Simon Denissel

Opéré du tendon d’Achille en août 2016, Simon Denissel retrouve progressivement son niveau.

 

Médaillé de bronze sur 1 500 m lors des Championnats d’Europe en salle et auteur de 3’34’’54 la même année, Simon Denissel  (27 ans) avait explosé au plus haut niveau en 2013. Mais depuis, le prodige nordiste a connu des saisons difficiles conclues par une grosse opération au tendon d’Achille en août 2016. Aujourd’hui sur la voie du retour avec son nouvel entraineur Jean-Pierre Watelle, le spécialiste de 1 500 m est revenu pour Trackandlife.fr sur ses dernières saisons. Rencontre.

Pour ceux qui ne connaissent pas Simon Denissel, la vidéo de la course des Championnats de France juniors de cross de 2009 parle d’elle-même. On y voit un grand échalas de 18 ans, la tête penchée, s’accrochait en tête de course pendant tout le cross avant de déposer ses adversaires dans la dernière ligne droite pour devenir champion de France de cross, le tout, après seulement une année d’athlétisme (voir la vidéo).

Trop d’entrainement après 2013

Un talent que l’athlète né à Auchel a évidemment fait fructifier dans les années suivantes en remportant la médaille de bronze sur 1 500 m des Championnats d’Europe en salle de Göteborg et en signant la même année un 3’34’’54 pour se qualifier aux Mondiaux de Moscou en 2013. A partir de là, la fusée Denissel semblait lancée. Mais c’était en réalité le début d’un long chemin de croix. « C’est vrai qu’après ma grosse année en 2013, on a voulu encore en rajouter à l’entrainement, explique-t-il. Et j’en ai fait un peu trop. C’est ce qui m’a fait plonger tout doucement. »

Alors entrainé par Alain Lignier – l’actuel entraineur de Pierre-Ambroise Bosse – Denissel ne retrouve pas le niveau qui était le sien, enchaînant des saisons loin de son potentiel malgré une sélection aux Championnats d’Europe de cross en 2015 (3’39’’39 en 2014, 3’42’83 en salle en 2015, 3’41’’11 en 2016). « J’en faisais beaucoup de septembre à janvier à l’entrainement, se souvient-il. J’étais une machine de guerre et après, j’arrivais rincé en compétition. J’étais le champion de l’entrainement et derrière, il n’y avait plus rien. J’étais sec. »

Désinsertion du tendon d’Achille

Sec et surtout blessé au tendon d’Achille gauche, ce qui lui vaut une opération le 1er août 2016. « Avant l’opération, j’avais un choix à faire. Soit opter pour la petite opération où le chirurgien venait gratter l’os qui est à l’insertion du tendon et du talon, soit la plus grosse où on désinsérait le tendon. Je préférais évidemment la plus petite mais le chirurgien m’avait prévenu que s’il voyait que le tendon était trop abîmé durant l’opération, il ferait la grosse. »

Finalement, l’athlète hérite du plus lourd traitement. « Au départ, je n’avais pas trop pris le chirurgien au sérieux, avoue-t-il. Mais quand je me suis réveillé j’ai vu que j’avais un drain jusque en haut du mollet pour drainer les nouvelles fibres. Là, ce n’était plus la même chose. Ca nécessitait une rééducation plus lourde. »

Plâtré pendant six semaines, puis encore un mois avec une botte, Simon Denissel n’a retrottiné que six mois après son opération, avant de pouvoir vraiment courir, dix mois plus tard. « C’était vraiment du fur et à mesure, à l’écoute des sensations. C’était vraiment compliqué à gérer car je n’avais pas tellement mal lors des séances mais c’était difficile de gérer les enchainements et surtout les réveils avec des douleurs. Le tendon manquait de tonicité. »

Une période compliquée

Une période compliquée où le Français a failli passer à autre chose. « J’ai failli arrêter. Je m’étais mis au vélo pour la rééducation et je prenais plus de plaisir qu’en course à pied. Car en courant, je devais toujours mettre le frein à main parce que j’avais mal. Et j’ai peut-être perdu du temps au printemps dernier en repartant à l’entrainement avec Alain. Je repartais sur des choses comme avant mais le fait de me comparer par rapport aux années précédentes, je n’arrivais pas à me motiver. C’est pour ça que j’ai voulu passer à autre chose. »

Celui qui travaille en tant que responsable du personnel dans un groupement d’employeurs dans les travaux publics à Valenciennes, a pour cela décidé de changer d’entraineur en rejoignant Jean-Pierre Watelle, le directeur de la Ligue des Hauts-de-France et l’entraineur notamment de Fanny Pruvost et Grégory Beugnet. « J’ai vraiment bien repris l’entrainement depuis mi-juillet. Et c’est fin août lors d’un stage à Font-Romeu que j’ai pu recommencer à doubler. On est repartis d’une feuille blanche et ça va beaucoup mieux. J’écoute plus mon corps. »

420 watts à un test de PMA

Déjà revenu à un très bon niveau – notamment grâce à un bon travail en vélo lors de sa rééducation (test de PMA à 420 watts) – Simon Denissel avait dans un premier temps envisagé de s’aligner au 10 km Paris-Centre avant de courir le cross de sélection pour les Championnats d’Europe à Allonnes. Mais depuis quelques semaines, une douleur à la fesse droite a retardé ses plans. « Ca fait deux, trois semaines que je bricole à cause d’une douleur. J’ai l’impression de pouvoir courir comme avant mais j’ai encore une appréhension sur mon pied donc je compense. Mais de toute façon, l’objectif initial de l’hiver était la salle. »

Si tout va bien, on reverra donc le Nordiste en salle, là où il a déjà couru 3’37’’70 sur 1 500 m. Une distance qu’il se verrait d’ailleurs bien reprendre malgré son opération. « Pour revenir plus vite, le plus simple sera le 5 000 m (record à 13’38’’74 en 2011). Pour le 1 500 m, il faudra retrouver d’autres qualités. »

Un exemple pour Jimmy Gressier

D’ici là, il va également pouvoir occuper un nouveau rôle de référent au sein de son groupe d’entrainement où il croise souvent les jeunes Ilyes Boum et Jimmy Gressier qui viennent régulièrement s’entrainer avec lui. D’ailleurs, son histoire ressemble fortement à celle de ce dernier, qui, comme lui, a lâché le ballon rond pour tout de suite exploser en athlétisme. « Notre histoire avec Jimmy est un peu la même, avoue Denissel. On a eu la même période où on a dû se poser les bonnes questions. Tout le monde essaie de lui donner des billes. Pour faire des bons choix, il faut être bien entouré. Moi, quand j’ai débuté dans le groupe d’Alain, j’ai eu la chance d’avoir Irba (Lakhal, ex-international français). J’ai pu participer à des stages avec lui, c’était un peu le papa. Là, c’est un peu pareil même si j’essaie de ne pas trop en dire. Jimmy est performant, je ne me fais pas de souci pour lui. »

D’ailleurs, le principal conseil donné par Denissel est celui de ne pas faire que de l’athlétisme. « J’ai la chance d’avoir eu un travail à côté pour passer cette période difficile. Ca m’a permis de relativiser. Avec ma famille, ma copine, mon boulot, les années sont bien passées. C’est le conseil que je donne aux jeunes. »

Pour le reste, ses qualités en ont déjà fait souffrir plus d’un depuis le début de la saison lors de sessions d’entrainement. « J’ai toujours eu un entrainement qualitatif. Donc au niveau de la musculation et de la qualité de course, j’ai tout ce qu’il faut. Maintenant, il faut surtout que je refasse la caisse. Je sais que dès que je l’aie, je vais vite. Je vois enfin le bout du tunnel. »

Sûrement en salle ou cet été, mais la lumière est pour bientôt.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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