Richard_Levillain_Hirson_2016

Richard Levillain est aujourd’hui coach adjoint de saut en hauteur dans le groupe d’entrainement de Patrick Leger à Dijon.

 

Triple champion de France cadets du saut en hauteur (2005 et 2006), Richard Levillain (bientôt 27 ans) se voyait passer sa vie entre les sautoirs et les stades, en tant qu’athlète puis dans le rôle de conseiller technique sportif. Mais pour quelques centimètres, sa vie a pris une autre tournure.

Quand j’ai eu mes bons résultats en cadets (2,07 m en 2006) je m’entrainais avec Frédéric Schwindenhammer. Mais Fred était plutôt un coach de 400 m et un préparateur physique. Pour le côté technique, je pouvais également compter sur Gaëtan Blouin, qui était conseiller technique sportif (CTS) pour la Picardie. Mais j’ai eu envie de plus d’apports techniques, donc j’ai migré à Dijon (2008, avant il était licencié à Saint-Leu-d’Esserent) pour m’entrainer avec Patrick Leger (responsable jeunes à la FFA). Je me suis entrainé quelques mois avec lui et j’ai tout de suite battu mon record (2m10 en 2009).

Un échec pour un déclic

J’ai intégré un STAPS (faculté de sports) car je voulais devenir conseiller technique sportif (CTS). Je ne sais pas si c’est encore possible, mais à l’époque, si on se qualifiait aux Championnats d’Europe espoirs, on pouvait intégrer la formation interne de la Fédération française d’athlétisme pour devenir CTS.

Sauf que le jour du meeting de sélection pour les Europe (le 26 juin 2011), il fallait faire 2,17 m. Je réussis à passer 2,13 m, donc je bats mon record qui était de 2,12 m. Et à 2,17 m, au troisième essai, je tente le tout pour le tout. Mais il me manque un pied et demi, j’en suis sûr, pour passer la barre. La piste était trop courte. Autour du stade d’Antony (92), il y a des barrières en béton et le sautoir est très avancé. J’ai une course d’élan très longue donc à un moment ç’a coincé !

Break avec l’athlétisme

En fait de ne pas  passer 2,17 m, c’a été le déclic pour moi. Je me suis dit que je ne pourrais pas devenir CTS. En tout cas, ç’a marché comme ça dans ma tête. J’aurais sûrement eu d’autres possibilités de carrière mais je ne voulais pas me lancer sur un chemin trop hasardeux.

J’ai décidé de breaker. Dans la même année, j’ai arrêté mes études en STAPS et ma carrière d’athlète (en 2012). C’a été dur. J’ai pris la fuite. Je ne voulais pas affronter mes responsabilités. J’étais dans une optique de haut niveau depuis que j’étais cadet et je n’ai pas réussi à la lâcher. Il fallait que je la lâche comme ça, d’un coup, pour décrocher pour de bon. Ca a été mon erreur de couper ma carrière et de ne pas me dire : « aller au pire on s’en fout et on va faire ça pour se marrer ».

« J’ai appris de mes erreurs  »

Maintenant j’ai appris de mes erreurs et de mon expérience. C’est vrai que je regrette un peu. Mais je savais aussi que j’avais des qualités de placement pour le saut en hauteur mais pas des qualités physiques. Pour l’anecdote, avec les deux Gaël (Rotardier et Lévêque records respectifs 2m20 et 2m15) sur un stage au Portugal, on faisait des sauts de plinths. Au maximum, en me déchirant, j’ai même pas fait 1,30 m. Les deux faisaient 1,60 m. Je n’avais pas de qualités physiques mais j’ai toujours eu le placement à la fin et une grosse capacité d’apprentissage.

De retour sur les stades

J’ai totalement coupé les ponts avec l’athlétisme. Mais l’hiver dernier (2014),  alors que je venais d’avoir un CDI (il est dessinateur-projeteur), je me suis dit : « maintenant tu fais quoi ? Tu restes chez toi ? Tu ne fais rien et tu t’emmerdes ? » J’ai alors demandé à Patrick Leger, juste avant Noël, s’il voulait bien me prendre en tant que coach adjoint à Dijon. Je voulais coacher.

Heureusement, Patrick n’est pas rancunier. Quand je suis revenu, j’ai repris les bases du saut en hauteur. Aujourd’hui, j’essaie d’apporter du peps aux athlètes (un groupe dans lequel figure entre autres Nawal Meniker, vice-championne d’Europe juniors en 2015). Je m’occupe de la préparation physique et de la musculation. Je suis le sparring-partner. J’ai passé mes diplômes quand j’étais en STAPS (niveau 2 jeune). J’ai mon expérience d’athlète et une licence en entrainement  sportif. Ca me donne un peu de crédibilité.

Et j’ai également recommencé à sauter pour me  marrer (2m01 le 17 janvier à Dijon). J’ai participé à quelques meetings dont celui d’Hirson (21 janvier). C’était la 20e édition, je ne pouvais pas louper ça.  J’ai sauté déguisé pour le kiff (photo de Une). Pour moi maintenant, c’est l’entrainement des autres qui prime. Mais ça me fait quand même plaisir de ressauter.

Je n’ai pas à me plaindre. La vie que je mène n’est peut-être pas celle dont je rêvais, mais au moins, elle me satisfait.

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Journaliste professionnel. Fondateur et rédacteur en chef de Track and Life.

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