Raihau Maiau

Raihau Maiau est de retour sur les sautoirs de longueur après une rupture du tendon d’Achille.

 

Victime d’une rupture du tendon d’Achille gauche le 28 avril 2016 à l’entrainement, l’athlète Raihau Maiau (25 ans) a déjà fait son retour sur les sautoirs cet été après une guérison express. Auteur de 7,78 m lors du deuxième tour des Interclubs, il espère avant tout retrouver son niveau de l’hiver 2016, où il avait franchi pour la première fois, avec vent régulier, la distance mythique des 8 m (8,02 m). Rencontre.

Lors du meeting en salle de Nantes, le 21 janvier dernier (voir article), nous avions été surpris de retrouver si vite Raihau Maiau sur une piste d’athlétisme. Victime d’une rupture du tendon d’Achille gauche le 28 avril 2016 à l’entrainement à Bompas, le Tahitien aurait dû être encore loin des pistes neuf mois plus tard. Mais à Nantes (6’’77 sur 60 m), Maiau n’en était pas à sa première, puisqu’il avait déjà couru à Aubière, Bompas et même participé à un décathlon les 15 et 16 octobre, soit moins de six mois après son opération (4 885 points avec notamment 6,37 m à la longueur). « D’après le chirurgien qui m’a opéré, j’ai quatre ou cinq mois d’avance sur la guérison normale, explique-t-il. Normalement, six mois après l’opération, on fait des éducatifs. Moi, après cinq mois, je sprintais déjà. »

Le tendon a lâché lors de montées de genoux

Cinq mois plutôt, il est à Bompas après un bon stage du côté de la Réunion. Tous les paramètres sont au top, quand, sur une simple montée de genoux, son tendon a lâché. « J’étais en pleine séance de pliométrie et il me restait un exercice de montées de genoux, et paf… C’est arrivé de nulle part ! C’était vraiment dur car je me sentais très bien. Je battais tous mes records à l’entrainement. J’étais dans ma bulle, prêt pour défendre mes chances pour les Jeux olympiques. »

Opéré dans la foulée à Toulouse, il part pour un mois au CERS de Capbreton, avant de rentrer chez lui à Tahiti en juin, à plus de 15 000 km de Paris, 11 000 km de Rio. « J’ai eu beaucoup de moments de doutes, avoue-t-il. Le mois à Capbreton a vraiment été le bad ! Je ne voulais plus entendre parler d’athlétisme. J’entendais les performances qui arrivaient et j’étais dégoûté. »

Plage et surf pour la rééducation

Pour le corps et surtout pour la tête, rien ne vaut alors la famille, qu’il ne voit qu’une fois par an. Au programme, rééducation sur la plage et sessions de surf, même si cela n’est pas forcément autorisé par le service médical. « Je me suis amusé. J’ai guéri assez vite. » A son retour en France le 1er septembre, le tendon est un peu épais, sûrement à cause du soleil et de la mer lui diront ses médecins. Mais pas de quoi l’inquiéter, puisque dès la rentrée, il reprend sa préparation physique.

Depuis, toutes les étapes ont été validées, et alors qu’il pensait mettre un pied sur les sautoirs dès cet hiver, il a dû attendre le meeting de l’Etang Salé à la Réunion pour regoûter au sable. Auteur de 7,37 m le 15 avril, soit un peu moins d’un an après sa blessure, il redevenait un sauteur, enfin presque. Depuis, il est déjà retombé à 7,78 m, bluffant. « Je ne suis pas encore redevenu un sauteur en longueur. Je reviens doucement. Lors du deuxième tour des Interclubs, je fais 7,78 m à mon premier essai. Et comme j’ai senti un peu de pression sur le pied, j’ai mis le frein à main sur le reste du concours. Le tendon tient mais j’ai quand même un peu d’appréhension. »

Remettre de la pression au sol

Le contraire aurait été étonnant. D’ailleurs, avec son entraineur Dominique Hernandez à Toulouse, ils ont mis en place une nouvelle façon de sauter lors de sa rééducation pour éviter de trop solliciter son tendon gauche, celui de son pied d’appel. « Pendant la blessure, le coach a fait en sorte que je mette moins de pression en impulsant en piston, sans faire un blocage de la cheville. Maintenant, il faut que je retrouve l’habitude de sauter, de mettre de la pression au sol. »

Surtout que son tendon est logiquement plus solide qu’avant. « En fait, le chirurgien m’a expliqué que lorsque je m’étais coupé le tendon en 2013 après une chute à vélo (voir article), le médecin avait mal suturé le tendon ce qui fait qu’il y avait eu un garrot et que ce dernier n’était pas assez vascularisé, d’où la blessure. Là, tout a été parfaitement réalisé, j’ai un tendon bionique ! »

Un tendon bionique

Un tendon bionique mais un corps encore en adaptation. Gêné au meeting de Marseille (voir article) par son psoas (7,48 m), Raihau Maiau vit le quotidien des retours de blessure, entre déséquilibres du corps et appréhension mentale. « J’ai eu des soucis physiques à cause de toutes les adaptations que j’ai faites depuis que je me suis fait opérer. Il faut être patient. Je fais tout marche par marche. J’ai le temps, mon but est vraiment dans quatre ans. »

Pour Londres, ça risque effectivement d’être un peu tôt. « Je ne pense pas aux Mondiaux. Je veux déjà revenir à mon niveau d’avant. Le coach me dit que ça ne sera pas pareil, que je vais devoir me baser sur d’autres sensations pour sauter loin. C’est dur, car on essaie toujours de faire la comparaison avec les sensations d’avant la blessure. Je pars juste dans l’optique d’essayer de faire de mon mieux. De toute façon, le coach m’a dit que si j’avais été capable de le faire une fois, il n’y a pas de raisons pour que je ne puisse pas le refaire. »

A la vue de ses premières sorties, Raihau Maiau se rapproche de la vérité. Même si, pour le moment, aller plus loin, reste un saut dans l’inconnu.

A lire également

Raihau Maiau vers le grand saut

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment