Romain Collenot-Spriet

En pleine préparation foncière, Romain Collenot-Spriet a terminé cinquième du meeting de Metz (21 février) sur 3000m en 8’06’’86.

 

Outsider sur le cross long des Championnats de France ce dimanche (6 mars), Romain Collenot-Spriet aborde cette saison olympique avec une structure d’entrainement modifiée et un nouvel état d’esprit.

Son nom est évidemment cité parmi les favoris pour un podium ce dimanche aux Championnats de France de cross au Mans. 18e des derniers Championnats d’Europe de cross de Hyères, Romain Collenot-Spriet aura des armes à faire valoir malgré son manque d’expérience sur la distance reine. « Je me sens très bien. J’ai fini ma préparation foncière vendredi dernier (26 février). Tous les voyants sont au vert. Je me sens bien sur le long. Ce n’est pas plus dur que le court, c’est juste une question d’entrainement. Je n’ai pas de pression. Je viens valider mon travail hivernal. Après, j’ai fait cinquième Français aux Europe donc je vais essayer d’accrocher le top 5 ! »

France de cross : objectif top 5

Médaillé à tous les championnats de France de cross auxquels il a participé depuis 2009, le steepleur veut confirmer les progrès qu’il a entrevus depuis septembre. « Je veux valider mes progrès dans le secteur foncier, explique-t-il. J’ai passé un palier supplémentaire par rapport aux années précédentes, et même par rapport à mon niveau des Europe. Je vois le cross comme une préparation pour l’été. C’est juste ma récompense de tout le travail accompli. Maintenant, j’ai juste envie de courir. »

Une joie de chausser les pointes qui l’avait quitté la saison dernière. Fatigué, lassé, exaspéré, il a traversé 2015 comme un fantôme, malgré une deuxième place aux France de cross court – « un leurre » – et un 3 000 m steeple en 8’38’’3 au meeting de Montbéliard, le 5 juin. « 2015 a été une saison compliquée, avoue le quatrième des championnats d’Europe espoirs en 2013 sur le steeple. J’ai eu du mal à me motiver. Les affaires de dopage dans le milieu de l’athlétisme m’ont un peu dégouté. Dès ma première course, j’ai senti que je n’étais pas dedans. J’ai voulu stopper ma saison mais j’ai continué jusqu’aux France (5e en 8’48’’49) par respect pour ceux qui me suivent. J’avais qu’une hâte : arrêter ma saison, prendre trois semaines de repos et repartir sur une nouvelle dynamique avec un entrainement bien structuré. »

« Soit j’arrêtais, soit je me donnais les moyens de réussir quelque chose »

Une remise en question qui aurait pu le faire quitter les pistes d’athlétisme. « J’ai eu envie de couper avec la course à pied. Mais c’était bien beau de dire que j’étais dégouté, il fallait trouver une solution. Soit j’arrêtais, soit je me donnais les moyens de réussir quelque chose.  Je fais du haut niveau depuis 2009, je ne voulais pas avoir fait tous ces efforts pour rien. »

Entrainé depuis toujours par Cyrille Nivault à l’AJ Blois-Onzain, Romain Collenot-Spriet a décidé de se rapprocher de Pascal Machat, le responsable national des jeunes demi-fondeurs à la Fédération française d’athlétisme. « L’arrivée de Pascal dans ma structure a amené un changement de philosophie. Au niveau de l’entrainement j’avais besoin d’un renouveau. La méthode de Cyrille avec peu de kilomètres (environ 70 km/semaine) et beaucoup de qualité avait marché à une époque. C’était bien pour faire des choses intéressantes chez les jeunes. Mais pour atteindre le très haut niveau ce n’était pas assez structuré. »

Fini donc les pointes trois fois par semaine et les séances au taquet. Place aux kilomètres, rien qu’aux kilomètres pendant presque six mois. « J’ai dû mettre les pointes trois fois depuis septembre, sourit Collenot-Spriet. Je cours entre 120 et 150 kilomètres par semaine avec 45’ de seuil dans certaines séances. Je ne connaissais pas du tout ce type de travail. D’ailleurs, je pense que si je faisais un semi-marathon dimanche je serais bien (rires). »

Romain Collenot-Spriet

Romain Collenot-Spriet s’est astreint à un régime riche en kilomètres durant tout l’hiver.

 

A 100 % dans l’athlétisme

Outre Cyrille Nivault et Pascal Machat (planification et mise en place du plan), Romain Collenot-Spriet peut compter sur François Tomal et son vélo. « François c’est l’œil au quotidien. Tout seul je ne suis pas sûr que je me lèverais à 6h30 pour aller faire 3×15’ de seuil à 19,5 km/h. Je resterais peut-être dans mon lit. »

Une douleur qu’il repousse au quotidien en pensant aux anneaux olympiques. « Je fais le boulot à 100 %, que ce soit au niveau de l’entrainement, des soins ou de la récupération. Il y a des jours où je finis sur les rotules mais je ne vais pas abandonner. J’ai mis mes études de médecine (4e année) de côté car je ne pouvais pas tenir physiquement avec des stages ou des gardes à l’hôpital, où l’on reste huit heures d’affilée debout. »

Néanmoins, le futur médecin n’a pas délaissé les bancs de l’école pour autant, puisqu’il suit une licence d’économie qui lui ravit 30 heures de son temps par semaine. « Je suis assis dans l’amphi ce n’est pas gênant. Et j’ai toujours fonctionné comme ça. Je ne pourrais pas faire qu’une préparation d’athlète. J’ai besoin d’avoir une activité intellectuelle sinon je ne me sentirais pas bien. »

Les Jeux olympiques : « j’y crois vraiment »

Un emploi du temps surchargé qu’il concilie parfaitement même si la fatigue commence à se faire sentir. « Je vais faire une petite coupure après les France. Je commence à ressentir de la lassitude. Mais quand je vois ce que j’ai fait à Metz (5e du 3 000 m en 8’06’’86) sans travail spécifique, ça me donne envie d’être à cet été. »

Un été qu’il abordera différemment des autres années. Proche des minima pour les Championnats d’Europe de Zurich en 2014 (8’29’’99 contre 8’25), il n’avait pas trouvé de courses pour faire encore descendre son chrono. « Ca m’avait frustré car je pense que j’avais les moyens de faire les minima. A moi de rentrer plus tôt dans la saison pour trouver de bonnes courses. Nous allons anticiper le calendrier. »

Un agenda sur lequel il a évidemment coché les Jeux olympiques de Rio (5 au 21 août prochain). « Je sais comment j’ai fait mes 8’29 (8’29’’99, record personnel en 2014). Si je me lève tous les matins c’est pour réaliser mon rêve. J’ai peut-être une chance d’y aller. Bien sûr que ça va être difficile de faire 8’22 (minima pour les JO). Mais avec l’évolution que j’ai, j’y crois vraiment. Je suis sur la bonne voie. »

Rêve d’enfant brisé

Jeux olympiques ou pas, la saison 2016 lui servira de révélateur. « Je ferai un bilan à la fin de la saison. On verra en fonction de mes envies mais il n’y a aucune certitude pour que je continue. » Sceptique sur le milieu de l’athlétisme, Romain Collenot-Spriet ne se voit pas courir après des rêves inatteignables. « Je pense avoir le potentiel pour aller aux JO. Mais mon rêve d’enfant c’était d’être champion olympique. Mais il faut être lucide, je ne le serai jamais, surtout quand on voit toutes les histoires de dopage. Je n’ai plus les mêmes rêves. J’ai découvert des choses assez dures. Je ne sais pas si je resterai motivé en me disant que j’aurais pu faire mieux sans les tricheurs. C’est dur de rester dans l’ombre de ceux qui ne respectent pas les règles. »

Une perte d’insouciance vis à vis de son sport qui a également modifié sa perception de la compétition. « J’ai changé d’approche. Je ne cours plus comme avant. Je considère la compétition comme l’aboutissement des efforts fournis à l’entrainement. Je déborde d’envie et je ne lâcherai rien. »

Surtout qu’au vu des efforts fournis depuis septembre, on imagine son niveau actuel d’envie. Ses adversaires de dimanche sont prévenus.

 

Photo de Une : Championnats de France de cross court 2013.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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