Riad Ouled

Habituellement rasé de près, Riad Ouled est obligé de se rendre à son travail à l’école de management du sport AMOS de Paris, avec une barbe fournie, la faute à un pari perdu avec Florian Carvalho.

 

Personnage incontournable de l’athlétisme français, Riad Ouled s’exprime sur son plaisir d’évoluer au plus près de ses athlètes.

Pour les passionnés d’athlétisme son visage n’est pas inconnu. Très présent sur les compétitions, Riad Ouled est toujours là où ses « gars » – comme il dit – courent. Discret sur son rôle, ce grand gaillard de 35 ans est le manager de plusieurs étoiles de l’athlétisme français et en particulier de demi-fondeurs. Une écurie racée qui regroupe entre autres Florian Carvalho, Rénelle Lamote ou encore Morhad Amdouni (voir par ailleurs). « J’ai vraiment une équipe de dingues, souligne Riad Ouled. Quand je prends du recul, je me rends compte que c’est quasiment que du demi-fond. Mais c’est ce qui me fait vibrer ! »

Une passion pour l’effort d’endurance qu’il a développée dès son plus jeune âge du côté de Fontainebleau et du club de l’Athlé Sud 77. Originaire d’une famille nombreuse, le jeune Riad Ouled trouve en Thierry Choffin, entraineur de demi-fond au pôle d’athlétisme, « un deuxième père ». Après des débuts prometteurs, il s’envole pour les Etats-Unis pour conjuguer études et sport de haut niveau. Mais son corps en a décidé autrement. Victime de deux ruptures du tendon d’Achille à un an d’intervalle sur la même compétition, il décide de raccrocher les pointes. « Sportivement, j’ai d’énormes regrets, avoue Ouled. Si j’avais été sérieux avec Thierry Choffin, je pense que j’avais le talent pour faire ce que mes athlètes font aujourd’hui. Mais avec mes deux ruptures complètes (droite et gauche), j’ai dit stop. »

Diplôme en poche, Riad Ouled revient en France pour vivre de sa passion, mais autrement. Ami proche de Mounir Yemouni (international français sur 1 500 m, 3’32’’97 en 2004), il décide pendant une saison de l’aider à se qualifier pour les Jeux olympiques de Pékin. Il met en place autour du coureur une cellule d’entraineurs et coordonne le tout. Mais il se rend vite compte que ce travail d’optimisation du plan d’entrainement n’est pas pour lui. C’est là qu’il se tourne vers le conseil auprès d’athlètes.

« Je n’ai jamais touché un euro de la part d’un athlète »

Un rôle de manager qui gêne dans le milieu fédéral. « Quand je suis arrivé des Etats-Unis, j’ai voulu travailler dans ce monde-là, se souvient Riad Ouled. J’ai mis les deux pieds dans le plat. Je voulais tout changer, tout rénover. Je me suis fait taper dessus par les autres agents. »

Non détenteur d’une licence d’agent certifiée par la Fédération française d’athlétisme (sa licence est reconnue par l’IAAF), Riad Ouled ne peut en effet exercer cette activité en France. « En France, il y a une législation qui dit que pour être agent sportif – c’est à dire mettre en relation un athlète avec un organisateur contre rémunération – il faut avoir sa licence, rappelle l’intéressé. Mais dans mon cas, il n’y a pas de rémunération. »

Une explication qui a mis du temps à faire son chemin dans un monde régi par l’argent et notamment parmi ses « collègues ». « D’autres agents vont voir mes athlètes pour leur dire de ne pas travailler avec moi, s’insurge Ouled. Je suis un gentil, je ne fais chier personne. Mon bonheur passe par l’épanouissement de mes athlètes. Je n’ai jamais touché un euro de leur part. »

Agent officiel de football (licencié aux fédérations américaine, espagnole et anglaise), il gère Futur USA, une société qu’il a créée et qui s’occupe de plusieurs joueurs de football ainsi que d’envois d’élèves français aux Etats-Unis dans le cadre de bourses d’études. Il est également directeur d’agence au sein de l’école de management AMOS, située à Paris. « Sur ma boîte personnelle j’ai quatre employés avec lesquels on gère entre autres des footballeurs jouant au FC Nantes, Marseille ou encore Grenade. Le football c’est pour l’alimentaire. Pour le coup, je suis agent. »

« J’ai souffert pendant des années de l’image qu’on m’avait construite »

Des activités nombreuses qui lui permettent de vivre sa passion à fond, sans penser à l’aspect économique. « Je me paie mes déplacements sur les compétitions. J’ai un gros budget qui part dans mes voyages. Ce sont mes plaisirs. C’est ce qui me fait avancer. J’ai souffert pendant des années de l’image que l’on m’avait construite comme étant le mec qui tourne autour des athlètes. Avant, je prenais tout au pied de la lettre. J’avais peur qu’on dise de moi que j’étais celui qui était à la recherche d’argent. J’avais une boule au ventre sur les compétitions. Maintenant, je fais mon truc tout seul, je vis avec mes gars. Je suis un pont entre plein de monde : mes athlètes, mes connaissances, l’école. J’ai trouvé la bonne synergie. J’ai aussi bénéficié de la crédibilité de certaines personnes comme Florian Carvalho et Rénelle Lamote. »

Lié depuis ses années d’athlétisme à Thierry Choffin, Riad Ouled possède des entrées privilégiées dans le vivier d’Athlé Sud 77. C’est là qu’il a découvert Rénelle Lamote, nouvelle star française du 800 m ou d’autres futurs cracks comme Emma Oudiou, Louis Gilavert ou encore Johanna Geyer-Carles. Très proche également de Florian Carvalho (vice-champion d’Europe du 1500 m en 2012), il compte aussi dans ses rangs Morhad Amdouni ou Hassan Chahdi, deux piliers de l’équipe de France. « C’est grisant quand on te demande ton avis sur telle ou telle chose. J’ai gagné de la reconnaissance. »

Car avant d’être leur conseiller, Riad Ouled est avant tout un grand frère pour tous ces athlètes. « Trouvez un athlète qui a voulu me quitter, glisse-t-il. Si tu en trouves un qui dit qu’avec moi ce n’était pas une bonne expérience, j’arrête ce que je fais. On a des liens d’amitié. J’ai fait les mariages de tout le monde. Je vois grandir leurs enfants. Il y a une émulation entre les athlètes du groupe. La saison passée, Florian Carvalho était blessé et Morhad Amdouni prenait souvent de ses nouvelles. Ca me fait vibrer. C’est largement suffisant. »

« Ma récompense sera lors des Jeux olympiques avec les 2’ de course de Rénelle et les 1 500 m de Florian et Morhad. »

D’ailleurs, chaque saison, la « Team Ouled » se retrouve au 10 km de Paris au mois d’octobre pour faire le point sur la saison mais surtout pour passer un bon moment. « On court puis on va manger ensemble. »

Une date de plus cochée sur le calendrier surchargé de ce passionné, qui ne compte pas ses heures, toujours présent pour répondre aux demandes de ses poulains, à toutes heures du jour ou de la nuit. « Je vis une vie d’athlète de haut niveau par procuration, avoue-t-il. C’est un manque que je comble. Les gens me disent que je n’ai pas de vie à côté du boulot. Mais la victoire de Florian c’est aussi la mienne. Il y en a qui trouve ça honteux. Je vis la vie d’un autre avec une autre personne. Je le vis bien. C’est grisant. »

En pleine préparation des saisons hivernale et estivale sur des feuilles Excel remplies de dates de meetings, Riad Ouled a déjà la tête tournée vers Rio. « Ma récompense sera lors des Jeux olympiques avec les 2’ de course de Rénelle et les 1 500 m de Florian et Morhad. »

Du plaisir peut-être dupliqué si certains de « ses gars » venaient à valider d’autres billets pour le Brésil.

Une écurie de champions
Comme il le dit lui-même, Riad Ouled s’occupe essentiellement d’athlètes de demi-fond. Il gère en effet les carrières des athlètes suivants : Florian Carvalho (1 500 m), Morhad Amdouni (1 500, 5 000 m), Hassan Chahdi (cross, route), Bryan Cantero (1 500 m), Paul Renaudie (800 m), Léo Morgana (800 m), Louis Gilavert (steeple), Yani Khelaf (1 500 m), Rénelle Lamote (800 m), Emma Oudiou (steeple), Johanna Geyer-Carles (1 500 m), Camille Laplace (800 m), Deborah Sananes (400 m), Carole Zahi (100-200 m).

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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