Romain Martin

Gêné par plusieurs pépins physiques, Romain Martin n’est pas parvenu cette saison à refranchir la barre des 8 000 points.

 

Déçu après avoir manqué les Jeux olympiques cet été, le décathlète Romain Martin n’a pas dit son dernier mot. A 28 ans, il souhaite repartir au moins pour une saison avec l’ambition de réussir un décathlon à 100 %, c’est à dire sans un trou d’air dans une épreuve, chose qui lui a souvent porté préjudice dans le passé. Rencontre.

Malgré un résultat finalement loin de ses attentes (7 628 points), Romain Martin a pris du plaisir du côté du Décastar de Talence. Très déçu après avoir manqué le vol pour Rio, il pensait ne pas se rendre dans la Mecque des épreuves combinées. Mais les résultats de Kévin Mayer aux Jeux olympiques (vice-champion olympique et record de France) en ont décidé autrement. « A la base je ne voulais pas faire le Décastar. Mais le fait de regarder les Jeux ça m’a donné tout de suite envie de refaire un déca. J’avais bien sûr la déception de n’avoir pas fait les minima pour les Jeux mais d’avoir vu Kévin se transcender et faire 8 800 points (8 834 pts), tout de suite mon niveau de motivation est remonté à 10 000 ! »

Blessé au mauvais moment

Quelques mois plus tôt, son niveau de motivation était pourtant à son apogée. Malgré des petits pépins physiques durant l’hiver, il sentait que la forme était là à quelques jours de son premier décathlon en avril à Azuza aux Etats-Unis (13-14 avril). « Malheureusement quatre jours avant ce décathlon, je me suis fait une inflammation au tendon d’Achille alors que j’étais dans une forme de dingue. J’ai quand même pris le départ du 100 m où j’ai battu mon record personnel (10’’81) malgré un très mauvais départ mais j’ai dû renoncer durant la longueur. »

Après plusieurs jours de coupure pour soigner son tendon, le protégé de Frédéric Sacco à Lille s’engage au meeting d’Arona (Espagne, 4-5 juin) pour réaliser un décathlon complet afin d’être présent aux Championnats de France Elite. Ses 7 860 points « sans prise de tête et sans bobo » lui redonnent du baume au cœur et l’envie de décrocher son sésame. Mais derrière, il n’a pas réussi à convertir l’essai. « Ensuite, j’ai été à la recherche des minima. Et plus ça avance et plus on est sous pression. C’était vraiment la course aux minima. Aux Elites je vois que je ne suis pas sur les bonnes bases du coup j’arrête mon décathlon (après la première journée). Puis avec Gaël (voir article sur la saison de Gaël Quérin) on est allés en Belgique mais les conditions étaient vraiment pourries donc on a reporté nos dernières chances sur un déca en Angleterre une semaine après (Hexham, 9-10 juillet). Là-bas, on a eu des conditions de fou, j’étais bien. Gaël l’était aussi donc on se tirait la bourre. Mais aux haies je fais une grosse faute et je tombe sur l’avant dernière haie donc dans ma tête c’était déjà la fin (7 805 pts). Du coup, c’est une qualif qui s’envole et plein de sacrifices avec. »

8 104 points en 2014

Des sacrifices qu’il réalise depuis de nombreuses années et son départ pour les Etats-Unis (voir article sur les bourses sportives aux Etats-Unis) en 2010 après deux ans d’école de commerce au Mans. De retour en France en 2013 pour rejoindre Frédéric Sacco à Lille, il a depuis porté son record à 8 104 points en 2014, en faisant un prétendant pour les grands championnats internationaux. « Aux Etats-Unis, j’avais fini en faisant mon record de l’époque (8 013 pts). Je suis revenu en 2014 pour faire un gros truc car je me sentais vraiment fort. Je m’entrainais avec un nouveau coach (Frédéric Sacco). J’étais vraiment chaud. On avait fait un super stage avec l’équipe de France à Santa Barbara où il y avait Ashton Eaton, Kévin Mayer et Damian Warner. Quand je suis sorti du stage j’ai battu mon record avec 8 138 points, mais rectifié à 8104 pts puisqu’il y avait eu un problème avec l’anémomètre en longueur. Mais sur ce déca là, je manque mes deux premiers lancers au disque et pour assurer un jet je fais le dernier sans élan. Donc au final,  je perds pas mal de points mais je fais mon record quand même. »

Des trous au sein d’un déca qui l’empêchent pour le moment d’atteindre son plein rendement sur les dix travaux. « Il y a un potentiel mais qui n’est toujours pas bien exploité parce qu’il y a toujours une perf ou deux qui ne passe(nt) pas. »

Mayer, un extraterrestre qui inspire

Pour l’heure, il se laisse encore au moins une saison pour valider un décathlon avec 100 % des épreuves réussies. « Je ne me projette pas aussi loin que les quatre prochaines années. J’en ai déjà discuté avec mon coach et mon entourage. J’ai dit que je partais déjà pour un an. Si ça va, ça va mais si ça ne va pas, je ne sais pas encore ce que je ferai. Mais quand tu tournes autour du pot à 8 000-8 100 points, tu ne viens pas pour ça. Maintenant les gars c’est 8 300-8 400. Soit tu fais ça et tu existes, soit tu ne fais rien. »

Pour cela, il pourra compter sur ses partenaires de vol au-dessus des 8 000 pieds comme Bastien Auzeil et Basile Rolnin, entre autres, pour se motiver. « On est cinq à 8 000-8 100 et il y a un mec qui fait l’extraterrestre à 8 800 (Mayer). Ca tire le niveau vers le haut. »

Et ça pousse à aller chercher un décathlon parfait.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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