Sophie Duarte

Sophie Duarte avait terminé 47e du semi-marathon des Championnats d’Europe d’Amsterdam en juillet dernier.

 

La championne d’Europe de cross 2013 a connu une dernière saison compliquée entre blessure, course à la qualification olympique et allergie. De quoi ressentir un dégoût pour la course à pied qu’elle a réussi à évacuer en se recentrant sur elle-même, via d’autres activités comme le vélo et la natation. De retour à un bon niveau, l’athlète de 35 ans sera au départ ce dimanche des 20 km de Paris, avec comme seule ambition de « se faire plaisir ». Entretien.

– Track and Life : Sophie, comment allez-vous en ce début du mois d’octobre ?

« J’ai connu des moments difficiles. J’avais besoin de me recentrer, de reprendre du plaisir à l’entrainement. Et à ce jour, j’y suis parvenue. J’ai vraiment la banane quand je vais m’entrainer. Les notions d’allure reviennent, j’ai fait de très beaux trucs. J’ai encore envie d’aller accrocher un dossard sans pression, sans me dire que je ne suis pas en forme.

«A Hyères, j’aurais fait une meilleure course en étant libérée  »

– Vous parlez de « moments difficiles », pouvez-vous revenir dessus ?

Il y a eu plusieurs choses. J’ai déclenché une blessure à l’insertion de l’ischio-jambier et du fessier au marathon de Paris en 2015 (elle avait abandonné). J’ai un peu attendu, mai-juin, et ç’a empiré. Comme je suis une boulimique de sport et que je ne pouvais plus courir, j’ai fait beaucoup de vélo. Du coup, le déséquilibre entre les ischio-jambiers et les quadriceps, qui était déjà la cause de mon problème, n’a fait qu’empirer. Vers novembre, au niveau cardio j’étais revenu. Mais je n’avais pas de confiance, et surtout de la peur, voire une crainte.

– D’où votre 49e place aux Championnats d’Europe de cross de Hyères, loin de vos standards habituels (1e en 2013, 5e en 2014, 6e en 2011 et 2012).

A Hyères, j’y suis arrivée avec la peur au ventre alors que j’aurais fait une meilleure course en étant libérée. J’ai couru pour retrouver mon niveau tout au long de la préparation pour les Championnats d’Europe de cross.

« Je n’étais plus en mesure de courir à haut niveau  »

– Malheureusement pour vous, l’été, avec les Jeux olympiques en point de mire, ne s’est pas non plus déroulé comme prévu.

J’ai eu une crise d’allergie qui s’est déclarée cette année entre mai et juin. C’est un problème très ancien. Chaque année depuis 2007, j’avais un coup de mou au mois de mai, à la période du pollen. J’avais déjà fait des analyses et c’était limite. Chaque année on se posait la question : « est-ce que c’est une méforme, est-ce que c’est l’altitude ? » Et à un moment donné, je me suis dit que ce n’était pas possible. Je ne pouvais pas passer de séances régulières à plus rien. J’ai été chercher très loin la cause, j’ai fait des examens. J’ai été suivie par un allergologue qui a pensé à un truc qu’avait eu Hicham El Guerrouj (recordman du monde du 1 500 m et double champion olympique) qui avait déclenché des allergies en plaine. Je ne sais pas si c’est la même chose mais les pollens ont été très virulents cette année et j’ai été plombée mai-juin. Je n’étais plus en mesure de courir à haut niveau, à mon niveau. Je ne prenais plus du tout de plaisir à courir, à aller à l’entrainement. Ce n’était pas moi. J’étais dans un second corps. Je suis quelqu’un qui marche au challenge et je voyais la pression qui avait pris le dessus. J’ai pris la décision de me recentrer sur moi-même.

– Comment avez-vous vécu cette période estivale ?

Quand j’ai vu mes sensations, je me suis dis que c’était foutu pour les JO. En plus, le calendrier pour le 5 000 m était mal fait, puisque les trois meetings Golden League avec un 5 000 m étaient programmés en l’espace de dix jours. Il y a une lassitude qui s’est installée. J’ai eu un coup de mou, une sorte de petit burn-out de la course à pied et du milieu. Je ne prenais plus plaisir. C’est épuisant de courir. Je fais du haut niveau depuis 2007. Ce sont de longues saisons qui s’enchainent avec toujours un championnat, quelque chose à faire, que ce soit de la route, du cross ou de la piste. Par contre, j’ai éprouvé un grand plaisir à mettre à profit mes compétences dans un autre domaine. Ca m’a permis de me concentrer sur autre chose, à avoir mon DU de nutrition, de travailler avec mes partenaires privés dont Stimium pour développer des choses, faire des événements.

« J’ai beaucoup appris de Vincent Luis  »

– En quoi a consisté ce recentrage ?

J’ai par exemple beaucoup appris de Vincent Luis qui a bien marché en cross avec un travail de vélo et de natation. Je suis allée me retrouver au vert et j’ai greffé du vélo. J’ai aussi greffé de la natation comme le fait Yohann Diniz dans sa préparation.

– Comptez-vous prolonger cet entrainement combiné ?

Ca permet de varier. Je ne dis pas que je vais faire du vélo et de la natation tous les jours car je ne suis pas triathlète. Même si faire un triathlon me botterait bien (rires). Je vais continuer tout en faisant attention à canaliser le vélo, ne pas faire des sorties à 100 bornes. Et avec la natation, je constate un bienfait.

– Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle saison ?

Je veux me donner du temps jusqu’à la fin de l’année, juste courir comme ça, sans être en forme. Car le gros problème de l’athlétisme en France c’est qu’il n’y a pas une grosse densité. De ce fait, on est vite mis sous les feux des projecteurs et on nous juge très rapidement. Maintenant, j’ai envie de vivre une autre aventure. Il y a de beaux challenges à faire.

« Je vais refaire un marathon  »

– Quels sont-ils, sachant qu’on vous imagine revenir sur marathon après votre abandon lors de votre premier à Paris l’année dernière ?

Pour quelqu’un comme moi, qui est très perfectionniste, c’est évident que je vais refaire un marathon. Mais, maintenant, tout de suite, c’est non. Je pense que j’ai été gourmande, voire pressée de monter sur marathon alors que j’avais encore de très belles choses à faire sur d’autres distances. On me reverra dessus c’est sûr. J’ai besoin de courir beaucoup plus de semi-marathons de manière régulière. Mais on ne change pas comme ça de qualité et un petit championnat du monde à Londres, pourquoi pas ?

– Donc la piste vous donne encore envie ?

J’ai énormément pris de plaisir sur le 5 000 m de Saint-Denis en 2013 (15’14’’57). Et cette année, mon coach m’avait dit que j’étais encore plus forte qu’en 2013. Donc cela ne s’est pas évaporé en six mois. J’ai réduit les kilomètres pour redevenir l’athlète que j’étais. Par contre, je n’ai jamais pris de plaisir sur le 10 000 m sur piste. Est-ce que Zurich a été un facteur déclenchant ? Il y a un aspect psychologique quand on voit une athlète comme Traby te doubler (elle avait abandonné à quatre tours de l’arrivée du 10 000 m des Championnats d’Europe 2014 alors que Leila Traby avait remporté la médaille de bronze avant d’être suspendue pour dopage) et qu’on ne l’accepte pas. Ce sont des erreurs à ne plus refaire. Je vais partir sur des objectifs plus précis avec de la piste et un peu de 10 km sur route.

« Ma génération a été beaucoup touchée par le dopage  »

– Vous parlez de Leila Traby, qui vous avez notamment devancée pour le titre aux Championnats de France 2014 au Pontet. Est-ce que vous y pensez souvent ?

Ca fout les boules surtout quand les personnes sont convaincues de dopage. Mais c’est un problème plus global. Quand je fais 5e en 2007 sur 3 000 m steeple (Championnats du monde d’Osaka) j’avais les Russes qui ont toutes été prises, Marta Dominguez (suspendue pour dopage). Une médaille mondiale moi je la prends. Il y a plein de choses comme ça. Mais il y a plein d’athlètes dans mon cas. A toi de te blinder. C’est un peu naïf à dire. Ma génération a été beaucoup touchée par ça. En ce moment, on parle beaucoup de Rénelle Lamote sur 800 m. Mais on n’a pas assez parlé d’Elodie Guégan, qui a fait 1’58 alors qu’il y avait toutes les Russes. Elle aurait eu une carrière différente aujourd’hui car il y a eu la chasse aux sorcières. Enfin, c’est ce que j’espère un peu naïvement.

– Pour revenir à votre actualité, pourquoi avoir choisi de faire votre rentrée au 20 km de Paris ?

Je m’étais engagée auprès de mon régiment de Toulouse (Régiment de Soutien du Combattant) pour les faire car la course fait aussi office de Championnats de France militaire. C’est une classique que je n’ai jamais courue. C’est l’occasion de représenter mon régiment. »

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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