Sofiane Selmouni

Après deux ans et demi à Lille, Sofiane Selmouni a décidé de continuer sa carrière du côté de Strasbourg.

 

Après six mois à l’INSEP et deux ans et demi à Lille, l’international Sofiane Selmouni (27 ans) a décidé de rentrer chez lui en Alsace. Un déménagement qui se conjugue avec son choix de monter sur 1 500 m, l’occasion de faire le point sur ses années lilloises et sur ses envies pour la prochaine olympiade.

– Sofiane, pouvez-vous nous expliquer votre choix de quitter Lille, et votre entraineur Alain Lignier, pour Strasbourg ?

« On était très proches avec Alain, on travaillait très bien mais c’est plus une nouvelle dynamique que j’ai envie de donner. Je ne remets pas la méthode d’Alain en cause car je n’ai pas régressé quand je suis venu avec lui. C’a bien marché même s’il y a eu des hauts et des bas. Il y a eu de l’émotion quand on a décidé d’arrêter car je respecte énormément l’homme et pas que l’entraineur. Il cherche à pousser l’athlète au meilleur de lui-même. Sa méthode c’est : sois en colère contre toi-même, pour te déchainer sur la piste. Des fois ça marche, des fois moins. Mais la responsabilité de l’échec de l’an dernier, c’est nous deux. C’est sûr qu’il y a un goût d’inachevé. C’est un retour au bercail même si je m’entrainais avant à Mulhouse. A Strasbourg, c’est tout bon. Je me voyais mal repartir sur un cycle loin de mes proches. Pour moi, rentrer en Alsace n’est pas un échec. C’est partir sur une nouvelle dynamique.

« A Lille, j’avais l’impression d’être en stage tout le temps »

– La vie dans le Nord, loin de vos proches, était-elle trop pesante ?

C’est sûr qu’à Strasbourg, je ne vais pas avoir de coups de blues comme à Lille. Là-bas, j’avais l’impression d’être en stage toute l’année. Je bouffais seul, je dormais seul, je sortais seul. Mes collègues d’entrainement, ils avaient leur vie à côté. Si tu n’en profites pas un minimum de temps en temps, c’est trop dur mentalement. Sortir, c’est faire un restaurant ou boire un café avec les amis. On peut le faire une fois dans la semaine. A Lille, je ne pouvais pas faire ça. C’était entrainement, déjeuner, sieste, entrainement, diner, et ça, sept jours sur sept. Et je ressentais également une pression. Car je n’étais pas chez moi. Tu fais des sacrifices énormes, tu es obligé de réussir car je passais à côté de plein de choses. Là, je vais faire des sacrifices mais je pourrai m’octroyer des temps libres. C’est différent. J’aurai moins à prouver.

– Vous n’avez pas peur d’avoir plus de tentations à Strasbourg qu’à Lille, via la présence de vos proches et de vos amis ?

Je suis revenu aussi car je sais que je vais gérer. Je vais savoir me retenir quand les potes vont me demander de sortir en boite de nuit. Je suis assez fort dans ma tête pour me dire que l’athlé c’est mon boulot et ce n’est pas en sortant en boite que je vais réussir. Je sais ce qu’il faut faire maintenant. C’est grâce aux deux ans à Lille.

« Je ne jète pas mes deux dernières années à la poubelle »

– Votre passage à Lille est-il un échec ?

Je n’ai pas envie de cracher dans la soupe. Je ne veux retenir que les côtés positifs. Tout n’a pas été toujours tout rose. La relation entraineur-entrainé, il y a des prises de tête. Quand on voit quelqu’un tous les jours pendant deux ans, c’est normal qu’il y ait des tensions de temps en temps. A l’entrainement, j’étais mieux qu’en 2014 et 2015 mais cela ne s’est pas retranscrit sur les compétitions. Je ne jète pas mes deux dernières années à la poubelle. On est restés en bon terme avec Alain. Je retournerai quelques fois dans le Nord, car au-delà du fait d’avoir eu des partenaires d’entrainement, je me suis surtout fais des amis, David Verbrugghe, Thomas Larchaud, Simon Denissel. Mais je ne pouvais pas juste rester pour les sentiments. Mehdi Baala m’a conseillé Strasbourg. Il connaît très bien et moi aussi car j’y ai fait mes études. Il y a tout un environnement qui est positif.

– Justement, comment avez-vous fait le choix de rejoindre Strasbourg et Jean-Marc Ducret ?

Jean-Marc Ducret c’est le coach référent à Strasbourg depuis 15 ans. Il a un bon groupe. Je m’y retrouve. Il y a moins de niveau qu’à Lille car là-bas, il y a avait des internationaux dans chaque discipline. Mais c’est tout aussi accueillant et chaleureux. Ca me convient.

« Je ne suis rien du tout sur 1 500 m »

– Votre retour doit d’ailleurs susciter de l’intérêt dans votre région.

Les premières sorties au stade, les premiers échos, il y avait de la ferveur. J’aurai des soutiens mais c’est clair qu’il y a aussi des attentes. J’arrive avec une étiquette, je ne suis pas un touriste. Il faut que je prouve sur la piste. Je ressens une petite attente. C’est dommage qu’on tombe en année mondiale car ce n’est pas les mêmes choses que les Europe. Si on me dit de passer de 3’40 (record à 3’40’’01) à 3’37’’50 en une année, je te dis pourquoi pas, mais aller à 3’35… Quand je vois Florian Carvalho et Morhad Amdouni, qui sont des modèles sur 1 500 m, avoir eu du mal à les faire. Ce n’est pas une partie de rigolade. Je suis à des années lumières d’eux.

– Vous nous aviez déjà annoncé votre envie de monter sur 1 500 m (voir article). Vous voilà maintenant un coureur de 1 500 m à 100 %, après avoir débuté votre carrière sur 800 m (record 1’45’’94 en 2014).

J’ai l’impression de recommencer l’athlétisme. Ce n’est pas totalement différent car je ne fais pas du vélo. Mais je rentre dans une dynamique nouvelle. Et je me prépare à faire des kilomètres. Mais c’est ça mon point fort. Je ne suis pas fait pour faire des 400 m en 46’’ comme Pierre-Ambroise Bosse. Je pense que j’ai plus de potentiel sur 1 500 que sur 800 m. Je m’attends à un meilleur niveau. Après l’athlétisme n’est pas une science exacte. Il y aura un peu moins de séances lactiques et un peu plus de long. Ca ne me fait pas du tout peur. Mais il faut rester humble. Je ne suis rien du tout. Je ne suis même pas le numéro un régional, c’est Baptiste Mischler ! Il est au-dessus de moi. Je ne vais pas commencer à dire que je suis le nouveau Medhi Baala.

« Je suis moins rêveur qu’avant »

– Avant de penser aux prochains Jeux olympiques, avez-vous digéré de ne pas être allé à ceux de Rio ?

J’étais très déçu et en colère contre moi-même de ne pas aller aux Jeux (il a couru cette saison en 1’46’’39). Faire ce que j’ai fait à l’entrainement et ne pas y aller, c’est rageant. C’est se tirer une balle dans le pied. A la limite, si je n’avais pas le niveau et que je ne branlais rien à l’entrainement… Le mieux c’était donc de repartir sur quelque chose de nouveau. Que psychologiquement je sois frais. Que l’athlé redevienne quelque chose de plus simple.

– Le Sofiane de 2013 est très différent de celui de 2016 ?

Je suis plus professionnel par rapport au Sofiane qui est parti de Mulhouse. Et je suis moins rêveur aussi. Je connais mieux le monde de l’athlétisme, les bons et les mauvais côtés. L’expérience est super importante. Je sais ce qui est bon pour moi. Je n’ai pas la prétention de savoir m’entrainer, j’ai besoin de quelqu’un tous les jours pour être là avec moi. Il me faut un œil critique. Mais j’ai plus d’assurance en moi. Avant, j’arrivais sur les courses, j’étais liquéfié. Là, j’ai vécu des choses qui m’ont donné de l’expérience, du vécu. Le dernier championnat de France, la finale, c’était un jeu (il a terminé 2e du 800 m derrière Aymeric Lusine) . Toute la journée j’étais zen. Trois ans en arrière, si tu m’avais mis au départ des Elites, j’aurais vomi trois fois avant le départ. J’ai appris à mieux contrôler mes émotions et mon stress.

– Les Championnats d’Europe en salle seront votre premier objectif de la saison ?

Les Europe en salle j’aimerais bien. L’an dernier, j’ai déjà fait une petite saison en salle (3’41’’47). Je suis à une seconde des minima. C’est jouable. C’est un objectif parmi tant d’autres. »

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment