Tarik Moukrime

Tarik Moukrime a participé au mois de septembre à l’Ekiden de Paris.

 

L’international belge, huitième du 1 500 m des Championnats d’Europe de Zurich en 2014, a rejoint depuis septembre le groupe d’entrainement de Farouk Madaci à Reims. Un nouveau départ pour le miler qui cherche à se reconstruire après un cancer des testicules et deux dernières saisons difficiles. Rencontre.

C’est le triple médaillé olympique Mahiedine Mekhissi qui a joué les intermédiaires. Celui-là même qui avait atomisé la finale du 1 500 m des Championnats d’Europe 2014 en attaquant brutalement à la cloche, laissant derrière lui Tarik Moukrime et les autres. Ce jour-là, le Belge de 22 ans terminait huitième, meilleure performance de sa jeune carrière. Deux ans plus tard, il se retrouve donc à Reims avec Madaci mais sans Mekhissi, actuellement aux Etats-Unis. « La saison dernière, je ne me sentais plus athlète de haut niveau dans mon cadre en Belgique, explique Tarik Moukrime. Je m’entrainais le matin seul à Verviers et j’allais l’après-midi à Liège pour les séances (avec son entraineur de l’époque Henri Salavarda). Même si j’étais avec des bons athlètes, je n’avais personne pour me tirer vers le haut. »

Avec Madaci sur les conseils de Mekhissi

En janvier 2016, Moukrime parle de son spleen à Mekhissi en stage en Afrique du Sud. Déjà intéressé par le profil de Farouk Madaci, le Belge est conforté dans son choix par le recordman d’Europe du 3 000 m steeple. « Mahiedine m’a dit : “Farouk est top, tu devrais aller à Reims”. J’ai contacté Farouk, puis je lui ai envoyé tous mes plans, mes résultats et mes analyses. Je ne voulais pas perdre de temps surtout que je trouvais que j’en avais déjà assez perdu. »

Car en septembre dernier, Madaci ne retrouve pas un athlète qui a couru en 3’35’’96 sur 1 500 m (2014). Entre temps, le cancer est passé par là, et Moukrime a dû reprendre tout à zéro, voire plus bas. « En novembre 2014, j’étais en stage à Lanzarote avec le comité olympique, raconte-t-il. J’étais bien, je venais de faire une bonne saison. Mais après quelques jours, j’ai commencé à ressentir des douleurs au niveau du testicule. Quand je prenais ma douche, je sentais qu’il y avait un petit problème mais je n’ai jamais pensé au cancer. »

Opération et chimiothérapie

Par prévention, il se rend chez un urologue dès son retour en Belgique. Inquiet, le spécialiste demande des tests plus poussés. Ces derniers ont lieu un vendredi. Le dimanche, Moukrime court la sélection belge pour les Championnats d’Europe de cross 2014. Le lundi, il apprend qu’il a un cancer et qu’il devra se faire retirer son testicule touché. « Quand j’ai appris la nouvelle, je n’ai pas tout de suite réalisé. J’ai même demandé au médecin quand est-ce que je pourrai recourir. Celui-ci a rigolé, car en général, on demande plutôt si on va s’en sortir. »

Opéré, Tarik Moukrime subit également un mois et demi de chimiothérapie à partir du mois de janvier 2015, les cycles d’entrainement laissant place à ceux du traitement. « Tous les trois semaines, je restais une semaine à l’hôpital. Je n’ai jamais souffert autant. Je n’avais plus de force, plus de muscles, je commençais à perdre mes cheveux. Mais je me rendais quand même à l’entrainement pour courir rien que cinq minutes, ça me faisait du bien. Dans ma tête, je me suis toujours dit que j’allais revenir. »

« La saison dernière j’ai perdu pied »

Accroché à l’idée de disputer les Jeux olympiques de Rio, le miler reprend sa vie de sportif à partir du mois d’avril 2015 et un stage de réathlétisation de huit semaines au centre sportif « Mon Stade » à Paris, aux côtés de José Marajo. Puis, son quotidien de sportif de haut niveau est revenu, la forme en moins. « C’était difficile. Il y a des jours où je voulais tout arrêter. Je me trouvais ridicule. Mais j’ai réfléchi et je me suis dit que j’allais essayer de juste prendre du plaisir sans me focaliser sur les temps. »

Une approche qui lui a permis de retrouver progressivement des sensations même si finalement, les Jeux sont arrivés un peu tôt pour lui (3’38’’86 cette saison). Le physique revenu, il était temps néanmoins de prendre un nouveau départ. « Cette remise en question c’est aussi un peu par rapport à la maladie. La saison dernière, j’avais perdu tous mes points de repères. Je sentais vraiment que j’avais besoin de passer un cap. En sortant de la maladie, j’étais reboosté. Mais il y a eu un contrecoup durant la saison. En fait, sans le savoir, ça m’a détruit psychologiquement et physiquement. J’ai perdu pied totalement. Je ne savais plus ce que je faisais, même dans ma vie privée. Je sentais que j’avais besoin d’un nouvel élan pour me retrouver. »

Un destin à la Van der Plaetsen ?

Et c’est donc avec Farouk Madaci à Reims – chez qui il loge en attendant de trouver un appartement – aux côtés, entre autres, du triathlète international Vincent Luis, qu’il a décidé de reprendre le fil de sa carrière. «  Je veux me refaire une bonne base. L’objectif reste la qualification aux Championnats du monde de Londres cet été. »

Pour cela, il peut s’inspirer de son compatriote Thomas Van der Plaetsen, touché par le même cancer quelques mois avant lui, et champion d’Europe du décathlon cet été à Amsterdam. « C’est le seul Belge que j’ai suivi cet été. Quand il a fait champion d’Europe, c’était vraiment génial ! Il savait que ç’allait être compliqué pour moi car il se rendait  compte qu’il avait beaucoup de mal aussi avec les séances d’endurance. Ca donne de la motivation pour la suite. »

La suite devrait être les cross courts avec le maillot de l’EFS Reims sur les épaules, comme lors de l’Ekiden de Paris, où il avait « remporté » le premier relais de cinq kilomètres. Même s’il y a plus important. « Il ne faut pas oublier que je suis en stade de rémission. Je veux retrouver un certain niveau. J’essaie de retrouver l’ancien Tarik. »

Reims devrait être un bon endroit pour y parvenir.

Retrouvez un entrainement du groupe de Farouk Madaci avec notamment Vincent Luis et Tarik Moukrime.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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