Teddy Atine-Venel

Teddy Atine-Venel a connu une saison difficile mais a néanmoins réussi à se qualifier pour les Jeux olympiques.

 

Le spécialiste du tour de piste a fini son année sous les anneaux olympiques avec le relais 4×400 m alors qu’il en était très loin au mois de juin. De quoi le satisfaire après avoir connu une saison très compliquée entre blessures et séparation avec son coach Guy Ontanon. 

Les Championnats de France Elite au mois de juin dernier. Huitième dans un chrono anecdotique (48’’80) de la finale du 400 m remportée par Thomas Jordier, Teddy Atine-Venel vient pourtant peut-être de réussir l’exploit de sa saison. Blessé depuis un mois et demi, il était venu tenter sa dernière carte à Angers. « J’avais une fissure sur le tendon situé à l’insertion de la fesse et de l’ischio-jambier, explique-t-il. Le moindre footing me créait des contractures réflexes. C’était pile ou face aux Championnats de France. Si ça passait, on tentait la course aux Jeux olympiques, sinon on s’arrêtait là. »

Déçu par l’investissement de Guy Ontanon

Touché physiquement, Teddy Atine-Venel l’est aussi psychologiquement car c’est juste avant cette échéance nationale qu’il a décidé d’arrêter sa collaboration avec son entraineur Guy Ontanon. « J’ai été déçu de son investissement. Quand je suis revenu dans le groupe (en 2015), j’avais parlé avec Guy pour lui demander si vraiment il était motivé pour m’entrainer. Je pouvais comprendre qu’il ait de plus grosses obligations et je serais aller m’entrainer ailleurs sans aucun problème. Il m’a dit qu’il était motivé, qu’il croyait en moi. Mais au final, l’année a été très décevante. Très dure physiquement à cause de mes blessures et très dure psychologiquement car je me sentais esseulé et je devais presque m’auto-coacher. Je devais passer derrière à chaque fois. Et surtout, je ne me sentais pas soutenu. Je ne me sentais pas poussé vers le haut, bien au contraire. »

Un mal-être que l’athlète du club de Savigny Senart Athlétisme n’a pas été le seul à ressentir dans ce groupe d’élites basé à l’INSEP, puisque quasiment tous les athlètes, Jimmy Vicaut en tête, en passant notamment par Jeffrey John, Pierre Vincent et Stuart Dutamby ont quitté le navire. « Dans le groupe on ne s’est pas sentis aidés, pas soutenus. Je ne sais pas comment Jimmy (Vicaut) l’a vécu. Ce n’est pas forcément de l’attention que je voulais. C’était juste de bien m’entrainer. J’avais l’impression que mes plans n’étaient pas réfléchis. Je lui disais : “là c’est trop lent, ce n’est pas bon”. Mais moi je ne suis pas entraineur. J’ai des petites notions de par mon expérience mais j’ai besoin d’avoir confiance en mon entraineur. Et là, je ne l’avais plus. »

Coaché par Djamel Boudebibah aux JO

Mal en point avant l’ultime ligne droite, Atine-Venel se tourne alors vers d’autres entraineurs. « Mes premiers plans c’est Georges Wieczorek qui me les a envoyés avec l’aide de Bruno Gajer et de Djamel Boudebibah. A la base, quand je suis rentré en France, c’est avec Georges que je voulais aller mais cela ne s’était pas fait. Et quand la sélection pour les JO est sortie et qu’on est partis en stage, c’est Djamel qui a pris mon entrainement de A à Z. »

Et malgré une élimination dès les séries du relais 4×400 m, le Francilien est content d’avoir pu regoûter aux Jeux olympiques, huit ans après ceux de Pékin. « Il y a la satisfaction finale d’être allé aux Jeux olympiques. Là-dessus c’est une fierté, c’est l’aboutissement de quatre ans de préparation. Mais à cause de mes blessures et de tous les problèmes que j’ai eus, j’ai couru après le chrono toute la saison pour rassurer ma fédération et mes coéquipiers. »

Une saison à l’image d’une longue carrière (il a 31 ans), marquée de hauts et de bas. « Ma fierté c’est de me dire qu’il y a eu beaucoup de bas mais aussi des hauts. J’ai toujours pu me battre pour revenir au haut niveau. La preuve encore cette année où j’ai quand même pu revenir et faire une belle prestation aux Jeux même si on n’est pas passés en finale. Je suis fier de mon parcours même s’il me manque cruellement des médailles. Mais à chaque nouveau défi, j’ai pu me relever et me battre. »

Aux Etats-Unis, le coach est là 24 heures sur 24

Des défis qu’il a relevé pendant presque sept ans de l’autre côté de l’Atlantique en se joignant aux prestigieux groupes de John Smith ou Bob Kersee. « Les Etats-Unis, c’était une expérience extraordinaire. Là-bas ce qui m’a manqué c’est un peu de confiance autour de moi mais sinon c’était la meilleure époque de ma carrière. Il n’y a rien de comparable. C’étaient des champions très humbles. Avec qui je suis toujours proches. Quand on parle des Américains, on parle beaucoup de leurs défauts mais ils ont d’énormes qualités de rigueur, de respect. »

Une allusion non déguisée à Ontanon avec qui il a néanmoins réalisé son record personnel en 2008 (45’’54). « Tout ce qui s’est passé dans le groupe de Guy cette année, cela ne se serait jamais passé aux Etats-Unis. Là-bas, le coach est à l’entrainement 24 heures sur 24, de novembre à novembre. Vous ne l’entendrez jamais se plaindre. Il y a une grosse cohésion. Il n’y a pas « lui il est champion, donc il a plus de d’attention ». Tout le monde est bien entrainé à 200 %. »

Engagé à la SNCF en tant qu’agent commercial – « je voulais trouver un équilibre et ne pas compter uniquement sur le sport » – , Teddy Atine-Venel vient de débuter son emploi il y a deux semaines. Et il compte bien prendre le bon train en ce qui concerne son nouvel entraineur. « Là, je suis un peu entre deux eaux. J’aimerais beaucoup m’entrainer avec Djamel parce que je l’apprécie et qu’on a passé un superbe été. Mais il y a aussi Dimitri (Demonière, nouveau coach de Jimmy Vicautavec qui j’ai aussi de bonnes affinités. S’il vient à Paris, c’est une belle option. Ca me permettrait de ne pas déménager. Je suis en contact avec lui. On a beaucoup parlé pendant les Jeux. Je l’ai eu aussi en coach adjoint (comme Vicaut). C’est quelqu’un que j’apprécie vraiment. »

Un futur dans le rugby ?

A moins que l’heureux élu ne soit Frédéric Pomarel, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France de rugby à VII. « J’aimerais beaucoup réussir à repartir pour quatre ans en athlétisme. Je vais voir comment le physique tient. Mais j’adorerais finir sur un sport collectif comme le rugby à VII. Car à la base je viens du foot, et ça me manque cruellement d’avoir cet esprit d’équipe. Je le retrouve un peu dans les relais même si on voit de plus en plus d’individualités. Ce que j’aime c’est l’esprit d’équipe. Etre dans les vestiaires, se taper dessus un coup et rentrer sur le terrain pour aller bouffer l’adversaire. J’aime ça à l’ancienne. J’aimerais tenter ce coup de poker dans le rugby à VII. Si je vois que ça marche et que je m’y plais, il n’y a rien qui me retient. J’irais les yeux fermés. J’aimerais bien me rapprocher des dirigeants pour voir comment ça se passe. Quand j’étais aux Etats-Unis j’aimais beaucoup le football américain. Et je ne pense pas que je sois une chochotte donc prendre des coups ça ne me dérangera pas. »

La preuve avec cette main bandée qu’il arbore à la suite d’une morsure d’un chien qui a attaqué l’un des siens. « J’ai passé toute la journée de samedi (14 octobre) au bloc car j’ai eu une fracture ouverte du pouce et l’arrachement de l’ongle. »

Le test de résistance à la douleur semble réussi de quoi envisager un changement de discipline dès maintenant ?

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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