Toumany Coulibaly

Aujourd’hui, Toumany Coulibaly triple d’effort à l’entrainement pour retrouver l’équipe de France.

 

Le 8 mai dernier, lors du premier tour des Interclubs à Longjumeau, Toumany Coulibaly (28 ans) participait à sa première compétition depuis ses 45’’86 sur 400 m, réalisés au meeting de Marseille, le 6 juin 2015. Soit onze mois d’absence, dont la moitié a été passée en prison, pour cause de vols et braquages, que le champion de France Elite en salle 2015 a multiplié ces dernières années. De retour à l’entrainement depuis le mois de janvier, le coureur de l’ES Montgeron a pu reprendre une vie d’athlète dans le groupe de Patricia Girard. Auteur d’un chrono de 46’’13 ce dimanche au meeting de Forbach, il semble déjà être revenu à son meilleur niveau. Ce qui pourrait lui rouvrir les portes de l’équipe de France, en vue des Championnats d’Europe et des Jeux olympiques. Mais avec encore quatre jugements en attente au-dessus de la tête, Toumany Coulibaly ne sait pas de quoi demain sera fait. Rencontre.

– Track and Life : Dimanche, au meeting de Forbach, vous avez terminé deuxième du 400 m en 46’’13, êtes-vous satisfait de cette performance ?

« Deux jours avant la course, je ne savais pas si j’allais courir. Finalement, je suis venu mais j’avais pas mal de doutes liés à ma préparation. Je m’étais donc mis en tête que je voulais juste me faire plaisir, sans penser à un chrono ou à la place. Je fais une bonne course mais cela reste loin de mon niveau. D’habitude, je pars très fort et j’ai du mal à finir mon 400 m. Là, j’ai fini rapidement, ça veut dire que je ne suis pas parti. C’est donc de très bon augure pour la suite.

« J’ai beaucoup réfléchi à ma vie en prison »

– Pensez-vous être revenu au niveau qui était le vôtre la saison passée ?

L’année dernière, avec une préparation complète, j’avais fait le même chrono à la même période (46’’13 le 21 avril à Bamako). Là, en reprenant en début d’année, avec un rythme en montagnes russes au niveau de l’entrainement, c’est pas mal. J’ai eu beaucoup de coupures dans l’entrainement.

– Vous avez été incarcéré du mois de juin au mois de décembre 2015. Comment cela s’est passé ?

J’ai passé beaucoup de temps derrière les murs. J’ai beaucoup réfléchi à ma vie, ma famille, mes enfants, ma carrière sportive. J’ai travaillé mentalement. J’ai surtout réfléchi par rapport à mes enfants (il a trois enfants). Mes parents m’ont inculqué des valeurs strictes, que j’ai enfreintes. Pourquoi je l’ai fait ? Je ne sais pas. Mais ces six mois étaient bénéfiques. C’est grâce à ces six mois, qu’aujourd’hui je suis à ce niveau-là. Ca se trouve, si l’année dernière j’avais pu continuer ma saison et ne pas être incarcéré, j’aurais pris la grosse tête et je ne serais pas en mesure aujourd’hui d’être à ce niveau. Là, à chaque fois que je vais à l’entrainement, je triple d’effort pour revenir.

« Ce que j’ai fait est inacceptable »

– Vous dîtes avoir beaucoup réfléchi à votre vie. Quels enseignements tirez-vous de ce passé ?

J’assume entièrement les faits, que j’ai d’ailleurs reconnus. J’ai dû les payer et je continue de le faire. Aujourd’hui, on me voit avec un grand sourire sur les stades mais je souffre énormément. Je paie ma dette petit à petit. Mon but, aujourd’hui, n’est pas la gloire mais de donner des réponses à mes enfants. J’ai fait des bêtises mais je ne suis pas resté dans un cercle vicieux. J’ai reconnu les faits, je paie à juste prix ma peine. Je purge cette peine autrement que derrière un mur, mais c’est aussi dur.

– Justement, avez-vous peur du regard des gens sur les stades ?

Au début, c’est dur à porter. Mais si je reste braqué sur ça, si je n’assume pas le regard des gens, comment je vais pouvoir faire plaisir à mes enfants ? Il faut appeler un chat, un chat. Je suis Toumany Coulibaly. Ce que j’ai fait est inacceptable, impardonnable. On a tous des secondes chances. Moi, j’en ai eu plusieurs. Aujourd’hui, je la saisis. Donc j’assume ce regard. Je sors avec mes enfants au parc, je fais les magasins, je vis comme tout le monde. Je n’ai pas de honte.

« Il faut juste savoir rebondir »

– Vous donnez l’impression d’être une nouvelle personne, plus mûre.

Si j’ai un message à transmettre, c’est qu’il n’est jamais trop tard. On a le droit de faire des erreurs. J’en ai fait jusqu’à mes 27 ans. Mais il faut juste savoir rebondir et saisir les opportunités qu’on nous offre. Si j’ai un conseil à donner à ceux qui se retrouvent dans ma situation, c’est que, s’ils veulent avancer dans leur vie, il faut mettre cartes sur table. On a joué, on a perdu. Il faut se dénoncer et se laver de tous les soupçons envers les autres. C’est le seul moyen de passer à autre chose.

Toumany Coulibaly

Lors du meeting de Montgeron, Toumany Coulibaly avait terminé sixième du 250 m en 27’’36.

 

– Des jugements sont encore en cours vous concernant, ce qui signifie que vous pourriez retourner en prison. Comment vivez-vous cette situation ?

Je n’ai aucune peur. J’ai fait des bêtises. Je dois les assumer. Quand on vit ce que j’ai vécu entre les murs, une fois dehors, on savoure chaque seconde, chaque minute, chaque instant. Si ça doit tomber, je paierai autant qu’il le faudra. L’an dernier, j’étais au top de ma forme et malheureusement, je n’ai pas pu concrétiser le super boulot qu’on avait fait avec Patricia Girard. Sur le coup, j’avais beaucoup de regrets. Mais à un moment donné, il faut que j’avance. L’athlétisme n’est qu’un passage. Si je dois avancer avec l’athlétisme, j’avancerai avec l’athlétisme. Sinon ça sera avec un boulot. Mais autant que je purge ma peine maintenant, en étant jeune, pour pouvoir, à un moment donné, dire que j’ai payé ma dette, que l’ardoise est effacée.

« Si je vais à Rio, l’histoire sera magnifique »

– Avec vos récentes performances, vous redevenez un candidat à l’équipe de France en individuel et sur le relais 4×400 m. Vous y pensez ?

Je cours pour participer aux grands championnats de cette saison. J’essaie de courir pour le plaisir mais au fond de moi, j’ai des objectifs qui sont les Championnats de France Elite, les Championnats d’Europe et les Jeux olympiques. Je sais que je suis capable de faire les minima pour les Europe (minima : 45’’90, record personnel à 45’’74 en 2012). Mais je ne suis pas encore prêt à faire individuellement les JO (minima : 45’’10). Mais j’ai la chance que mes collègues aient bien bossé pendant mon absence, en qualifiant le relais. Maintenant, à nous de montrer qu’on a un niveau de finalistes olympiques.

– Etes-vous conscient que votre passé et votre situation judiciaire pourraient vous desservir en vue d’une prochaine sélection en équipe de France ?

Si les sélectionneurs pensent que j’ai le niveau mais que je ne suis pas apte à concourir pour la France, j’accepterai leur décision. Mais à condition qu’on me le dise de vive voix. Mais pas qu’on me dise : “c’est bien Toumany tu cours bien“ et qu’à la fin il n’y ait rien du tout. Si la Fédération considère que je ne peux pas courir pour elle, qu’elle me le dise clairement et je partirai sur un plan B.

– Après tout ce qui s’est passé, être du voyage à Rio pour les Jeux olympiques serait incroyable pour vous.

Si je vais à Rio, l’histoire sera magnifique. Malgré le manque d’entrainement, mes jambes et ma tête sont là. Si on mélange tout ça avec mon histoire, ça peut donner quelque chose de grand. »

Une liberté surveillée
Même s’il est sorti de prison en décembre dernier, Toumany Coulibaly n’est pas libre de faire ce qu’il veut. Il doit évidemment pointer tous les jours au commissariat de la ville où il réside (qu’il préfère garder secrète) mais il ne peut pas non plus quitter le territoire français. D’ailleurs, malgré des justificatifs, il a été mis en cellule durant plus d’une heure en Algérie au moment de passer la douane, alors qu’il se rendait en stage avec son groupe d’entrainement . « La justice ne me fait pas de faveurs. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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