Samir Dahmani

Samir Dahmani est un candidat au ticket olympique sur le 1 500 m.

 

Absent des radars internationaux depuis les Championnats du monde juniors en 2010 pour cause de blessures, Samir Dahmani est revenu en 2015 sur la route des sommets, qui lui étaient promis depuis ses records de France.

Il n’y en a pas beaucoup capables d’un tel retour. Le 10 mai dernier, sous le soleil de Salon-de-Provence, Samir Dahmani est au départ du 800 m du premier tour des Interclubs. Bien relayé par son camarade de club Brice Leroy, le Martégal claque un 1’46’’77 (2e derrière Leroy 1’46’’67), alors qu’il n’avait plus couru de 800 m de haut niveau depuis le 12 juin 2011 (1’47’’67 à Strasbourg). « Quand j’ai pris le départ de ce 800 m, je m’étais même dit : “allez 1’52, je prends“. J’avais la pression car j’ai peur quand je sais que je ne suis pas prêt. »

Recordman de France cadets et juniors

Une rentrée au talent dont le garçon est pétri. Recordman de France cadets (1’48’’75 sur 800 m et 3’43’’85 sur 1 500 m) et juniors (3’38’’01 sur 1 500 m), il semble venir d’une autre planète. Mais de la kryptonite a été distillée un peu partout dans son corps. Et au lieu de faire une rentrée fracassante dans le monde des seniors en 2011, à la suite des Mondiaux juniors (5e à Moncton du 800 m en 1’47’’82), il est entré aux stands pour un long moment. « On m’attendait jeune, reconnaît Samir Dahmani. Je n’ai pas eu de contre-performances. Ce sont les blessures qui m’ont empêché de m’exprimer. »

Ischio-jambier, dos, tendon d’Achille, Samir Dahmani n’a plus besoin de faire une prépa kiné pour connaître son corps. « J’ai toujours eu des problèmes au niveau des chaînes musculaires montantes. C’est dur à accepter que ton corps ait du mal. Mais là, je n’ai plus de déséquilibre. Je connais mon corps maintenant. J’ai mes petits exercices d’étirements et de musculation. Je fais attention. »

« Des erreurs que je ne commettrai plus »

Un travail de l’ombre qu’il n’avait pas soupçonné à l’époque où les tours de piste et les records s’enchainaient sans sourciller. « Quand j’étais blessé, je laissais trainer, avoue-t-il avec le recul. Je me disais que j’allais m’arrêter trois mois et que je pourrais reprendre comme si je n’avais rien eu. Mais quand je revenais, c’était pire. J’avais perdu en muscle. Ce sont des erreurs que je ne commettrai plus. »

Opéré du syndrôme d’Haglund (excroissance osseuse au niveau du tendon d’Achille) à la fin 2013, l’athlète du Martigues sports athlé a pu compter sur l’INSEP et Bruno Gajer (entraineur notamment de Pierre-Ambroise Bosse) pour remonter la pente. « A un moment donné, j’étais perdu. Je ne savais plus quoi faire. J’étais chez moi à Martigues mais je n’avais pas de structure. L’INSEP m’a donné le professionnalisme. Il y avait le coach, les partenaires d’entrainement (entre 2013 et 2015, Morhad Amdouni, Samir Dahmani, Hassan Chahdi et Bryan Cantero ont partagé beaucoup de séances en commun à l’INSEP) et des infrastructures. Ces deux années (2013-2015) m’ont permis de devenir professionnel. Il me manquait ça. »

La saison 2013-2014 lui permet de se soigner et de redevenir un coureur – « j’avais l’impression de recommencer l’athlétisme » -, avant que la lumière ne se rallume progressivement. Gêné par un problème au psoas en octobre 2014, il se fissure la sacro-iliaque lors du stage fédéral en Afrique du Sud (janvier 2015). Des nouvelles semaines d’arrêt qu’il gère parfaitement – «  j’ai pris l’habitude » – avant un retour à l’entrainement fin mars.

Samir Dahmani

Après avoir mené dans les derniers 500 mètres, Samir Dahmani a terminé troisième des Championnats de France Elite sur 1 500 m.

 

La bonne course n’est jamais venue

S’en suit une saison réussie, avec entre autres, une sélection à la Coupe d’Europe par équipes (8e du 1 500 m à Cheboksary) et deux records personnels (1’45’’62 sur 800 m et 3’37’’05 sur 1 500 m). Mais pas de quoi combler l’appétit vorace d’un athlète habitué à la gourmandise. « J’ai été très régulier tout l’été mais il n’y a pas eu le déclic. A Paris (meeting Stade de France) j’ai cru pouvoir faire les minima sur le 1 500 m mais il m’a manqué les 150 derniers mètres (14e en 3’37’’05). Après, j’ai cherché des courses mais ce n’est pas passé. C’est dommage car je me sentais de plus en plus fort. Mais la course n’est pas venue. J’ai été déçu car je voulais faire les Championnats du monde de Pékin. Mais sur le 1 500 m, il m’a manqué le foncier de l’hiver. »

Privé de récréation pendant plusieurs années, Samir Dahmani a joué les prolongations jusqu’au mois de septembre. « C’était important de continuer la saison jusqu’au bout. Je n’avais pas couru pendant si longtemps. Je ne me voyais pas m’arrêter fin juillet, alors qu’en plus, j’avais de bonnes sensations. »

Il quitte Gajer pour Dupont

Un moyen de rester sur les rails direction Rio. D’ailleurs, pour cette année olympique, il a décidé de changer de wagon en rejoignant Philippe Dupont, le manager national du demi-fond, et coach de Mahiedine Mekhissi et Morhad Amdouni (entre autres). « A l’INSEP, l’environnement et l’ambiance ne me plaisaient pas. J’ai pris le positif mais il me manquait des choses. J’habite à Martigues et la vie parisienne ce n’est pas mon truc. J’avais besoin de revenir chez moi une semaine par mois. J’ai dû faire un choix. Et je sais que Bruno (Gajer) n’aime pas entrainer des athlètes à distance. Il fallait donc changer. Et j’ai confiance en Philippe. »

Basé à Angers, Dupont peut compter au quotidien sur l’œil de Rémi Derossi, ami de longue date de Dahmani et entraineur à Martigues. Celui-ci accompagne le champion à vélo sur ses séances, relayé par Clémence Calvin pour les footings. Une compagne également athlète de haut niveau (récente championne de France de cross) qui a permis à Samir Dahmani de s’accrocher à l’athlétisme. « Quand j’étais blessé elle m’a toujours soutenu. Le fait d’être deux nous a beaucoup aidés. Au final, entre toutes nos blessures on est montés tous les deux doucement vers le haut niveau. Je l’ai même accompagnée jusqu’à Zurich (Championnats d’Europe en 2014) en tant que coach. Ca m’a permis de garder un pied dans l’athlétisme. »

Objectif 1 500 m avec une porte ouverte sur le 800 m

Une paire de pointes qui semble bien encrée aujourd’hui dans le tartan. Costaud en janvier lors du stage en Afrique du Sud, le recordman de France juniors du 1 500 m a terminé troisième des Championnats de France en salle (le 28 février à Aubière), après avoir abaissé son record indoor sur la distance le 19 février à Sabadell (3’41’’14). « A la base ce n’était pas prévu que je fasse les Elite mais le coach m’a dit que ça serait bien pour travailler un peu les courses tactiques en vue de cet été. Mais j’ai eu un gros coup de fatigue après le stage en Afrique du Sud. Je n’ai pas complètement récupéré du mois passé sous la chaleur. Aux Elite, il m’a manqué le coup de rein sur la fin. Je coince totalement. J’étais venu pour me rassurer, c’est manqué. J’ai besoin de repos. »

De quoi retrouver tous ses moyens pour une saison qu’il axera sur le 1 500 m, sa distance de prédilection, sans délaisser le 800 m. « Je coche le 1 500 m, mais il y a deux championnats (Europe et JO). Ca pourrait être intéressant de faire les Europe sur 800 m. » Dans tous les cas, ce qu’il souhaite, c’est courir. Courir pour rembourser tous ceux qui l’ont aidé. « Heureusement que j’ai eu le soutien de la commune de Martigues et de mon club. Ces années ont été dures car tu sais que des gens t’aident mais tu ne peux rien leur donner en retour. C’est comme si je recevais une paie alors que je ne pouvais pas travailler. Je ne l’oublierai pas. »

« C’était peut-être trop facile pour moi »

Tout comme il n’oubliera pas les chemins tortueux qui le ramènent progressivement vers sa destinée. « Je reviens là où je dois revenir. J’ai récupéré le fil où je l’ai laissé. On m’attendait jeune mais j’ai eu des obstacles. C’était peut-être trop facile pour moi. En cadets, juniors, c’était l’insouciance qui me faisait courir. Il fallait que je grandisse. J’ai gagné en maturité. Je pensais que l’athlé c’était facile. Ce n’est pas anodin si toutes ces blessures sont arrivées. »

Un temps retardée, son ascension semble de nouveau d’actualité. « J’aurais pu perfer à 20 ans. Mais ce sont les années à haut niveau qui comptent. Je commence à 24 ans. Je sais que les qualités je les ai. Et là, avec le sérieux et le travail, il n’y a pas de raison pour que je n’arrive pas au niveau où je dois être. »

Avec la recette talent-travail-sérieux, le cocktail devrait être bon. De quoi allonger ce fil, un temps fragile.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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