Timothée Bommier

Timothée Bommier a quitté la piste pour se consacrer au marathon depuis la saison dernière.

 

Après une première expérience à Paris l’année dernière (2h16’36), Timothée Bommier est de retour dans la capitale pour franchir la barre des 2h15 sur le marathon. Vice-champion d’Europe de cross par équipes cet hiver (12e en individuel), le Clermontois semblait dans une grande forme avant qu’une petite blessure ralentisse sa préparation. Néanmoins, tout semble être rentré dans l’ordre, et c’est avec appétit – « j’ai envie d’en découdre » – qu’il attend le départ ce dimanche.

– Track and Life : Bonjour Timothée, dans quelle état de forme êtes-vous la veille du marathon de Paris ?

« Je suis plutôt confiant. J’ai réalisé une bonne préparation dans l’ensemble à la suite des Championnats d’Europe de cross où j’ai obtenu ma première médaille internationale (argent par équipes). Mais j’ai été freiné en janvier à la suite d’un coup sur le genou et d’une douleur au tendon d’Achille. J’ai fait le dos rond mais depuis le stage au Kenya au mois de février (avec son groupe d’entrainement), les sensations reviennent. Lors des quatre dernières semaines de préparation, j’ai senti que la fraicheur revenait suite au gros travail effectué au Kenya. Ma forme est passée au vert récemment, alors qu’au semi-marathon de Paris j’étais fatigué.

« L’année dernière j’ai connu l’enfer sur les derniers kilomètres »

– Quel sera votre objectif ce dimanche ?

Je pars pour faire moins de 2h15 (son record est de 2h16’36 en 2015). Je sais que je n’ai pas le niveau pour tenter les minima pour les Jeux olympiques de Rio (2h11’00). J’aimerais partir sur 1h05’45-1h06’10 au semi-marathon. Je vais pouvoir compter sur l’aide de mon collègue d’entrainement Masha Haile qui va servir de lièvre à Benjamin Malaty jusqu’au 15e kilomètre, avant de se laisser décrocher pour me récupérer, et m’accompagner jusqu’au 30e. Et je serai également avec Badre Zioini, qui part avec le même objectif que moi. L’année dernière, j’étais passé sur la même allure et j’étais encore sur des bases de 2h12-2h13 jusqu’au 35e kilomètre, avant d’exploser. Là, je pense être mieux, donc si la forme est là, ça peut sourire.

– Justement, la saison passée, vous avez connu le vrai mur pour votre première participation à un marathon. Qu’en retenez-vous ?

Malgré ma fin de course difficile, j’en garde un bon souvenir. J’avais abordé l’épreuve avec un peu de doutes liés à ma participation deux semaines auparavant aux Championnats du monde de cross en Chine (78e). J’avais peur de ne pas avoir récupéré. Mais finalement, j’avais été très bien jusqu’au 30e kilomètre avant d’avoir les jambes qui chargent. J’ai connu l’enfer sur les cinq-six derniers kilomètres mais ça m’a donné envie de persévérer sur la distance.

« C’est une aventure contre soi-même que j’avais envie de découvrir »

– Le marathon est une distance que vous avez découvert l’année dernière. Pourquoi avoir décidé de passer sur longue distance à 28 ans alors qu’on vous imaginait encore quelque temps sur 3 000 m steeple (8’37’’80 en 2009) ou 5 000 m (13’51’’64 en 2013) ?

Cela faisait une dizaine d’années que je faisais du steeple. J’aurais peut-être pu faire 8’25-8’30, mais à ce niveau-là, tu n’existes pas trop à l’échelle internationale. J’avais un besoin de changement. Je faisais toujours les mêmes meetings. Et je ne voulais pas monter trop tard sur marathon pour justement pouvoir profiter de mes meilleures années sur la distance. Le marathon est une distance mythique. Il y a un côté excitant. C’est une aventure contre soi-même que j’avais envie de découvrir.

– Quitte à délaisser la piste ?

Je garde toujours le contact avec la piste à l’entrainement. L’ambiance sur les meetings me manque quelque fois mais j’ai trouvé mon truc. Je trouve mon compte dans cette aventure de deux heures d’effort.

Timothée Bommier

Timothée Bommier possède un record à 8’37’80’’ sur le 3 000 m steeple.

 

« J’espère avoir une marge de progression sur la distance »

– Quelles sont, à terme, vos ambitions sur la distance ?

Mon ambition est de pouvoir faire un jour les minima olympiques. Mon idée est que dans trois, quatre ans, je puisse viser un grand championnat sur marathon. Je ne manque pas d’ambition. J’espère avoir une marge de progression sur la distance.

– Le marathon demande peut-être une préparation encore plus chronophage que les autres disciplines. Comment vous organisez-vous ?

Je suis conseiller sportif à la direction départementale de la jeunesse et des sports du Puy-de-Dôme (63). J’ai la chance depuis le 1er novembre (2015) d’avoir un détachement de 25 % sur mon temps de travail pour l’athlétisme, grâce à mon inscription sur les listes ministérielles de haut niveau. Ce sont en fait 50 jours que je peux poser dans l’année en plus de mes congés pour m’entrainer, partir en stage ou autres. Je ne m’entraine pas forcément plus qu’avant mais ça me permet de faire plus attention aux à-côtés, comme la récupération, les soins chez le kiné ou le sommeil.

« L’enjeu est d’être régulier au plus haut niveau »

– Avant, vous deviez donc jongler entre votre métier et votre pratique ?

J’ai toujours joué à fond la carte du double projet. De toute façon, j’étais bien obligé de gagner ma vie autrement qu’avec l’athlétisme car je ne suis pas champion du monde. Mais c’est un équilibre de vie. J’ai besoin d’autres nourritures intellectuelles que l’athlétisme. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui je suis à un carrefour.

– C’est à dire ?

Si je veux passer un nouveau cap, il faudra peut-être que j’aménage encore un peu mieux mon temps. Pourquoi ne pas passer sur un mi-temps ? Mais pour le moment, mon but est de garder cette convention qui dépend de mes résultats. L’enjeu est d’être régulier au plus haut niveau.

« Ma priorité ira au Europe de semi-marathon »

– Derrière le marathon de Paris, la saison est encore longue. Quels seront vos prochains objectifs ?

Tout dépendra de la façon dont je récupère du marathon. J’ai dans un coin de ma tête le semi-marathon des Championnats d’Europe d’Amsterdam. Si j’ai bien récupéré, je tenterai sûrement ma chance sur un semi. Mais à l’heure actuelle, cela serait prétentieux de dire que je peux y aller, vu que j’ai fait 1h05’53 à Paris et que les minima sont à 1h04. Le 10 000 m des Championnats de France est également une possibilité. Mais si les jambes vont bien, ma priorité ira aux Europe de semi.

– Pour revenir à demain, comment on se sent la veille du marathon de Paris ?

Je suis plutôt serein. En générale, on est rassurés par l’entrainement que l’on a pu faire durant la préparation. Et je sais que jusqu’au 30e, je serai facile sur mon allure de 3’10 au kilomètre, c’est mathématique par rapport à la préparation. C’est l’allure pour faire 2h13’37. Après, ça dépendra si je suis dans un bon jour ou non. »

Benjamin Malaty dans l’expectative
Meilleur Français en 2012 et 2013 à Paris (record : 2h12’00), Benjamin Malaty tentera les minima pour Rio (2h11’00) après deux saisons gâchées par les blessures. « Je vais partir sur 1h05’00 au semi-marathon. Et ensuite, j’essaierai de m’accrocher le plus possible. Je n’arrive pas dans les meilleures conditions dans la tête car c’est toujours mieux d’avoir de bons résultats en poche. Mais dans tous les cas, j’ai besoin de me relancer avec un bon chrono, même si je ne réalise pas les minima. Ca fait deux ans que je rame, à me demander si je sais encore courir. Là, la préparation a été bonne et j’ai fait des choses équivalentes à mes préparations de 2012 et 2013. Il me manque juste un bon résultat pour me rassurer. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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