Ronald Pognon

Le premier Français à franchir la barre mythique des moins de dix secondes sur 100 m a été fêté lors du meeting de Montgeron.

 

Le premier Français sous les 10’’ au 100 m a eu le droit ce dimanche à un jubilé lors du meeting de Montgeron. L’occasion pour son club et la Fédération française de fêter un athlète qui a marqué l’athlétisme français.

Le 5 juillet 2005, la carrière de Ronald Pognon a pris un virage incroyable. Ce jour-là, au meeting de Lausanne, c’est pourtant sur la ligne droite que le Martiniquais est entré dans l’histoire. 9’’99 sur 100 m, premier athlète tricolore sous la barre mythique des dix secondes. Un exploit qui l’a fait intégrer le cercle fermé des stars du sport français. « Je suis content d’être rentré dans l’histoire de l’athlétisme français, lâche-t-il. Dernièrement, je regardais un jeu télévisé, et mon record était l’une des questions. C’est marrant. Ca fait toujours plaisir. »

Un jubilé pour récompenser une longue carrière

Aujourd’hui, pour la jeune génération, le nom de Ronald Pognon a été évidemment éclipsé par Christophe Lemaitre (recordman de France du 200 m en 19’’80) et Jimmy Vicaut (recordman de France du 100 m en 9’’86), les deux nouvelles fusées françaises. Mais dans les faits, l’ex-athlète de l’ES Montgeron reste à jamais le premier à être passé de l’autre côté. C’est pourquoi, il a été honoré ce dimanche 15 mai lors du meeting national de Montgeron. L’occasion pour la présidente du club essonnien, Anne Tournier-Lasserve, et au patron de la FFA, Bernard Amsalem, de lui offrir un hommage devant son public. « Un petit jubilé comme ça c’est spécial, reconnaît Pognon. Ca récompense mon palmarès et l’athlète que j’ai été. »

Résumer Ronald Pognon à un simple chrono, serait réducteur. En 2005, son année, il a battu le record de France du 60 m (6’’45, record qui tient toujours), celui du 100 m et remporté la médaille d’or aux Championnats du monde d’Helsinki avec le relais 4×100 m. Mais de son début de carrière (champion d’Europe juniors en 2001 sur 200 m et espoirs sur 100 m en 2003) à son arrêt en juin 2015, il a collectionné dix médailles internationales dont le bronze olympique de Londres sur le 4×100 m, récupéré après coup. « J’ai plus de 30 sélections en équipe de France et je suis resté quinze ans à haut niveau. Je n’avais plus rien à prouver. Je suis content de ce que j’ai réalisé. »

Un arrêt motivé par une promotion professionnelle

Désireux d’entamer une nouvelle carrière dans son entreprise Alten, son arrêt, décidé l’année dernière après les France Elite, sonnait comme une évidence. « J’ai arrêté parce que j’ai eu une belle promotion. Je manage des consultants, je fais de la prospection, je ne pouvais plus concilier les deux. » Un saut dans le monde du travail qui n’était pas une nouveauté car il a toujours choisi de garder un pied en dehors des pistes. « Quand je me suis blessé en 2007, je n’ai fait aucun résultat pendant un an. Heureusement que j’avais un bon sponsor et que j’avais mis de l’argent de côté. C’est là que j’ai décidé de reprendre des études pour préparer ma fin de carrière. Une reconversion, ça se prépare. Et moi, j’ai toujours eu un travail à côté de l’athlétisme. Ca m’a permis de garder les pieds sur terre. »

Avec un contrat de sponsoring multiplié par dix et une notoriété devenue publique suite à son record de France, Ronald Pognon aurait pu se perdre. « Je suis passé de quelqu’un d’anonyme à quelqu’un de connu. Il faut savoir gérer ça. Je ne me suis pas enflammé car je sais d’où je viens. »

Il faut toujours un apogée dans une carrière et le sien est arrivé en 2005. Derrière, le Martiniquais s’est souvent rapproché de ses meilleures performances mais sans jamais refranchir le mur des dix secondes. « En 2009, j’étais vraiment très fort, se souvient-il. Je battais tous mes records à l’entrainement. Mais j’ai perdu ma mère. Tous les feux étaient au vert mais finalement cela ne s’est pas fait. »

Guide de Lemaitre et Vicaut

Comme le record de France du 200 m, qu’il aurait bien aimé amener sous les 20 secondes, une autre barrière mythique. « Si j’ai un regret c’est de ne pas avoir fait moins de 20’’ au 200 m (record : 20’’27 en 2005). » Christophe Lemaitre s’en est chargé pour lui. D’ailleurs le Savoyard, ainsi que Jimmy Vicaut, sont les héritiers de l’œuvre de Pognon. Celui qui a entrouvert la porte d’un sprint français aujourd’hui supersonique. « L’athlétisme évolue chaque année, reprend-il. C’est juste logique que les chronos descendent car les techniques de course changent, le matériel aussi. Je suis vraiment content de voir Christophe et Jimmy à ce niveau. Jimmy, je me suis entrainé avec lui quand il était plus jeune, je l’ai vu évoluer. Quant à Christophe, si j’avais un petit conseil à lui transmettre, ce serait de se focaliser sur le 200 m, car c’est là qu’il est le plus fort. »

Des conseils que beaucoup d’athlètes lui demandent. Mais déjà bien accaparé par sa vie professionnelle, Ronald Pognon ne se voit pas au bord de la piste, chrono en main. « J’ai beaucoup de demandes d’athlètes pour une expertise sur des détails comme le placement dans les starts, le placement du bassin. Je pense que je ferai des ateliers un jour pour les aider. Mais je n’aurai pas le courage d’être entraineur. C’est un vrai métier. Mais pour donner des conseils, manager, il n’y aura pas de problème. »

Les conseils du premier Français sous les dix secondes au 100 m devraient valoir le coup.

Partager cet article

Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

Facebook Comments

Website Comments

Post a comment