Sokhna Gallé

Après plusieurs années loin des exigences de l’athlétisme de haut niveau, la triple sauteuse Sokhna Gallé est de retour.

 

Championne du monde cadettes du triple saut en 2011, Sokhna Gallé avait, depuis quelques années, délaissé l’athlétisme et surtout l’entrainement. De nouveau motivée, elle aborde cette saison avec l’envie de ressauter à hauteur de son talent, sous l’œil bien veillant de Patricia Girard et les conseils de Karl Taillepierre, ex-international au triple saut.

Quand elle n’était encore qu’une enfant, Sokhna Gallé pouvait être privée d’athlétisme par sa mère si elle avait obtenu une mauvaise note à l’école. C’était l’époque où elle « aimait bien l’athlé ». Une passion qui l’a amenée au sommet, avec une médaille d’argent aux Jeux olympiques de la jeunesse en 2010, puis un sacre planétaire à domicile un an plus tard. Mais alors que beaucoup se seraient investis à 1000% pour atteindre le haut niveau senior, la Chartraise a préféré suivre ses envies, loin de la dureté d’un entrainement quotidien. « J’allais à l’athlétisme quand j’avais le temps. Et j’y allais surtout pour voir mes copines. De fil en aiguille, je n’étais plus dedans. »

13 m avec un mois d’entrainement

Surtout qu’avec un an d’avance à l’école, sa première année chez les juniors se conjugue avec son entrée en faculté de médecine. De quoi penser à autre chose que de sauter dans le sable. « A la base, je n’étais pas censée arrêter. Mais j’étais en médecine sur Paris, mon coach de l’époque Hervé Bouffinier était sur Dreux et je vivais à Chartres. Même avec la plus grande volonté du monde, ce n’était pas possible. »

Loin des stades, son nom apparaît pourtant régulièrement dans les résultats des compétitions, comme aux Championnats d’Europe juniors de Riéti en 2013, qu’elle quittera dès les qualifications. Mais sans travail, le talent ne suffit pas. « J’ai toujours gardé un pied dans l’athlétisme, avoue-t-elle. J’allais à l’entrainement une fois par semaine quand j’avais envie. Et je me disais que j’allais arrêter. Mais quand j’ai vu que j’avais refait plus de 13 m (13,05 m en 2013) avec un mois sérieux d’entrainement. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. »

Dans le groupe de Patricia Girard

Mais les vacances passent et Sokhna Gallé – à prononcer « Sorna » – ne reprend toujours pas le chemin régulier de l’entrainement. Ce n’est qu’en mai 2014 que le déclic se fait, à la suite d’une rencontre avec Patricia Girard, médaillée de bronze aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996 sur 100 m haies. « Un jour, je suis allée à une compétition pour voir des amis. Il s’est avéré qu’ils s’entrainaient dans le groupe de Patricia Girard. Ils m’ont dit de venir faire un essai. J’y suis allée, j’ai vu Patricia et j’ai décidé de reprendre vraiment en septembre. »

Sokhna Gallé

Séance de sauts pour Sokhna Gallé à quelques jours du meeting de Montgeron.

 

Les quelques footings prescrits par Girard comme travaux de vacances ne sont pas effectués, mais en septembre, Sokhna Gallé est bel et bien présente pour la reprise. Footings, séances de VMA, PPG, elle passe par toute la préparation de pré-saison, chose qu’elle ne goûte guère. « Les seuls moments de l’athlétisme que j’aime c’est quand je saute, lâche-t-elle. Tout ce qui est courir, faire des 300 m, du gainage, je déteste. En fait, je n’aime pas souffrir. Et je n’aime pas faire quelque chose quand je n’en ai pas envie. »

« J’ai voulu essayer de reprendre pour ne pas rester sur une défaite »

Voilà pourquoi l’athlétisme a été laissé plusieurs années entre guillemets. Pas d’envie, pas de triple saut. Mais les conseils d’une maman – « tu ne peux pas gâcher ce don que tu as » – et le besoin de compétitions ont rallumé la flamme.

Après un automne 2014 passé dans les transports, entre le stade de Combs-la-Ville (77), où s’entraîne le groupe de Patricia Girard, et Chartres (28), elle décide de prendre un appartement à Lieusaint, tout prêt du stade, un signe de sa bonne volonté. « J’ai voulu essayer de reprendre pour ne pas rester sur une défaite. L’entrainement ne me manquait pas, mais les sensations de la compétition, si. C’est la compétition qui m’a fait revenir. »

Sokhna Gallé

Karl Taillepierre, ex-international au triple saut, prodigue de nombreux conseils à sa protégée.

 

C’est donc sous la houlette de Patricia Girard que la talentueuse sauteuse a décidé de rebondir. Girard, et aussi Karl Taillepierre, ex-international au triple saut (17,45 m en 2005) et membre inébranlable de la team PG. « Son coach c’est Patricia Girard, insiste Karl Taillepierre. Moi, je l’accompagne. Je suis là pour superviser tout ce qui est saut. »

« J’ai encore beaucoup de retard. »

Et, alors que la Team PG enchainait des 100 m sous le déluge ce jeudi après-midi au parc des sports de Combs-la-Ville, Taillepierre et Gallé sautaient en tamdem. Une séance de préparation en vue du meeting de l’ES Montgeron de ce dimanche (15 mai), le club de Gallé depuis septembre 2014. Une nouvelle séance pour débloquer toutes ces petites choses qu’elle n’a pas travaillées lors des dernières années. « L’année dernière, c’était histoire de me remettre en forme (13,38 m en salle tout de même !), confie Sokhna Gallé. Quand tu ne fais rien pendant un certain temps, il y a du poids à perdre, il faut retrouver des automatismes. Là, cette année, il a fallu reprendre tous les repères au niveau des sauts. J’ai encore beaucoup de retard. »

De nombreux sauts avortés démontrent tout le travail qu’il reste à fourni, mais le plaisir est là. « Je pensais que le retard allait être encore plus dur à rattraper. Je commence à retrouver des sensations à l’entrainement. Maintenant, il faut réussir à le retranscrire en compétition. » « Elle est en forme, confirme Taillepierre. Maintenant, il faut que ça passe en compétition. Elle a tendance à trop réfléchir quand elle est bien. Après les Interclubs (12,99 m), elle était énervée car elle aurait pu sortir quelque chose mais elle n’y est pas arrivée. »

Plus mature

Le triple bond du grand retour ne semble pas très loin à la vue de la nouvelle mentalité d’une athlète encore espoirs 3 cette saison (22 ans). « Là, j’ai mûri. Je commence à me forcer, car quand on veut quelque chose, il faut travailler ses points faibles. Et moi, mes points faibles, c’est tout ce que je n’aime pas faire. Je n’ai jamais été rigoureuse en athlétisme. J’aime bien manger, sortir avec mes amis. Mais là, je commence à faire attention. »

Sokhna Gallé

Malgré une pluie incessante, Sokhna Gallé est allée au bout de sa séance, signe d’une implication retrouvée.

 

Un déclic pour lequel Karl Taillepierre n’est pas étranger. « M’entrainer avec lui c’est le top ! Il connaît la compétition et surtout, il connait le saut. J’aime bien pouvoir faire confiance à quelqu’un. Avant, j’avais tendance à n’écouter que moi. Là, s’il me dit que je dois reculer de deux pieds, même si je pense qu’il faut que je recule de trois, je vais l’écouter. »

« Je m’entraine pour aller loin »

De quoi laisser présager un retour aux premiers plans, même si le couple entraineur-entrainé se donne du temps. « Je ne lui donne pas d’objectifs, lance Karl Taillepierre. Je lui dis juste de se faire plaisir et derrière, ça ira tout seul. Tant qu’on n’a pas sorti une performance minimum, on ne peut pas envisager 14 ou 15 m. Une fois que les bases seront là, ça pourra sortir. Car en triple, on peut vite gagner 50 cm en un saut. »

Aujourd’hui en deuxième année de droit après s’être essayée à la médecine et à la biologie, Sokhna Gallé compte bien dépasser sa meilleure marque (13,42 m en 2011), qui date de ses années cadettes. « Je sais que , si je m’y mets bien, les résultats vont sortir. Mon objectif est de revenir dans les prochaines années à un niveau qui me conviendra par rapport à mes qualités. Je ne pouvais pas m’arrêter à 13,42 m. C’est moche ! Dans ma tête, je m’entraine pour aller loin. Je ne marche qu’à ça ! »

Aller loin, pour ne pas rester une étoile filante.

Sokhna Gallé

Le duo Karl Taillepierre – Sokhna Gallé à l’entrainement sur le stade de Combs-la-Ville.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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