lumineux. Il n’en fallait pas plus pour que ses yeux s’embrument et que sa démarche devienne d’un coup plus incertaine, comme mise K.-O. par sa propre performance. « Je ne m’attendais vraiment pas à faire un chrono comme ça », avouait-t-elle de longues minutes après l’exploit.

Deux saisons compliquées

Un peu perdue, l’Isarienne d’origine tombait alors dans les bras de son entraineur Olivier Vallaeys, pour une étreinte pleine d’émotion. « Quand ça arrive on est contents, lâchait le coach aux yeux rougis. Evidemment qu’il y a de l’émotion car il y a eu beaucoup de questionnements sur les deux années qui viennent de passer. Ca prouve qu’elle avait raison de travailler. C’est parfait ! »

Une perfection atteinte après deux années compliquées où la championne d’Europe juniors 2013 du 100 m, n’a jamais trouvé sa place dans le monde des grands. « Ca fait un moment que je galère. Depuis que j’ai fait championne d’Europe juniors c’est long. Mon passage chez les seniors a été compliqué. Parce qu’on me répète que j’ai des qualités, que j’ai du potentiel mais que j’ai du mal à maîtriser mes émotions sur la piste en compétition. Je sais que j’ai fait des choses vraiment énormes à l’entrainement et que j’avais du mal à le reproduire en compétition. Le reproduire là, aujourd’hui (dimanche 21 février), ça me fait vraiment plaisir. »

« J’ai fait un énorme travail sur moi-même »

Olivier Vallaeys et Stella Akakpo

Les deux dernières saisons ont été compliquées pour Stella Akakpo et son entraineur Olivier Vallaeys avant que le sourire ne revienne.

 

Un long chemin qu’elle a parcouru avec son coach et son groupe d’entrainement de l’INSEP. « Je sais que j’ai fait un énorme travail sur moi-même. A prendre du recul sur tout ce qui se passe. L’athlétisme c’est un sport très compliqué : ce n’est pas soit c’est bien, soit c’est mauvais. Quand on voit les résultats sur le papier on juge assez facilement en disant que c’est bon ou mauvais. Il faut prendre tout dans son ensemble. J’ai réussi psychologiquement à prendre du recul sur tout ce que je fais à l’entrainement. » « On l’avait vu il y a deux ans faire des choses exceptionnelles, continue Oliver Vallaeys. Elle a mis beaucoup de temps à digérer ça. On a travaillé sur de la stabilisation, c’est le travail qui paie. »

« Je me suis mis beaucoup de pression »

Héroïne nationale pour quelques heures à la suite d’un relais argenté aux Championnats du monde de Moscou en 2013 (la France avait été disqualifiée après le podium pour passage de témoin hors zone), la jeune Akakpo avait eu du mal à enchainer. Qualifiée seulement pour les relais lors des deux derniers grands championnats estivaux, ses performances individuelles l’ont laissée sur sa faim malgré une médaille de bronze aux Championnats d’Europe espoirs de Tallinn (Estonie) en 2015. « Le fait d’être sous le feu des projecteurs m’a un peu desservie. Je me suis mis beaucoup de pression toute seule. Alors qu’au final on sait ce que je vaux à l’entrainement. J’étais trop focalisée sur les regards. Aujourd’hui j’arrive vraiment à me concentrer sur ce que je sais faire. Si je sais le faire à l’entrainement, je ne vois pas pourquoi ça ne sortirait pas en compétition. »

Une sortie au-delà même de ses espérances – « je m’attendais plus à courir dans les 7’’20 qu’en 7’’12 » – qui lui offre de belles perspectives en cette année olympique. « Là, elle fait des temps qui vont l’amener sur de très belles performances cet été, annonce Olivier Vallaeys. Si elle reste à ce niveau là, elle peut prétendre à de très belles choses et faire les qualifications assez facilement. Il y a d’autres choses qui l’attendent. »

Stella Akakpo

Stella Akakpo aborde les compétitions différemment cette saison.

 

A commencer par un titre aux Championnats de France Elite de ce week-end à Aubière, si elle décide de s’aligner sur le 60 m. « Je ne sais pas encore sur quelle discipline je vais m’aligner pour les France, si je vais faire le 200 et le 60 ou que le 200 pour m’amuser. Ou si mon coach va vouloir que je fasse le 60 pour confirmer. »

Impasse sur les mondiaux ?

Une discussion qui prévaudra également pour les Championnats du monde en salle de Portland puisque ses 7’’12 propulse l’Amiénoise au sixième rang mondial cet hiver. « En début de saison, j’avais dit à mon coach que peu importe l’issue de la saison hivernale, je n’avais pas envie d’aller à Portland par rapport aux échéances de cet été. Maintenant, à la vue du chrono que j’ai fait aujourd’hui, je ne sais pas s’il aura un discours différent et des arguments qui vont me faire changer d’avis. Il ne m’impose pas les choses car il sait très bien que je fais les choses quand j’en ai envie sinon ça ne donne rien. »

De l’envie elle ne devrait pas en manquer cet été. « J’ai déjà envie de me tourner vers la saison estivale. L’hiver c’est un passage mais ce n’est pas une priorité. »

Son chemin sera sûrement accompagné de nouvelles larmes mais pour l’instant celles-ci sont de celles qui font du bien. « Le haut niveau c’est forcément des doutes, des grandes déceptions et des grandes joies, résume Vallaeys. Là pour l’instant tout va bien ! »

Le tir à l’arc a failli tout gâcher
Le samedi 13 février dernier, le groupe d’Olivier Vallaeys a au programme une séance de sprint. Mais ce jour-là, le virage qu’ils occupent habituellement est réservé pour une compétition de tir à l’arc. « Samedi dernier il y a eu une grosse frayeur, avoue Stella Akakpo. J’avais une spé longue mais on a dû changer le lieu de l’entrainement. A l’échauffement, dès le premier virage j’ai senti mon adducteur et j’ai eu mal donc j’ai arrêté ma séance. Je n’étais pas très bien, je suis partie en pleurant parce que j’avais vraiment mal. Le médecin m’avait annoncé soit une élongation soit une petite déchirure donc c’est vrai qu’on a passé un week-end assez dur avec mon coach. Le lundi j’ai fait un examen qui n’a révélé qu’un grade 1. Au final, tout le monde m’a déconseillée de courir mercredi à Reims. Je ne sais pas pourquoi pas j’avais vraiment envie de courir. Ils étaient tous en panique, mon kiné, mon coach. C’est pour ça que j’ai fait que la série. Je cours dans l’axe donc je n’ai pas mal sur le 60m. »

 
Photo de Une : Copyright : Track and Life : Stella Akakpo (dossard 116) lors du meeting de Metz.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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